Rudy Kurniawan, expert en vins contrefaits, face à la justice new-yorkaise

Lundi 9 décembre s’ouvre à New-York le procès de Rudy Kurniawan dit «Docteur Conti». On le soupçonne d’avoir vendu des centaines de bouteilles de grands crus contrefaits parmi lesquels des vins de Bourgogne. Le procès doit durer 2 semaines. Kurniawan encourt  jusqu'à 100 ans de prison.

Cette première journée sera consacrée à la sélection des jurés. Trois représentants de domaines français ont notamment été appelés à témoigner : Laurent Ponsot, Laurent Roumier et Aubert de Villaine. 

Qui est Rudy Kurniawan ?

Né en Indonésie et installé en Californie, Rudy Kurniawan, âgé de 37 ans, vivait de manière illégale en Californie depuis 2003, après que sa demande d’asile ait été rejetée.

A ses débuts dans le petit monde du vin, Kurniawan avait conquis les experts, même les plus aguerris, avec une mémoire gustative exceptionnelle, une rapidité à apprendre et une générosité sans limites. Il se présentait comme un amateur de grands vins, plutôt qu'un vendeur. Il était surnommé "Dr Conti" en raison de sa passion pour le Romanée Conti.

Considéré comme un collectionneur de vins rares et un grand expert, il a connu une ascension fulgurante dans le milieu de 2002 à 2008. Il a brassé des millions de dollars avant que le doute sur ses activités s'installe et qu'il soit arrêté par le FBI en mars 2012.

De quoi l'accuse-t-on?

Après son arrestation, Kurniawan  est transféré à New York, où il est inculpé de fraude visant à vendre des vins contrefaits et de fraude financière. Il a plaidé non coupable le 10 avril 2012.

Quels crus contrefaits ?

  • Il est accusé d'avoir essayé de vendre aux enchères à New York en avril 2008 un lot de 97 bouteilles de Bourgogne du Domaine Ponsot, estimé à entre 440.000 et 602.000 dollars, pour la plupart fausses.
  • On l’accuse également d'avoir vendu des vins contrefaits lors de deux ventes aux enchères en 2006 à New York, qui avait engrangé 10,6 millions et 24,7 millions de dollars, un record. Un collectionneur y avait notamment acheté une prétendue bouteille de Romanée-Conti 1934 pour 12.925 dollars.
  • Parmi les autres vins contrefaits qui lui sont aussi attribués : un double magnum de Chateau Petrus 1947, achetée 30.000 dollars en mai 2005, et six bouteilles de Bourgogne G.Roumier 1923 vendues pour 95.000 dollars lors des mêmes enchères. Et un jéroboam de Château Mouton Rothschild 1945, vendu en novembre 2006 48.259 dollars.
Kurniawan, fabriquait lui même certains des vins contrefaits.

Retour sur les faits en images de Muriel Bessard.


Comment faisait-il ?

Dans sa maison d'Arcadia en Californie, les enquêteurs ont retrouvé un véritable "laboratoire de contrefaçon de vins", avec vieilles bouteilles, bouchons,
colle, capsules, des milliers de fausses étiquettes de domaines prestigieux : Château Lafite Rothschild, Château Latour, Château Pétrus, Domaine Ponsot, Domaine G Roumier, Château Cheval Blanc...

Kurniawan "mélangeait des vins moins chers, afin qu'ils imitent le goût, la couleur et le caractère de vins rares beaucoup plus chers", indique l'acte d'accusation.

Il versait ensuite ses créations dans des bouteilles vides anciennes, envoyées d'un restaurant new-yorkais où il organisait de somptueuses dégustations pour les experts et collectionneurs.

Il scellait ensuite ses bouteilles, et n'avait plus qu'à y apposer de fausses étiquettes. "Il vendait, ou essayait de vendre ces bouteilles contrefaites lors de ventes aux enchères, ou à des riches collectionneurs, souvent avec de vraies bouteilles de grands crus", ce qui lui permettait de dire, si les vins contrefaits étaient découverts, qu'il s'agissait de bouteilles anciennes ayant eu un problème, selon l'accusation.

Comment a-t-il été démasqué ?

Le doute s’installe en avril 2008 aux lors d’une vente aux enchères à New York. « Dr Conti » vendait un lot de 97 bouteilles de Bourgogne du Domaine Ponsot, estimé à entre 440.000 et 602.000 dollars, pour la plupart fausses. L'une des bouteilles était datée de 1929, quand le domaine n'a commencé la mise en bouteille qu'en 1934. La vente avait été suspendue à la dernière minute.

Mais Kurniawan continue ses activités. En février 2012, juste avant son arrestation, il avait encore en vain essayé de vendre des bouteilles de Romanée-Conti contrefaites à Londres, via un homme de paille.

Durant ses années de gloire, Kurniawan mena une grande vie. Entre 2006 et 2011, il dépense 16,32 millions de dollars sur une seule de ses cartes de crédit, en vins, vêtements, bijoux, voyages, etc. Il collectionne les montres de luxe, les voitures - une Lamborghini noire et une Land Rover en 2008, une Mercedes noire en 2011 - et les oeuvres d'art.

Il affirmait être soutenu par une famille richissime en Indonésie. De fait, il empruntait massivement : plus de 11 millions de dollars en 2007 seulement, dont 3 millions n'ont jamais été remboursés.