Pourquoi la galette des rois va coûter plus cher cette année

Frais de personnel, prix de l’énergie, coût des matières premières : l’addition est salée pour les boulangers en ce début d’année. Résultat, la galette des rois vous coûtera plus cher en 2023. On vous explique pourquoi.

A quelques jours de l’épiphanie, préparez-vous à payer cette année votre galette des rois plus cher qu’habituellement. Xavier Bordet, président de la Fédération des artisans boulangers du Puy-de-Dôme, affirme : « Avec toutes hausses répercutées, forcément, le prix de la galette va bouger. Cela va être une augmentation de l’ordre de 12% ». Dans sa boulangerie d’Arlanc, près d’Ambert, la galette des rois affiche un prix de 15 euros pour 6 personnes, soit 1,20 euro de plus que l’an dernier. Le boulanger détaille pourquoi il a augmenté ses prix : « C’est moins les matières premières qui font augmenter les prix. Les deux gros postes qui ont joué sont les frais de personnel et le coût de l’énergie. Cette année, sur la grille des salaires, on a eu une augmentation de 8% parce que le national a subi l’inflation et on a augmenté les salaires pour pouvoir garder nos personnels dans l’artisanat. L’autre gros poste est le prix de l’électricité, qui a explosé ces derniers mois et qui n’est peut-être pas fini ». Xavier Bordet poursuit : « Dans ma boulangerie, on est à 50 % d’augmentation du prix de l’énergie et on nous annonce une autre augmentation en février. Il s’agit d’une grosse inquiétude pour les boulangers dans les semaines à venir ».

Un prix des matières premières en hausse

Mais si le prix de la galette augmente, c’est aussi à cause de la hausse des coûts des matières premières : « Pour la galette, il y a une hausse du prix des œufs et du beurre. Pour le beurre, la hausse s’est un petit peu calmée, les prix sont redescendus, et n’ont augmenté que de 40%. Le prix de l’amande n’a pas bougé, tout comme le prix du sucre. Quant aux œufs, ils ont quasiment doublé de prix ». C’est surtout le prix de l’énergie qui tracasse les boulangers : « La galette est un produit qui cuit assez longtemps donc le poste de l’énergie est important. Il y a aussi beaucoup de manipulation donc cela implique des frais de personnel. J’étais à 25 000 euros d’électricité par an en 2022. Cette année, je vais payer 36 000 euros. En février, les offres reçues doublent. A 70 000 euros, je n’ai plus de résultat. Les consommateurs veulent bien suivre leur boulanger. Payer une baguette 10 centimes de plus est déjà un geste qui est important tous les jours. Si on augmente de 40 centimes, on va perdre une bonne partie de nos clients et après l’entreprise n’est plus rentable. Cela peut être un effet boule de neige ».

Des boulangers inquiets

Xavier Bordet redoute de lourdes conséquences pour les artisans : « Les boulangers ont peur de ne plus être rentables. Mettre la clé sous la porte est peut-être un cas de figure extrême car des mesures gouvernementales ont été prises et elles peuvent limiter ce phénomène-là. On a une trentaine d’établissements sur le département pour lesquels on se pose vraiment des questions. Le consommateur n’est pas prêt de passer d’une baguette de 1,20 euro à 1,60 euro. Le gouvernement nous promet une augmentation de l'énergie limitée à X2, alors que pour le grand public c’est +15% ». Il espère que les consommateurs joueront le jeu et ne passeront pas à côté de la galette : « Même en grande surface, la moyenne de l’augmentation est au-dessus de la nôtre : elle va être de plus de 25 %. Je pense que le consommateur va faire un peu comme pour les fêtes. Il va jouer le jeu mais il va moins consommer. Mais moins on a de débit, plus on est cher. Je pense que les achats de galettes vont se faire en petit comité, ou une ou deux fois seulement par mois. Avant, par tradition, celui qui trouvait la fève rachetait une galette et l’offrait deux ou trois jours après au travail. Là, cette tradition va se perdre. On a vu pour les fêtes qu’il y avait la même fréquentation mais que les paniers moyens baissent. Les gens continuent à aller chez leurs artisans mais les achats baissent car il faut faire attention ».

D'autres hausses à venir ?

Après la hausse du prix de la bûche de Noël, de la galette, la baguette est la prochaine sur la liste : « Si l’énergie n’arrive pas à se stabiliser, il faudra augmenter le prix de la baguette. Pour pouvoir être à marge constante, dans le département, les boulangers augmentent en moyenne leurs prix de 12 %. Tous les produits vont malheureusement être impactés ». Xavier Bordet en appelle au soutien du grand public : « Il faut que le consommateur continue à être solidaire avec les boulangers, s’il veut continuer à avoir un maillage sur le territoire ». Le message est passé. Au consommateur de voir s’il est prêt à payer sa galette un peu plus cher, pour ne pas passer à côté d’une tradition ancienne.