"Arrêter la cruauté, c’est non négociable" : Europe Ecologie-Les Verts part en guerre contre la chasse au blaireau

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Écrit par Jérémy Chevreuil
Le blaireau est chassable du 15 septembre au 15 janvier, mais les préfectures peuvent autoriser par arrêté une ouverture anticipée, dès le mois de mai
Le blaireau est chassable du 15 septembre au 15 janvier, mais les préfectures peuvent autoriser par arrêté une ouverture anticipée, dès le mois de mai © Philippe Clément - MaxPPP

Alors que la préfecture de Saône-et-Loire vient d'autoriser la vénerie sous terre du blaireau, Europe Ecologie-Les Verts dénonce "la pratique la plus cruelle et la plus inutile" du déterrage et demande le classement du blaireau en espèce protégée.

En France, la chasse au blaireau, qui se pratique essentiellement par la vénerie sous terre, s'étend officiellement de la mi-septembre à la mi-janvier. Dans chaque département, les préfectures peuvent autoriser par arrêté une ouverture anticipée, dès le mois de mai. C'est ce que vient de décider la préfecture de Saône-et-Loire. Des consultations sont actuellement en cours dans les départements de Côte d'Or, du Doubs et de la Nièvre.

Dans un communiqué, Europe Ecologie-Les Verts de Bourgogne-Franche-Comté s'insurge qu' "on autorise, à des fins de divertissement, que des blaireaux endurent des heures de stress, terrorisés au fond de leur terrier, gravement mordus par des chiens - parfois même déchiquetés vivants pour les petits - pendant que les chasseurs creusent pour les atteindre. Ces derniers extraient alors brutalement les blaireaux du terrier avec des pinces métalliques qui leur infligent d'atroces blessures. Les blaireaux sont alors exécutés avec un fusil ou une arme blanche (quand ils ne sont pas livrés aux chiens)..."
 
Anna Maillard est militante d'Europe Ecologie-Les Verts dans le Pays de Montbéliard (Doubs). Elle est membre active de la commission "condition animale" à Europe Ecologie-Les Verts. Interview.

Pourquoi EELV s'oppose-t-elle à la chasse au blaireau ?

"Il s’agit de remettre l’église au milieu du village en quelque sorte: quelle place accorder à la nature sauvage autour de nous ? De plus en plus de personnes, de citoyens, changent de posture envers les animaux et sont interpellés par ces arrêtés qui augmentent notre capacité à abattre toujours plus d’animaux sauvages.

Une sorte d’héritage des générations précédentes

C’est un exemple concret de l’abus de posture des humains envers le sauvage, une sorte d’héritage des générations précédentes avec l’urbanisation et l’agriculture intensive. C’est au monde sauvage de s’adapter et de s’écarter."

Les partisans de la chasse dénoncent les dégâts agricoles provoqués par les blaireaux. Cet argument n’est-il pas recevable ?

"Le blaireau ne fait pas partie des nuisibles, mais il est chassable. On le traque par vénerie sous terre. On peut vivre avec le sauvage. Il a pu occasionner des dégâts, mais on tue 12.000 blaireaux par an en France. Combien étaient porteurs de la tuberculose bovine? On ne sait pas. Les chiens ont plus de risque de la transmettre que le blaireau lui-même.

Il faut du courage dans les politiques publiques

On prend aussi le prétexte qu’il est gênant pour les terrassements mais ce n’est pas valable. On veut inscrire dans le débat public un autre rapport au vivant, trouver un terrain d’entente pour une meilleure prise en compte du sauvage, de nouveaux équilibres. Il faut du courage dans les politiques publiques."

Si les nuisances des blaireaux sont aussi minimes que vous le dites, pourquoi sa période de chasse est-elle allongée par arrêté préfectoral ?

"Je pense que c’est une sorte de clientélisme. Les préfets ont l’habitude d’écouter les arguments des chasseurs, nombreux mais démentis par les études scientifiques. Tout le monde est capable d’évoluer dans son rapport aux animaux sauvages. Il existe des méthodes douces pour détourner les blaireaux, comme c’est le cas en ce moment sur le chantier de la zone industrielle de Technoland 2, avec le déménagement d’une famille de blaireaux.

Extraire un animal vivant, c'est cruel

On n’a pas à aimer les animaux, on leur doit le respect. Arrêter la cruauté de la vénerie sous terre, c’est non négociable. Extraire un animal vivant, c’est cruel. Le sauvage, ce n’est pas forcément le danger, la maladie, ou le voleur de poules."

Une famille de blaireaux sur le chantier de Technoland 2, dans le Pays de Montbéliard

 
"Les victimes de dégâts de blaireaux apprécient l’efficacité des déterreurs"
Sur le seul département de Saône-et-Loire, "près de 70 équipages détiennent une attestation de meute" indique la note de présentation de la consultation du public concernant le projet d'arrêté portant sur la période d'ouverture complémentaire de la vénerie sous terre du blaireau. Le document nous apprend que depuis une quinzaine d'années, plus de 700 blaireaux sont capturés en moyenne chaque année dans le département.

"Les victimes de dégâts de blaireaux apprécient l’efficacité des déterreurs", assure de son côté Agri71. Le "média d'informations agricole, viticole et rurale" de Saône-et-Loire, dont la FDSEA est actionnaire, estime que l'interdiction du déterrage serait "une mauvaise nouvelle pour tous ceux qui sont victimes des dégâts occasionnés par ce prédateur terrassier".

Dans sa fiche technique consacrée au blaireau, l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) estime que "le blaireau peut être à l’origine de diverses nuisances pour les activités agricoles : pertes de céréales, dégâts dans les vignes et affaissement des galeries du terrier sous le poids d’engins agricoles (...) Son comportement de terrassier peut constituer des atteintes à la sécurité publique lorsque des terriers apparaissent sous les voies ferrées ou dans les digues implantées le long des cours d’eau."

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