JOUR 1 du procès en appel du Cardinal Barbarin: des témoignages forts, le Cardinal reste flou

Le cardinal Philippe Barbarin jugé en appel à Lyon le 28 novembre 2019. / © France tv
Le cardinal Philippe Barbarin jugé en appel à Lyon le 28 novembre 2019. / © France tv

Le cardinal Barbarin est rejugé pour non dénonciation d'agressions sexuelles sur mineurs par l'ex-père Preynat. Le procès en appel se déroule aux 24 colonnes. Ce premier jour a été fort en émotions pour les parties civiles. Le Cardinal n'a pas fait le mea culpa tant attendu. 

Par Dolores Mazzola avec Nadjette Maouche-Baillard



Le cardinal Barbarin est rejugé ce jeudi 28 novembre pour non dénonciation des agressions sexuelles sur mineurs par l'ex-père Preynat. L'archevêque de Lyon avait été condamné à six mois de prison avec sursis dans un premier temps, décision dont il avait fait appel. Il comparait seul face à la justice pour répondre à plusieurs chefs d'accusation à savoir : "non dénonciation de mauvais traitements, privations ou atteintes sexuelles infligés à un mineur" et "omission de porter secours à personne en péril".

Les peines maximales encourues sont 3 ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende pour le premier chef d'accusation, et 5 ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende pour le second chef d'accusation."

17H15 - 20H: les plaidoiries des parties civiles ne sont pas terminées

"Chemin de croix", "souffrance des victimes" ... les plaidoiries des parties civiles vont s'enchaîner durant plusieurs heures. Quand le cardinal a-t-il eu vent du passé de ce prêtre ? Que savait-il ? Est-ce en 2014, en rencontrant Alexandre Hezez, une victime de Preynat, que l'archevêque a appris le détail des agressions et les dizaines de victimes ?Qu'a-t-il appris lors de son entrevue avec Bernard Preynat ? Les questions sont au coeur de ce dossier et le prélat est resté flou. En outre, comme en première instance, le Cardinal a reconnu "avoir cru" Preynat quand celui-ci lui affirmait que ses agissements ont cessé en 1991, sans les détailler, selon ses dires.

"J'ai fait ce que Rome m'a demandé", "j'ai fait ce qu'on me dit de faire"... a répété le Prélat a plusieurs reprises lors de ses passages à la barre ce jeudi.
Des phrases que Me Haziza, l'une des avocates des parties civiles, n'a pas manqué de relever dans sa plaidoirie; rappelant au passage que "la justice française est toujours au-dessus de celle de Rome !"

Le Primat des Gaules est ainsi apparu à l'audience souvent brouillon et répétitif dans ses réponses aux questions du Président et des parties civiles.

"La défense joue sur les ambiguïtés," indique l'un des avocats. La défense du Cardinal s'appuie sur le fait qu'il n'avait pas une connaissance précise des faits, ni des détails. Mais le Père Preynat avait reconnu ses agissements, argumente-t-il. 

Le dossier soulève aussi des séries de questions dont certaines techniques : doit-on  dénoncer ces faits d'agressions sexuelles, anciens ou prescrits ? Quels sens s’il n’y a pas de poursuite en justice possible ? "Même les faits prescrits doivent être signalés", a plaidé maître Debbache.

L'audience a été suspendue; et reprendra demain matin.
 

15H21 : les Parties Civiles défilent à la barre


Un des plaignants, Alexandre Hezez est appelé à la barre. C'est lui qui en 2014 alerte l'Archevêque de Lyon: "quand j'ai découvert que le père Preynat était toujours vivant en 2014, j'ai décidé de réagir car ça m'était insupportable! Et j'étais resté trop longtemps à me taire et il fallait que j'en parle et j'ai pris contact avec le cardinal Barbarin via son cabinet". "J'avais confiance à ce moment."

Il poursuit : "Lorsque j'ai rencontré Barbarin, il a été très à l'écoute et bienveillants. je lui ai dis que les faits prescrits donc que je ne saisissais pas la justice". Il précise : " jamais Philippe Barbarin ne m'a demandé si je connaissais d'autres victimes et il était clair pour moi à ce moment que le père Preynat allait être éloigné des enfants. Par ailleurs, jamais Philippe Barbarin ne m'a tenu informé de la suite des démarches."

"Pourquoi vous n'avez pas porté plainte?"
demande le Président. "Je pensais qu'il était mort jusqu'à ce que je découvre en 2014, qu'il était vivant. Et la seule aide à laquelle j'ai pensé c'est l'Eglise." répond le plaignant à la barre.

"Le Cardinal Barbarin maintient qu'il a dit à Alexandre Hezez qu'il était question de trouver d'autres victimes !" "ce n'est pas vrai" rétorque Alexandre Hezez.

Alexandre Hezez, exprimant son désarroi, dit avoir essayé d'agir à son niveau. En mars 2015, il dit avoir été informé des sanctions prises contre le Père Preynat, à savoir le retrait de sa charge de l'Ecclésiastique. "Je pensais que ça allait être fait très rapidement,"  explique Alexandre Hezez. Evoquant le retour à Lyon du prêtre, il déclare:"Je pense que Preynat, si je n'avais pas porté plainte, serait en train de faire des formations".
 
« Si je n'avais pas porté plainte, Bernard Preynat serait encore sur la colline de Lyon pour enseigner le catéchisme aux enfants". Alexandre Hezez, victime du père Preynat, répond à la presse pendant la pause. / © N.Maouche-Baillard
« Si je n'avais pas porté plainte, Bernard Preynat serait encore sur la colline de Lyon pour enseigner le catéchisme aux enfants". Alexandre Hezez, victime du père Preynat, répond à la presse pendant la pause. / © N.Maouche-Baillard


Question des Parties Civiles : en mai 2015, Alexandre Hezez a expliqué par mail au Cardinal sa démarche en justice et auprès de Rome. Une démarche pour "protéger ses enfants"; le Cardinal Barbarin lui disait accompagner cette "démarche de Lumière et de vérité".

Mais "Il (Philippe Barbarin) ne m’a jamais, JAMAIS, dit de trouver d’autres victimes," déclare Alexandre Hezez avec fermeté.

"J’ai agi parce que rien ne se passait!" a justifié Alexandre Hezez


Or le plaignant rappelle qu’à l’époque, il avait une "confiance aveugle" en l’Eglise. Alexandre Hezez s'oppose ainsi au Cardinal qui assurait le matin avoir encouragé Alexandre Hezez à trouver d'autres victimes, plus jeunes, afin de pouvoir lancer une action en justice. C'est l'un des éléments central de la défense du Prélat.

C'est ensuite François Devaux qui vient à la barre. Il revient sur l'alerte lancée par ses parents alors qu'il n'avait que 10 ans. Le plaignant est très ému... "La fonction d'Archevêque impose une certaine hauteur de vue," assène le co-fondateur de La Parole Libérée.

"Il n'est pas du tout à la hauteur de sa responsabilité morale et de ce qu'il représente dans la société," affirme François Devaux en conclusion.


Puis c'est à Laurent Duverger, partie civile de s'exprimer. Il commence par lire un texte sur son parcours dans l'affaire. Un récit d'agressions sexuelles. 

#Lyon #ProcèsBarbarin "Maman arrête de me prendre la tête, mes premières relations sexuelles, c'était à 10 ans avec le Père Preynat !" (Laurent Duverger, partie civile dans le procès, évoque sans détour une discussion familiale). A la barre, il lit sans faiblir son témoignage !

— France 3 Rhône-Alpes (@F3Rhone_Alpes) November 28, 2019
 
 Me Yves Sauvayre - Avocat de Stéphane Hoareau - partie civile, pendant la suspension d'audience 28/11/19 / © N.Maouche-Baillard
Me Yves Sauvayre - Avocat de Stéphane Hoareau - partie civile, pendant la suspension d'audience 28/11/19 / © N.Maouche-Baillard


Les parties civiles ont défilé tour à tour. Certains très émus. Ainsi, Didier Bardiau, 51 ans, victime de Preynat qui ne s'était pas exprimé devant le tribunal correctionnel. "Les trucs et les machins dont il parle, c'était en 1978 pour moi." Et il poursuit ...

" Ça fait 17 ans qu'il aurait pu dénoncer Preynat, dès 2002, il m'aurait fait gagner 17 ans de ma vie !"


La séance est suspendue jusqu'à 17h15.


Depuis 14h, les Parties civiles questionnent Barbarin

 

L'audience a repris dans une ambiance lourde. Déjà les parties civiles réagissent et se disent plutôt confiantes. Selon Pierre-Emmanuel Germain-Thil "Philippe Barbarin s'est beaucoup contredit et a agit comme un enfant."

Le Cardinal Barbarin se retrouve une nouvelle fois à la barre, cette fois-ci pour répondre aux questions des parties civiles qui l'interpellent directement... La première question : "Vous est-il déjà arrivé de dénoncer des prédateurs sexuels aux autorités juiciaires ?" Le Cardinal répond par l'affirmative en évoquant une affaire de 2007.

Sur le traitement des abus sexuels et de la coopération avec la justice, pourquoi ne pas avoir transmis à la justice une lettre évoquant les agissements du Père Preynat dans son dossier ? La question est posée par François Devaux via son avocat : "Si quelque chose arrive dans mon diocèse, j'agis tout de suite; Mais que faire quand les faits sont prescrits ?" s'interroge Philippe Barbarin.

"Vous auriez pu demander la levée de la prescription, pourquoi ne pas l'avoir fait ? Pour ces "faits anciens et prescrits", Philippe Barbarin indique s'être tourné vers le Vatican. Le Cardinal explique avoir "donné la sanction maximale" à l'encontre du prêtre, "mais je ne peux pas faire plus !"

"Vous rencontrez le Père Preynat en 2010, pourquoi ?"... et de donner les détails des procédures de nomination. Philippe Barbarin ne veut pas "scandaliser les paroissiens". 

"Lors de cet entretien, le Père Preynat vous dit : "je ne vous explique pas, vous ne comprendriez pas ! .... et vous ne cherchez pas à comprendre !", retorque Me Sauvayre, l'un des avocats des parties civiles.


Autre question: "vous avez eu un entretien avec Preynat qui vous raconte qu'il a commis des faits répréhensibles en 90?" Philippe Barbarin répond : " durant cet entretien je veux savoir si depuis le moindre enfant avait été touché depuis j'aurais du lui dire de m'écrire ce qui s'est passé!"


Y avait-il un lien entre rumeurs et mutation du Père Preynat ? La Cour veut des précisions et évoque une contradiction avec les propos déclarés par le Cardinal le matin. Le président revient à la charge : les bruits et rumeurs ont-ils été pris en considération dans ce changement d'affectation ? Le Cardinal Barbarin reste évasif.
Ce qui est important résume le Prélat : "ces faits n'existent plus depuis 1990 !" 

"Les rumeurs, c'était quoi !" demande-t-on du côté des parties civiles. 


"Je ne savais pas mais je voyais bien qu'il y avait quelque chose de lourd derrière," précise Philippe Barbarin. "Je veux savoir ce qui s'est passé mais personne ne me dit rien," insiste-t-il. "Choses", "rumeurs", "les faits".... le prélat ne précise jamais de quoi il s'agit malgré l'insistance des parties civiles. "Vous ignorez tout mais vous lui faîtes promettre de ne pas recommencer ..." ironise l'un des avocats des parties civiles.

A la lecture de l'audition du Père Preynat qui relate un entretien avec Philippe Barbarin, probablement en mars 2010 : "il évoque une vraie conversation, il vous informe complètement ... Il MENT Bernard Preynat ? " demande sèchement l'avocat. 
 

Suspension d'audience. Elle reprend à 14h

 
A la sortie de la matinée d'audience, l'un des avocats de Philippe Barbarin, Me Luciani campe sur ses positions - 28/11/19 / © N.Maouche-Baillard
A la sortie de la matinée d'audience, l'un des avocats de Philippe Barbarin, Me Luciani campe sur ses positions - 28/11/19 / © N.Maouche-Baillard


"J'ai parlé directement avec le Pape, j'ai demandé à ce que Bernard Preynat soit reçu... J'ai fait ce que j'ai pu dans différentes directions, et agi pour faire lever la prescription canonique," explique le Cardinal.

"Vous avez convoqué le père Preynat pour des sanctions? c'est ce que dit le père Preynat," indique le Président. Ce à quoi répond Philippe Barbarin "j'ai donné la peine la plus lourde au père Preynat, c'était la peine maximale car c'était un scandale de le laisser célébrer une messe sachant ce qu'il en fait."

Lorsque le Président lui demande son sentiment, le Cardinal répond :
 

"Je ne cherche pas à me justifier, je réponds à vos questions. Je vous ai expliqué comment j'ai agi, pourquoi j'ai agi comme ça, ce qui s'est passé dans ma tête. Le reste vous appartient!"


A propos des informations qui circulaient dans l’Église vis à vis des agissements de Bernard Preynat : "Il y avait bien des informations qui circulaient dans l’Église vis à vis des agissements de Bernard Preynat ?" demande le juge, à cette question le cardinal Barbarin confie "qu'il savait qu'il y avait une affaire louche, mais que personne ne parlait."
"En novembre 2014, quand j'ai eu directement connaissance des faits, j'ai pu agir. Je m'aperçois aujourd'hui que plein de gens savaient. Les familles de victimes ne parlaient pas. Il s'agissait de rumeurs. Une victime m'a même dit je vous attaque car je ne peux pas attaquer mon père",
a-t-il précisé à la barre.

La question du scandale rejoint les interrogations sur les sanctions disciplinaires du Père Preynat. "vous avez prises plusieurs décisions provisoires -3ou 4 -dans l'attente d'une décision de Rome," déclare le Président.  "Pourquoi toutes ces décisions... à la demande de Rome ?". Bernard Preynat sanctionné tardivement ? Philippe Barbarin explique avoir agi "dans l'intérêt des paroissiens pour ne pas l'arrêter au milieu de l'année et provoquer un scandale."

"Avez-vous pensé à porter plainte ? A vous joindre à la plainte d'Alexandre Hezez ?" demande le Président. "Les faits étaient prescrits ... que pouvait-on faire ?" 

"Lorsque le père Preynat change de paroisse, est-ce une promotion?" Philippe Barbarin répond sereinement :"ce n'est pas ce que j'appelle une promotion, mais il a été appelé à de nouvelles fonctions. voila ce qui s'est passé. ça date de 2011 avant sa nomination en  2013." Pas de lien avec les faits, "c'est de l'organisation interne".

En 2010 vous étiez déjà au courant de rumeurs.... "oui mais c'était flou et je craignais que ça fuite." "Autrement dit vous reconnaissez que ça pouvait faire scandale?" demande le Président qui revient à la charge.

"Comme nous gèrons les nominations, on devait faire attention de ne pas nommer des personnes qui faisaient l'objet de rumeurs."  (Philippe Barbarin)


"Comment interpréter ce "aïe" cette crainte ?" vous aviez conscience des risques? demande le Président, "je me suis demandé ce qu'on pouvait faire? et quoi faire avec les faits anciens?"

"Quand nous sommes 20 ans plus tard, et que mon prédécesseur était en place à ce moment, j'ai pris la suite sans me poser plus de question". "Maintenant autour de moi nous étions des dizaines à "savoir" alors quoi ... tous nous n'avons rien fait."

"Est-ce que sur la trentaine de plaignants, est-ce que vous penser que les faits reprochés au père Preynat sont limités à cette personne ?"
La réponse du Cardinal ; "mais j'espère bien qu'il n'y a qu'une personne comme ça."

Philippe Barbarin à la barre ... 

 
Lyon : le procès en appel du Cardinal Barbarin ... Ce jeudi matin, 28 novembre, le dignitaire de l'Eglise était interrogé à la barre / © C.Busti
Lyon : le procès en appel du Cardinal Barbarin ... Ce jeudi matin, 28 novembre, le dignitaire de l'Eglise était interrogé à la barre / © C.Busti


Le cardinal Barbarin avait-il peur que l'affaire "sorte", "qu'il y ait un scandale"  demande le Président. Pour Philippe Barbarin, les faits étaient connus à l'extérieur de l'institution Eglise. Notamment de familles. Durant l'audience, l'Archevêque va d'ailleurs souvent répéter: "beaucoup de familles savaient, pourquoi aucune n’en a jamais parlé avant."


Le Président demande au Cardinal Barbarin à quel moment il a eu connaissance des accusations portées contre Bernard Preynat, à quel moment il l'a rencontré et s'il avait connaissance des lettres contenues dans le dossier du prêtre. Le cardinal qui prend ses fonctions en septembre 2002 évoque des bruits, des rumeurs "On dit qu'il y a quelque chose de louche mais personne ne me dit rien," assure le prélat. Philippe Barbarin évoque également sa rencontre avec le Père Preynat en 2010. 

La chronologie du dossier Preynat s'achève et Philippe Barbarin est appelé à la Barre : "Quel est le motif de votre appel ?" demande le président ...

"Je n'arrive pas à voir quels sont les faits que l'on me reproche," déclare le Cardinal Barbarin.


En marge de l'audience... 

Pendant la suspension de séance Maître André Soulier n'a pas hésité à répondre aux questions de la presse.
"Peut être que certains peuvent penser que c'est un crime contre l'humanité. Mais allez engager ce débat, et vous vous allez voir ce qui va se passer dans notre société." L'avocat de désarme pas, " les poursuites des parties civiles ne sont pas recevables. C'est un agrégat de poursuites contre un homme, parce que c'est un homme! il parait que Jésus était un homme aussi. Le cardinal Barbarin est arrivé plus de 10 ans après que les faits se soient achevés car nous n'avons rien trouvé depuis malgré tous les appels".

Et Maitre Soulier va plus loin, "est-ce qu'il y a une victime du père Preynat? nous n'avons pas trouvé une! Pas une seule! Alors ça va durer jusqu'à quand? Encore une fois la seule imprescriptibilité c'était le crime contre l'humanité." 

Est- ce donc à dire qu'il est trop tard pour juger le cardinal Barbarin? "Oui" répond maitre Soulier "encore une fois on ne sait pas quels sont les faits exactement! Quels sont les faits précis?". La défense est ferme "le père Preynat n'est pas encore jugé. C'est incroyable." Le tribunal se serait donc trompé en condamnant le cardinal Barbarin en première instance? réponse de la défense lors de sa plaidoirie.

Reprise de l'audience avec la chronologie de l'affaire Preynat


Le Président rappelle que l'affaire Preynat n'est pas encore jugée. Il donne les grandes lignes. Le père Preynat est accusé d'atteintes sexuelles sur mineurs. Les faits auraient débuté en 1982; les premières plaintes sont de 1991 de la part de la famille Devaux : le cardinal Decourtray est alerté. Des révélations qui ont donné lieu à une suspension de Bernard Preynat durant six mois de la paroisse St-Luc. Il est ensuite nommé dans la Loire. En 1999, le père Preynat est nommé à Cours-la-Ville. Le Cardinal Barbarin arrive à Lyon en septembre 2002. Lors d'une rencontre avec le cardinal Philippe Barbarin, le père Preynat aurait évoqué ses agissements. La chronologie de l'affaire Preynat qui a conduit le Cardinal Barbarin devant la justice est longuement rappelée. Le Prélat est à l'écoute. 

Demande d'irrecevabilité de la part de la Défense



L'un des deux avocats du cardinal Barbarin, Maître André Soulier n'a pas vraiment fait de déclaration, ses propos étaient hachés mais clairs "mon client est serin, déterminé et combatif. Nous allons plaider le droit." Présent dans la salle d'audience, l'Archevêque de Lyon est seul et silencieux, la tête entre les mains.

Un haut-dignitaire de l'Eglise devant la justice


Le prélat, qui avait été condamné en première instance en mars 2019 à six mois de prison avec sursis, a rapidement fait appel. Il comparait seul ce jour face à la justice pour répondre de plusieurs chef d'accusation : "non dénonciation de mauvais traitements, privations ou atteintes sexuelles infligés à un mineur" et "omission de porter secours à personne en péril".

Les peines maximales encourues sont 3 ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende pour le premier chef d'accusation; 5 ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende pour le deuxième chef d'accusation.

En première instance, l'archevêque de Lyon a été jugé coupable d'avoir gardé le silence sur les agressions sexuelles commises sur de jeunes scouts, bien avant son arrivée à Lyon en 2002, par le père Bernard Preynat, défroqué en juillet et qui doit être jugé en janvier 2020. Le Cardinal doit aujourd'hui répondre d'avoir gardé le silence sur des faits qui n'ont pas encore été jugés.


Après Pierre-Emmanuel Germain-Thil, c'est Christian Burdet qui s'avance à son tour à la barre. Sa famille avait demandé par écrit les raisons de la mutation du Père Preynat.

"Preynat, je pensais qu'il était mort," explique à son tour Didier Bardiau. Ce dernier a également mis longtemps à raconter.  

Philippe Barbarin, sur le banc des prévenus, reste impassible. Le Cardinal baisse parfois la tête en signe de recueillement à l'écoute des récits et témoignages des parties civiles qui défilent à la barre. Certains ont du mal à cacher leur émotion. 

Les deux dernières interventions sont très brèves. C'est Didier Burdet, dont le frère s'exprimait quelques minutes auparavant, qui vient à son tour s'exprimer devant la Cour. Puis vient Stéphane Hoareau sera le dernier à prendre la parole. 
 

Une interruption de séance de quelques minutes pour évoquer l'irrecevabilité des prévenus a eu lieu.

Pour le ministère public les actions des parties civiles sont recevables.

L'un des avocats des parties civiles a pris la parole. Huit des neuf parties civiles sont présentes. Me Debbache explique que si le cardinal avait dénoncé les faits la vie des victimes aurait été changée.

Les avocats de la défense prennent la parole. Me Luciani souligne la confusion faite entre son client et l'institution Eglise. L'avocat s'interroge sur le prejudice subit par les parties civiles et plaide l'irrecevabilité des parties civiles pour remettre en cause le procès. "Je vous demande de déclarer irrecevable chacune des demandes des parties civiles". 

La défense conteste l'intérêt à agir des plaignants, au motif que les agressions qu'ils ont subies, parfois prescrites sur un plan pénal, sont toutes antérieures à l'arrivée de Philippe Barbarin à la tête du diocèse, en 2002.
"Quel est le préjudice individuel que vous subissez, chacun de vous ?", a lancé
aux parties civiles Me Jean-Félix Luciani. Dans sa déclaration, l'avocat de la défense a évoqué une procédure des parties civiles qui correspond à "une forme de class action".

L'audience est ouverte pour la journée et les débats pourront se prolonger vendredi 29 novembre. Philippe Barbarin est à la barre pour entendre la liste des parties civiles, au nombre de neuf, et un rappel du jugement de première instance. Le cardinal s'est assis sur le banc des prévenus, au premier rang face aux magistrats de la cour, inclinant souvent la tête en avant comme dans une position de recueillement.
 

© C.Busti
© C.Busti


 
Dans ce dossier toutes les parties civiles, le parquet et Philippe Barbarin ont fait appel.

La plupart des parties civiles qui  avaient cité à comparaître le cardinal, début janvier, devant le tribunal correctionnel de Lyon, sont présentes au début de l'audience d'appel. Il s'agit d'anciens scouts de la région lyonnaise agressés par le père Bernard Preynat avant 1991.
 

La presse venue en nombre ce matin au palais de justice de Lyon pour le procès en appel de Philippe Barbarin 28/11/19 / © N.Maouche-Baillard
La presse venue en nombre ce matin au palais de justice de Lyon pour le procès en appel de Philippe Barbarin 28/11/19 / © N.Maouche-Baillard



Ce jeudi matin, 28 novembre, la presse est venue en masse pour assister au procès en appel du Cardinal Barbarin, Archevêque de Lyon. A son arrivée au Palais de Justice,  peu avant 9h, Philippe Barbarin n'a fait aucune déclaration.
 

A quelques jours des festivités du 8 décembre, le Cardinal Philippe Barbarin, Archevêque de Lyon se retrouve seul face à la justice des Hommes pour répondre de non dénonciation des agissements du Père Preynat, accusé de faits de pédophilie. 

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