"Vous avez ruiné ma vie, je ne vous pardonnerai jamais" : l'agresseur de Jérémy condamné à 8 ans de prison

Deux lyonnais ont comparu ce 27 avril 2021 devant le tribunal correctionnel de Lyon, l'un pour répondre de l'agression de Jérémy en décembre 2019. L'étudiant, âgé de 20 ans au moment des faits, est atteint aujourd'hui de lourdes séquelles. Son agresseur a écopé de 8 ans de prison ferme.

Jérémy entouré de ses parents et ses deux avocats Me Saint-Avit et Me Arcadio, à l'issue de l'audience ce mardi 27 avril 2021. Son agresseur a écopé de 8 ans de prison ferme.
Jérémy entouré de ses parents et ses deux avocats Me Saint-Avit et Me Arcadio, à l'issue de l'audience ce mardi 27 avril 2021. Son agresseur a écopé de 8 ans de prison ferme. © D. Mazzola

Est ce que vous savez que jamais je ne pourrai vous pardonner ce que vous m'avez fait ? Vous avez ruiné ma vie !

Après avoir demandé à la présidente de pouvoir parler directement à son agresseur, Jérémy s'est adressé ainsi à Nicolas A. L'accusé a baissé la tête, sans un mot. 

Nicolas A. comparaissait ce mardi 27 avril 2021, au lendemain de son 27e anniversaire, devant le tribunal correctionnel de Lyon. Il est poursuivi pour des faits de violence en état de récidive sur Jérémy. Des violences volontaires qui ont entraîné une incapacité totale de travail supérieure à 45 jours. Nicolas A. comparaissait détenu.

Une altercation qui débute avec un motif futile

Les faits remontent à la nuit du 17 au 18 décembre 2019, place de la Comédie, à Lyon, devant l'Hôtel de Ville. La victime est un étudiant prénommé Jérémy, 20 ans. Originaire du Nord Isère, il poursuivait de brillantes études à Lyon. Ce soir de décembre, avec un groupe d'une vingtaine amis, il fêtait la réussite de ses partiels lorsqu'il croise la route d'un autre jeune homme, Olivier A. et de son acolyte Medhi Z. Des insultes auraient ensuite fusé, proférées peut-être par l'un des étudiants. Une altercation éclate entre le groupe d'étudiants et les deux individus. D'un côté Nicolas A. et un des étudiants. De l'autre Medhi Z. et un étudiant Thibaud C. Une altercation pour un motif futile, une banale histoire de cigarette.

L'esclandre vire à la tragédie lorsque Jérémy tente de calmer le jeu en s'interposant entre Nicolas A. et son ami Dorian. Ce dernier est d'ailleurs le grand absent de ce procès. Comment l'altercation a-t-elle pu dégénérer ? A l'audience, il était encore difficile de démêler le fil des événements et l'enchaînement dramatique qui a suivi. La scène est confuse. 

C'est terrible, c'est une bagarre entre gamins qui a dégénéré, mais qui a eu des conséquences dramatiques.

Le père de Jérémy, à l'issue du procès

Alors que Jérémy tentait de s'interposer entre Nicolas A. et son camarade, il reçoit un premier coup qui l'expédie à terre. Sa tête heurte violemment le sol. Inconscient, il est ensuite frappé alors qu'il gît sur le pavé.

Un coup de pied qui avait "la force d'un pénalty"

Son assaillant le frappe à plusieurs reprises avec les poings mais aussi avec les pieds. Lors du rappel des faits, Nicolas A. ne conteste pas avoir donné des coups à Jérémy. Il affirme d'ailleurs n'avoir frappé que le jeune homme et non le fameux Dorian, absent ce jour : "J'ai commencé avec lui (Jérémy), j'ai fini avec lui". Questionné sur le nombre de coups de poing ou de pied assénés à Jérémy ou encore sur la force d'un de ses coups de pied - comparable à la force déployée pour "un pénalty"  selon un témoignage -, Nicolas A. reste évasif et tente de minimiser. Les faits se sont déroulés très vite, en quelques secondes.

"Je reconnais lui avoir mis des coups de poing, fait le geste pour lui mettre un coup de pied," explique dans un premier temps Nicolas A. "Jérémy a eu un enfoncement de la boîte crânienne. Lui avez-vous oui ou non écrasé le visage avec vos chaussures ? Lui avez-vous mis des coups de pied sur le visage ?" s'emporte la présidente qui tente de pousser l'accusé dans ses retranchements.  

Ce dernier finit par admettre avoir porté un coup de pied. Non sans évoquer aussi les coups qu'il a reçus de la part des camarades de Jérémy, alors même qu'il frappait l'étudiant au sol.  

Il faut comprendre, j'étais seul je recevais des coups, je ne savais pas d'où ça venait, il fallait que je me défende!

Nicolas A.

La présidente s'étonne que le jeune homme s'en prenne à Jérémy alors à terre et sans défense. "On me portait des coups. J'ai essayé de me défendre comme je pouvais," se justifie encore Nicolas A. "Ce n'est pas logique, vous vous défendez en frappant celui qui ne bouge plus", insiste la présidente. "Quand il est tombé au sol, je ne savais pas qu'il était inconscient". La présidente revient à la charge : "Pourquoi ne pas avoir répondu aux coups qui arrivaient de derrière ?". "Je n'arrivais pas à me relever !" Fin de non-recevoir.

Ce que le mis en cause conteste fermement : avoir mis ses doigts dans les yeux de la victimeCe dernier souffre aujourd'hui de troubles de la vision. "C'est un acte très particulier et vous dites ne pas vous en souvenir", s'étonne la présidente. "C'est pas possible. Je me souviens de ce qui s'est passé et à aucun moment je n'ai mis les doigts dans les yeux de Jérémy," affirme Nicolas A.

"Il a ruiné ma vie ..."

Transporté en urgence absolue au milieu de la nuit dans un hôpital lyonnais, Jérémy est déclaré en état de mort cérébrale peu après. Des médecins vont pourtant tenter une opération de la dernière chance. Une intervention qui a été suivie d'un long mois de coma. Le jeune homme hospitalisé a également vécu un confinement loin de sa famille. Jérémy vit aujourd'hui avec de lourdes séquelles et s'est engagé dans un long parcours de rééducation. Sa présence au tribunal était pour lui une évidence. Son but : comprendre pourquoi il a subi ce déchaînement de violence. Avec déjà deux condamnations à son actif, un passé émaillé de violences et d'échecs scolaires, Nicolas A. est l'antithèse de l'étudiant doué, populaire, sportif et promis à un brillant avenir. Contrairement à son agresseur, placé à l'âge de 14 ans, la victime a grandi, avec son frère jumeau, au sein d'une famille qualifiée de "modèle". 

Lors de l'audience, Jérémy a fait face à son agresseur. Il raconte son calvaire, son absence de souvenirs du drame, ce qu'il sait de son agression grâce à ce qu'on lui a rapporté. "Mon agresseur a ruiné ma vie. Heureusement pour moi, je ne suis pas mort. Je ne pourrai jamais lui pardonner de m'avoir mis des coups," a déclaré à plusieurs reprises Jérémy devant le tribunal. "Est-ce que vous êtes content de ce que vous avez fait ou est-ce que vous regrettez ?" a demandé Jérémy à son agresseur. "Je ne peux que regretter," a déclaré Nicolas A. dans un souffle. "Est-ce que vous vous êtes dit que j'étais inconscient ?" insiste Jérémy. "Je n'avais pas conscience que c'était si grave," a avoué l'accusé à voix basse, sans plus de compassion. "Apparemment je saignais..." poursuit l'étudiant qui cherche à comprendre le geste de son agresseur. "Je ne savais pas, je n'en avais pas conscience !". Jérémy n'en saura pas davantage. 

Aujourd'hui, Jérémy est très diminué : il souffre d'une hémiplégie, de graves troubles de la vue, marche avec difficulté ... "Chaque escalier, c'est un Himalaya à gravir; chaque couloir, c'est le désert de Gobi à traverser," a expliqué son avocat Me Arcadio à l'audience pour symboliser le combat quotidien du jeune homme cérébro-lésé. De son côté, Nicolas A. a reconnu des problèmes de comportement et de violence, mais a refusé pour l'heure un suivi psychologique. 

La condamnation : 8 ans de prison ferme

Le tribunal, qui n'a pas mis sa décision en délibéré, a reconnu Nicolas A. coupable et l'a condamné à une peine de 8 ans de prison ferme. En outre, il écope d'une interdiction de port d'arme de cinq ans. Une décision de justice un peu plus légère que les réquisitions du Parquet : un peu plus tôt la procureure avait demandé le maximum de la peine encourue, soit dix ans de prison ferme. Cette dernière dans son réquisitoire n'a d'ailleurs pas hésité à faire référence à une affaire similaire survenue à Lyon en 2016, l'affaire Marin. Outre cette peine de prison ferme, l'agresseur a été condamné à verser 2000 euros à Jérémy, ses parents et son frère, en tant que parties civiles. Nicolas A., qui est retourné derrière les barreaux ce mardi soir, a dix jours pour faire appel de sa condamnation.  

Autre prévenu dans ce dossier, Medhi Z., un lyonnais de 26 ans qui comparaissait libre, sous contrôle judiciaire. Ce dernier n'a pas porté de coups sur Jérémy. Il était poursuivi pour "violence avec usage d'une arme (clef ou tournevis)". Des faits qui n'ont entraîné aucune ITT. La victime au cours de l'audience a d'ailleurs refusé de se porter partie civile. Medhi Z. a été condamné à une peine de six mois avec sursis, assortie d'une mise à l'épreuve de 5 ans. Interdiction également de port d'arme pour une durée de 5 ans.  

L'évaluation des préjudices, nouvelle étape pour Jérémy et sa famille 

Pour Me Arcadio, l'un des deux avocats de Jérémy, ce procès est "une première étape" qui a abouti à "une condamnation assez importante pour des faits terriblement graves dont les conséquences sont majeures", a-t-il expliqué devant la presse à l'issue de l'audience. "Ce n'est qu'une petite partie du chemin de la victime. On s'apprête à commencer une nouvelle étape, la deuxième vie du dossier". La prochaine étape concerne en effet l'évaluation des préjudices, "probablement autour de 70% d'incapacité pour ce jeune homme". Cette nouvelle phase de l'affaire va probablement encore durer 3, 4 ou 5 ans, selon Me Arcadio. 

Dix-hui mois après son agression, Jérémy a fait des progrès fulgurants mais il est aujourd’hui encore pris en charge dans un service de rééducation à Lyon. Il se bat pour retrouver une vie autonome. "Il est animé par le désir de progresser", a expliqué devant le tribunal la mère de la victime. 

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