A Clermont-Ferrand, les cyclistes dénoncent la violence routière après trois accidents mortels en dix jours

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Écrit par Fabien Gandilhon avec Jérôme Doumeng
Des "ghost bikes" comme celui-ci seront installés là sur les lieux des accidents. (image d'illustration)
Des "ghost bikes" comme celui-ci seront installés là sur les lieux des accidents. (image d'illustration) © Jean-Marc Lallemand/BELPRESS/MAXPPP

A Clermont-Ferrand et alentours, trois cyclistes ont perdu la vie en dix jours, percutés par des automobilistes. Les associations qui défendent les déplacements à vélo ont décidé d'organiser l'équivalent d'une "marche blanche" à deux-roues pour dénoncer la dangerosité des infrastructures existantes.

Mercredi 27 octobre, un cycliste a été renversé par une voiture alors qu’il circulait sur l’avenue Jean Mermoz, à Clermont-Ferrand. Grièvement blessé, il est décédé le lendemain à l’hôpital. Selon les premiers éléments de l’enquête, l’automobiliste, tournant sur sa gauche, n’aurait pas vu le cycliste qui arrivait sur la voie d’en face et lui aurait coupé la route. 

Trois cyclistes tués en dix jours

Pour les associations qui défendent la place des cyclistes dans l'espace public, cet accident est la goutte d’eau qui fait déborder un vase déjà bien plein. Depuis la mi-octobre, une triste série endeuille l’agglomération et ses alentours. Une semaine avant l’accident de l’avenue Mermoz, le mardi 19 octobre, c’est un cycliste de 77 ans qui a été tué dans une collision avec une voiture avenue Fernand-Forest. Et dimanche 17 octobre, c’est un homme de 54 ans originaire de Gerzat qui trouvait la mort, lui aussi percuté par un automobiliste entre Lussat et Malintrat. 

L'équivalent d'une "marche blanche" à vélo

Face à cette série qu’ils jugent insupportable, les cyclistes clermontois du collectif Vélorution et l’association Vélo Cité 63 ont décidé d’organiser l’équivalent cyclable d’une marche blanche samedi 30 octobre à Clermont-Ferrand. Habituellement, le collectif organise plutôt des cortèges festifs pour déplorer le peu de place laissé au vélo, mais cette fois, le ton sera plus grave. Le parcours reliera les lieux où les accidents se sont produits avec installation de “ghost bikes”, des vélos peints en blanc et fleuris, en concertation avec les familles. 

Au-delà de l’hommage, pointe désormais l’exaspération. “A Clermont-Ferrand, il y a peu d’aménagements cyclables” se désole Thomas Pasquet, membre du collectif “Beaucoup de voies sont à sens unique, conçues pour les voitures. Les voitures circulent vite. Il faut des aménagements sécurisés pour les vélos.” 

Des aménagements attendus

L'opposition municipale a elle aussi réagi, déplorant le retard pris par Clermont.

Pourtant, depuis 3 ans, la métropole s’est dotée d’un schéma cyclable. Voté en 2018, annoncé comme ambitieux avec un budget de 31 millions d’euros sur 10 ans, il promet un réseau de 365 kilomètres aménagés d’ici 2028 mais les associations de cyclistes regrettent des réalisations encore trop peu visibles sur le terrain.

“La métropole a pris du retard ces 20 dernières années par rapport à ce qui a été fait ailleurs” concède Flavien Neuvy, responsable du schéma cyclable pour Clermont Auvergne Métropole. “On essaie de rattraper ce retard, mais il faut comprendre qu’on ne fait pas 365 kilomètres de pistes cyclables en 2 ans. La volonté politique est là, on veut accélérer pour sécuriser la circulation des vélos et augmenter leur part dans les déplacements du quotidien, mais ça prend du temps.” 

Jusqu'à cinq ans d'attente

Dans le cadre de sa politique Open Data, la ville a publié cet automne la carte et le calendrier des futurs aménagements dédiés aux vélos. Certains comme les grands boulevards Fleury, Duclaux et Cote Blatin devraient voir fleurir une piste bidirectionnelle dès 2022, mais plusieurs axes majeurs attendront encore 4 à 5 ans. La rue Fontgiève doit être équipée en 2025. Pour la partie ouest du boulevard Lafayette ou le boulevard Trudaine, ce sera en 2026, tout comme l’avenue Jean Mermoz, l’axe où s’est produit l’accident le plus récent.

Certains, parmi les défenseurs du vélo, ont du mal à voir l'accélération promise. "La dernière commission vélo date de mai 2020” explique Didier Froment, membre du bureau de Vélo-Cité 63. “C’est un rendez-vous qui devait se tenir de façon régulière, plusieurs fois par an entre les associations et la métropole pour faire le point sur les aménagements. Après plusieurs demandes, on nous avait annoncé la date du 27 octobre 2021, mais la réunion a finalement été annulée pour être reportée en février 2022 !”

Clermont peut-elle rattraper son retard ?

Alors que la Fédération des Usagers de la Bicyclette enquête en ce moment pour mesurer les efforts consentis par les villes à l’égard du vélo, les cyclistes se demandent si Clermont-Ferrand pourra améliorer cette année son mauvais score obtenu lors des baromètres précédents. Le dernier, publié en 2019 avait classé la capitale auvergnate parmi les villes “plutôt défavorables" à la pratique du vélo.

D'après les chiffres de la police, depuis le 1er janvier 2021, 21 cyclistes ont été impliqués dans des accidents corporels dans la zone police du département, dont 16 dans l'agglomération clermontoise. 

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