40 ans du TGV : quel bilan pour Montbard ?

Le TGV a bouleversé les usages et remodelé les contours du territoire national. 40 ans après sa mise en service, la ligne Paris-Lyon traverse la Bourgogne et a modifié profondément certaines communes. Montbard en fait partie, lui permettant de protéger son bassin industriel.

Pour la ville de Montbard, le premier TGV était accueilli le 5 septembre 1981. Un moyen qui permettait de rejoindre Paris en 66 minutes. 

Le TGV de Montbard, en 1981

Un outil de développement économique

Laurence Porte, actuelle maire centriste de Montbard, voit dans le TGV "un outil d'équilibre territorial. On se rend compte, 40 ans après, que cela a été un choix majeur d'installer cette desserte TGV dans une petite ville comme la nôtre. Cela n'a pas fait de miracles en matière d'emplois, mais cela a freiné l'exode et cela a évité le départ de sociétés très importantes. Aujourd'hui, c'est un atout de différenciation essentiel, car on a des gens qui viennent s'installer sur notre territoire, parce qu'il y a cette gare TGV. C'est la gare de Montbard, certes, mais aussi de tout un bassin de vie qui va jusqu'à Saulieu, même Avallon dans l'Yonne."

Au-delà de l'avantage économique de la desserte TGV à Montbard, Mme Porte voit un changement s'opérer dans les esprits d'une population en rupture avec le mode de vie urbain :

"Mais le TGV est là depuis 1981 : il a permis de maintenir de l'activité économique, et la présence des grands leaders mondiaux de l'industrie métallurgique et de la Metal Valley. Il a pu avoir aussi un effet un peu pervers, qu'on appelle l'effet 'tunnel' : on passe par Montbard, sans pour autant s'arrêter pour y vivre. 
Ca a été 40 ans où cela a vraiment servi l'activité économique. Aujourd'hui, on est à l'aube de cette ère où on va toucher davantage les habitants qui auront envie de ce désir de 'petite ville', mais avec tous les services [...] Le télétravail, les nouveaux modes de vie, les nouvelles envies, les nouveaux besoins, cette impasse de la métropolisation, dont on se rend bien compte maintenant des limites, on est en train de vivre un moment de rupture, un virage. La contraction de l'espace-temps par le TGV va jouer un rôle majeur auprès d'une population qui est concentrée dans les métropoles, et qui ont quand même un désir d'autre chose. "

L'effet "télétravail", où les urbains cherchent un pied-à-terre à la campagne, a été mis en avant par les confinements récents et la crise sanitaire. Il est "perceptible" selon l'édile, mais pour l'instant, "ce n'est qu'un ressenti" : "on a effectivement des nouveaux visages qui viennent s'installer à Montbard, mais je ne sais pas si cela est le reflet d'une véritable tendance".

La "Metal Valley" reconnaissante de la desserte

L'ancien directeur de Valinox Nucléaire (maintenant Framatome), Jackie Couderc, est aussi l'ancien président de l'Association Metal Valley. Il confirme l'importance de la desserte TGV à Montbard : "On a presque trop de monde qui vient de Paris, tellement on est proche !" dit-il dans un rire.

Au niveau économique, les industries de pointe de la Metal Valley (tubes inox pour le nucléaire, métal déployé, câbles électriques...) emploient près de 2000 personnes. Un bassin d'emploi à préserver : "on a besoin de cette proximité. Pour nos clients, le fait d'être à une heure de Paris, ils viennent très facilement, je parle des clients étrangers."

L'ancien président de l'Association de la Metal Valley a pu constater l'effet durable de la desserte TGV, qui a fonctionné comme un bouclier contre la délocalisation : "Aujourd'hui, si on a encore ces industries à Montbard, et en bonne santé aussi, c'est en bonne partie grâce au TGV, sinon pas mal d'usines auraient bougé ailleurs. On a même maintenant des sociétés qui se développent, on a une start-up dans la Métal Valley !"
La desserte favorise les contacts avec la clientèle, ce que confirme M.Couderc : "Tous les outils informatiques qui ont pu se développer récemment ne remplacent pas le contact physique, la visite du site. Les gens ont besoin de voir comment on fait le produit. Et on a régulièrement des contrôles qualité, on a un suivi par des inspecteurs mandatés par les clients qui viennent sur site. C'est un atout avec le TGV." 
Et de leur côté, les entreprises profitent de cette proximité parisienne pour leurs ressources humaines : "On a des cadres qui viennent de Paris, font l'aller/retour ou quelques fois par semaine. Grâce à cette desserte, on a un vivier supplémentaire de 'matière grise' [...] On a des personnes qui viennent de loin, ou qui regardent de plus près les annonces dans notre région. Parfois, on a des salariés qui viennent s'installer, et c'est favorisé par le télétravail."

Pour l'avenir, Jackie Couderc demeure confiant : "Avec la transition écologique, les gens se tournent davantage vers les transports en commun. Une heure de Paris, c'est rien. Je pense que pour l'avenir c'est un atout !"

Le trafic en hausse

En 2011, la desserte de Montbard était menacée de fermeture. Les élus et habitants s'étaient mobilisés pour la sauver. En 2016, le maintien officiel de la desserte était acquis.

Montbard : janvier 2011, la desserte TGV était menacée de fermeture

Un Observatoire annuel de la desserte a été créé dès 2012. La fréquentation, qui était de l'ordre de 144 000 usagers en 2011, dépasse les 163 000 usagers en 2019. Une moyenne de 450 usagers par jour, un ratio qui fait de Montbard l'une des meilleures dessertes TGV, par rapport à la taille de la commune. 

Jackie Couderc confirme la bonne santé du trafic de la desserte TGV : "la partie industrielle des voyageurs représente plus de 35%  des abonnés, et il y a une partie touristique qui se développe. Même avec le Covid, la fréquentation repart comme il faut !"

 

 

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