Témoignage. "Il y a une auto-censure" : cette chimiste déconstruit les préjugés sur les femmes de science

Publié le Écrit par manale makhchoun

Agnès Borbon aurait pu être traductrice. Finalement, elle a décidé de devenir chercheuse en chimie de l’atmosphère. Son seul défi désormais : changer le regard porté sur les femmes de science. Portrait.

Un parcours tout tracé, accompli avec brio : bac, université, thèse et maintenant un poste de directrice de recherche au CNRS. Le grand chelem. Pourtant, Agnès Borbon, chimiste de l'atmosphère, a bien failli ne jamais connaître cette belle carrière. “J’étais plutôt une jeune fille qui s'intéressait plus aux langues étrangères qu’à la chimie. Parler anglais et sillonner le monde étaient plus ce qui m'animait. Je voulais juste découvrir d’autres continents, aller à la découverte de la nature”. 

Des métiers très genrés

Désormais, Agnès a la tête dans les nuages. Au sens littéral du terme. Au sommet de la station de l’observatoire atmosphérique du puy de Dôme, elle étudie les transformations chimiques des polluants dans l’atmosphère nuageuse. Pourtant, au départ, les sciences n’étaient pas une vocation pour Agnès Borbon, mais davantage un "hasard de la vie" provoqué par de “belles rencontres”. Elle raconte : "Faire des sciences, ce n’était pas évident pour moi. J’aimais beaucoup les langues étrangères. J’aurais pu faire mes études dans ce domaine. Mon statut de bonne élève m’a permis d’aller plus facilement vers les sciences. J’ai fini par opter pour la chimie, c’était une décision très rationnelle, par exclusion. J'ai aimé le fait que cette discipline recoupe toutes les matières, de la physique aux mathématiques en passant par la biologie". Un choix facilité par le nombre de modèles féminins dans ce domaine, explique Agnès Borbon. “J’ai constaté que les chimistes étaient beaucoup plus représentés par des femmes et les physiciens par des hommes, analyse-t-elle. Je devais faire un choix entre les deux. C’est ce qui m’a permis de me projeter plus facilement”

Trouver son équilibre 

Au cours de ses études, la jeune femme a une révélation : elle souhaite devenir chargée de recherche.  Déterminée, elle décroche le concours et évolue rapidement en tant que directrice. Aujourd’hui, son approche est le juste reflet de ce qu’elle aime et de ce qui l’anime : une science hors des murs, sur le terrain, au plus près du réel, ce qui peut l’éloigner pour quelques semaines du laboratoire. Un travail passionnant mais chronophage, qui demande toujours plus d’investissements. Surtout, lorsqu’on est une femme selon Agnès. Mais la chimiste a réussi à prouver que tout était une question d’équilibre. “J’ai la chance d’avoir un mari qui m’épaule au quotidien. La charge mentale est partagée. C’est cela aussi qui m’a permis de choisir la carrière que j’avais envie d’avoir”, estime la chimiste. 

"Il y a une auto-censure"

Agnès n’a jamais éprouvé de freins dans sa poursuite de carrière liée à son genre. C’est en y repensant, rétrospectivement, que la chimiste prend conscience de l’auto-censure qui régnait autour d’elle. “J’ai été amenée en tant que chercheuse à faire partie des jurys de recrutement. Je me souviens parfaitement d’une jeune chercheuse auditionnée. Elle nous a dit très explicitement qu’elle ne se sentait pas légitime d’être face à nous ce jour-là. Alors qu’elle n’avait aucune raison de se poser la question. Et c’est une question que je n'ai jamais entendue de la part d’un homme”. Conséquence : les métiers scientifiques reste encore très sous-représentés, selon la chercheuse. Elle explique : Par rapport au vivier de chargés de recherche qui sont susceptibles d’être promus directeur ou directrice, il y a beaucoup plus d’hommes que de femmes. Je pense qu’il y a une auto censure très forte chez les femmes. Mais heureusement, des dispositifs existent pour rétablir l’équité”

Donner l'exemple 

Alors comment donner envie aux jeunes filles de s’intéresser davantage à la science? Même si Agnès Borbon ne détient pas la formule magique, elle a tout de même sa petite idée. 

Si vous n’avez pas de modèles sur lesquels vous identifier, il est difficile de se projeter. Cela commence dès l’enfance. Qu’est-ce qu’on nous transmet dès notre plus jeune âge ? Que les femmes doivent plus douter d’elles que les hommes 

Agnès Borbon

Chimiste de l'atmosphère

C’est justement le dernier de ses combats : montrer aux jeunes filles qu’elles aussi peuvent faire de la science. Mère de deux filles, elle lutte pour que chacune d’elles puisse trouver sa place dans n’importe quelle domaine et quelles que soient les circonstances de vie. “Je veux qu’elles puissent se sentir libres de leurs choix. J’essaie d’être un exemple pour elles. Je sens qu’elles voient que je suis libre dans ce que j'entreprends. Si elles peuvent reproduire cela, j’ai tout gagné”. 

Pour continuer à montrer l’exemple, pas seulement pour ses filles, Agnès Borbon a décidé de faire partie de l’exposition "La Science taille XX elles". Cet événement met à l’honneur les filles et femmes de sciences en retraçant leur parcours. Car, après tout, la science s’accorde au féminin.

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