Procès Lelandais : l'accusé reconnaît avoir tué "volontairement" la petite Maëlys, ce qu'il faut retenir de la dixième journée d'audience

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Écrit par Margot Desmas et Antoine Belhassen

Nordahl Lelandais, jugé devant les assises de l'Isère pour le meurtre de Maëlys et deux agressions sexuelles sur des petites cousines, a témoigné ce vendredi 11 février. L'accusé a reconnu avoir tué "volontairement" la petite Maëlys de Araujo.

Dixième journée décisive dans ce procès de Nordahl Lelandais. Jugé devant la cour d'assises de l'Isère depuis le 31 janvier, l'ancien militaire était attendu ce vendredi 11 février. Il s'est expliqué, tout l'après-midi, sur la disparition et le meurtre de la petite Maëlys, le 27 août 2017.

Dans la matinée, l'ancien directeur d'enquête sur le meurtre d'Arthur Noyer a également été entendu par la cour. Tout comme Jean-Yves Coquillat, ancien procureur de la République de Grenoble, en poste en 2017. Reviez cette 10e journée d'audience dans ce direct commenté.

Ce qu'il faut retenir de la journée d'audience

  • "Je reconnais l’intégralité des faits qui me sont reprochés." Poussé par son avocat, Me Alain Jakubowicz, Nordahl Lelandais a reconnu avoir enlevé et donné la mort "volontairement" à la petite Maëlys de Araujo le 27 août 2017. Un retournement de situation survenu aux dernières minutes de la dixième journée d'audience, alors que l'accusé s'en était tenu à sa version initiale, celle d'un meurtre involontaire, depuis le début de son interrogatoire sur les faits par la cour d'assises de l'Isère. "J’aimerais que tu le dises clairement, hautement, que tu assumes la clarté de ces propos", lui a demandé son conseil. "Je reconnais l’intégralité des faits qui me sont reprochés", a répété l'accusé. Il a également reconnu les agressions sexuelles sur deux petites cousines.
  • Lors de son interrogatoire sur les faits en début d'après-midi, Nordahl Lelandais avait maintenu que la petite Maëlys était montée dans sa voiture pour "aller voir (ses) chiens" alors qu'il retournait chez lui pour aller chercher de la cocaïne. "Sur le moment, j’ai rien vu de mauvais, a-t-il dit en repensant au moment où il fait monter la fillette dans sa voiture. J’ai pas fait attention. Comme j’avais pas d’intention malsaine." L'ancien militaire a admis lui avoir asséné "trois ou quatre coups" lorsqu'elle a commencé à pleurer, quelques minutes après leur départ du mariage, entraînant la mort de la fillette de 8 ans. Il a réfuté tout mobile sexuel sur la fillette, affirmant ne pas lui avoir infligé d'attouchements face aux nombreuses questions des avocats des parties civiles. Il maintenait toutefois ne pas avoir eu "l'intention de lui donner la mort". Jusqu'au revirement de situation de fin de journée.
  • "Il faut être économe de son mépris, étant donné le grand nombre de nécessiteux." La cour d’assises de l’Isère a été le théâtre d’une joute verbale vendredi matin. L’ancien procureur de Grenoble, Jean-Yves Coquillat, et l’avocat de Nordahl Lelandais, Me Alain Jakubowicz, ont eu un vif échange lors du témoignage du magistrat à la barre. "C'est unique dans les annales judiciaires, ce n'est jamais vu. Il vient régler ses comptes avec l'avocat de la défense", s’est emporté le conseil de l’accusé alors que M. Coquillat venait de comparer la stratégie de la défense à une "partie de poker" et à des "coups de bluff", qualifiant Lelandais de "menteur, séducteur, manipulateur". S’en est suivi un duel musclé au moment des questions de l’avocat. "N'est pas François Molins qui veut", a attaqué d’emblée Me Jakubowicz. Et l’ancien procureur de répondre : "Il faut être économe de son mépris, étant donné le grand nombre de nécessiteux. Et je ne pense pas, en disant cela, qu'à M. Lelandais".

L'audience minute par minute

20h24 - "C'est toi et ta conscience maintenant." L'avocat de la défense interroge l'accusé sur les accusations qui pèsent sur lui. Me Jakubowicz revient par ailleurs sur les nombreuses questions posées sur d'éventuels attouchements commis sur Maëlys de Araujo.

"Tu n’es pas jugé pour le viol, tranche le conseil de Lelandais. Chacun pensera ce qu’il voudra mais ce n’est pas le sujet. Tu comprends que ces questions soient posées. Tu comprends que chacun ici puisse se le demander. Ces questions sont légitimes. En as-tu réellement, profondément, sincèrement conscience ?"

"Oui Me", répond simplement l'ancien militaire. Son avocat lui demande de dire clairement qu'il est responsable de la mort de Maëlys et des agressions sexuelles sur deux fillettes.

"J’aimerais que tu le dises clairement, hautement, que tu assume la clarté de ces propos", lui demande Me Jakubowicz. "Je reconnais l’intégralité des faits qui me sont reprochés", répète l'accusé.

L'audience est suspendue. Elle reprendra lundi 13 février à 9 heures.

20h12 - Le magistrat demande à l'accusé si la cour peut voir en lui un avenir dans la société. "J’espère qu’ils peuvent le voir. Ce que j’ai commis, je sais que c’est grave. J’ai pris conscience de ce que c’était, des crimes. J’ai pris conscience que je ne recommencerai pas quoi qu’il arrive. C’est au fond de moi", dit Nordahl Lelandais, ajoutant : "J’ai aussi envie de mon côté d’avancer. D’essayer de reconstruire quelque chose."

Me Jakubowicz prend la parole pour interroger son client.

20h07 - Dernier échange entre Lelandais et l'avocat de la mère de Maëlys.

"Comment vous voyez l’avenir ?", questionne Me Rajon.

"C’est compliqué…", répète l'accusé.

"Et comment vous voyez l’avenir de la famille de Maëlys ?"

"C’est compliqué aussi. J’espère qu’ils vont se reconstruire et avancer."

La parole est à l'avocat général, Jacques Dallest.

20h - La question d'éventuels attouchements sur la petite Maëlys est au centre de nombreuses questions. Me Fabien Rajon pose la question frontalement à Nordahl Lelandais qui nie une nouvelle fois. "Je n’ai pas abusé de Maëlys. Je n’ai eu aucune intention de le faire", répond-il.

19h50 - L'avocat des parties civiles lit la transcription de plusieurs écoutes dans lesquelles la mère et la sœur de l'accusé mettent en doute ses propos au sujet des affaires dans lesquelles il est impliqué. La mère de l'accusé s'oppose vivement à la diffusion de l'une d'elles.

"Qui vous croit, Nordahl Lelandais ?", insiste Me Rajon. "En ayant menti, j’ai bien conscience que beaucoup de personnes ne veulent pas croire ce que je dis aujourd’hui", répond le trentenaire.

19h45 - "Il n’y a pas grand monde qui vous croit quand vous avancez vos éléments d’explication", lance Me Rajon, l'avocat de Jennifer Cleyet-Marrel, à Nordahl Lelandais. "Pourquoi ça changerait aujourd’hui ? Pourquoi, aujourd’hui, on devrait vous croire ?", insiste-t-il.

"J’ai expliqué pourquoi j’avais menti", justifie Lelandais, affirmant dire "la vérité" devant la cour.

19h35 - L'accusé répond de plus en plus succinctement aux questions de Me Remond. L'avocate des petites cousines abusées lui demande s'il a commis ou tenté de commettre une agression sexuelle sur Maëlys de Araujo. "Non", affirme l'accusé qui affiche un air fermé.

19h25 -  "Est-ce que vous pouvez nous décrire la peur qu’a dû ressentir Maëlys de Araujo, puisque l’expert a dit qu’elle a dû mettre quelques minutes à mourir ?", demande Me Remond, l'avocate des petites cousines agressées sexuellement. "Vous nous parlez de votre peur, mais plus personne n’est là pour dire ce qu’elle a ressenti…"

Lelandais laisse planer un long silence. "Elle n’a rien dit ?", interroge à nouveau Me Remond. "Non", dit simplement l'accusé.

19h10Me Juglard, collaborateur de Me Rajon qui représente le père de Maëlys, tente de clarifier un point dans le discours de Lelandais. L'accusé affirme avoir jeté son short, tâché du sang de la fillette, dans une benne non loin de son domicile. L'avocat n'y croit pas.

"Il n’a jamais été dans cette poubelle votre short, M. Lelandais. Pas en bas de chez vous, pas à la vue de tous", lance-t-il à l'accusé qui refuse de répondre plus longtemps à ses questions. Face au silence de l'ancien militaire, Me Juglard finit par se rasseoir.

19h - Pourquoi Nordahl Lelandais a-t-il activé le mode avion sur son téléphone lorsque Maëlys est entrée dans sa voiture ? Un avocat des parties civiles questionne l'accusé sur ce point, se demandant s'il existe une "petite corrélation entre présence de Maëlys dans la voiture et le passage en mode avion". Lors des précédents trajets qu'il a effectués entre la salle des fêtes et son domicile, l'accusé n'avait pas reproduit le même schéma, même s'il était déjà alcoolisé et sous l'emprise de la drogue.

"C’est le fait qu’elle soit dans la voiture à côté de moi", reconnaît Lelandais avant de corriger : "Je me suis rendu compte que j’avais pris de l’alcool, de la cocaïne, et qu’il y avait la petite à côté."

18h48 - "Moi je vous crois", déclare Me Crespin, avocat de trois associations de protection de l'enfance, en s'adressant à l'accusé. "Pas toujours, mais je vous crois quand vous expliquez comment ça s’est passé. Je vous crois quand vous dites que ce n’est pas allé au-delà de ce que nous avons vu dans les vidéos avec vos petites cousines (...) Maintenant, je voudrais comprendre, pourquoi vous frappez Maëlys ?"

"Cette petite a subi ces coups de ma part parce que j’ai eu l’impression de revivre cette scène d’avril 2017 (le meurtre du caporal Arthur Noyer, ndlr). C’est pas du tout Maëlys qui m’agresse. Elle ne fait rien", tente d'expliquer Lelandais.

18h43 - L'assesseur interroge l'accusé sur l'enlèvement de Maëlys au cours de la soirée de mariage. "A ce moment-là, pour moi, je ne l’enlève pas. Je ne fais pas exprès de la prendre, l’enlever. Pas du tout", se justifie le trentenaire. Selon lui, c'est la fillette qui a demandé à monter dans sa voiture pour "aller voir (ses) chiens". Il balbutie et se reprend. "Pardon si je me suis mal exprimé. Je ne fais pas en sorte de la prendre volontairement pour l’emmener."

18h35 - "Qu’est-ce que vous avez souhaité faire en portant trois ou quatre coups violents au visage de cette enfant ?", demande l'assesseur.

"J’ai eu cette impression que tout remontait par rapport à cette histoire avec M. Noyer. Comme le revoir. C’est une émotion qui remonte. C’est une peur", décrit difficilement Nordahl Lelandais.

"Vous avez voulu effacer Arthur Noyer donc vous avez effacé Maëlys, cela vous convient comme version ?"

"Non, ça ne me convient pas (...) J’étais au volant, quand je me suis tourné, j’ai eu comme une impression de revoir M. Noyer à côté de moi. Ca m’a fait peur. La mort de ce caporal. C’est des gestes incompréhensibles, mettre des coups à cette enfant."

"C’est la peur qui vous a fait agir ?"

"Oui."

18h27 - L'audience est reprise. Les avocats des parties civiles vont poser leurs questions à Nordahl Lelandais sur sa version des faits concernant le meurtre de Maëlys. Un assesseur prend tout d'abord la parole.

18h03 - La présidente termine ses questions. L'audience est suspendue. Elle reprendra à 18h20.

18h - L'enquête a démontré que l'accusé a supprimé de nombreuses photos et vidéos de son téléphone le lendemain du mariage lors duquel la petite Maëlys a disparu. Simultanément, il active le mode avion. La présidente cherche à comprendre pourquoi.

"Je suis incapable de vous dire pourquoi", répète plusieurs fois l'accusé. "Est-ce que je supprime des photos et des vidéos pour faire de la place sur mon téléphone ? Je ne sais pas."

17h51 - La présidente, Valérie Blain, souligne un point commun entre les meurtres d'Arthur Noyer et Maëlys de Araujo : "la vulnérabilité" des deux victimes. "Arthur Noyer, c’était un gars costaud, un militaire, il se préparait pour partir au Mali je crois", se justifie Nordahl Lelandais. Or, le jeune caporal était fortement alcoolisé la nuit des faits. La présidente n'insiste pas.

17h45 - Que s'est-il passé après la disparition de Maëlys ? Nordahl Lelandais a admis avoir minutieusement nettoyé sa voiture pour effacer les traces de la fillette, résilié une ligne téléphonique... Dans son entourage, personne ne soupçonne son implication dans la disparition de la fillette.

"Vous essayez de reprendre un semblant de vie normale ?", questionne la présidente.

"C’est ce que j’essaye de montrer autour du moi", affirme l'accusé.

"Vous y parvenez puisque personne ne remarque rien."

Il acquiesce.

17h40 - L'accusé nie avoir enregistré des photos de la petite Maëlys sur son téléphone le lendemain de sa disparition.

"J’ai enregistré des photos de Maëlys sur mon téléphone ?", s'étonne Lelandais. "Est-ce que c’est la consultation qui fait que je les ai enregistrées ? Je n’ai pas enregistré sa photo sur mon téléphone", réfute-t-il finalement.

17h30 - Nordahl Lelandais a avoué avoir tué "involontairement" la petite Maëlys six mois après les faits, confondu par une trace de sang dans sa voiture. Il dira d'abord aux enquêteurs que son corps se trouve à côté d'un cabanon. S'il a déposé provisoirement la dépouille de la fillette à cet endroit, il l'a ensuite déplacé dans une forêt.

"C’était bête de ma part de dire je l’ai déposée par terre à cet endroit. Je l’ai assise à cet endroit pour ne pas dire que je l’ai allongée à côté d’une voie ferrée (...) Je l’ai allongée vers l’herbe, je suis parti, je suis revenu", reconnaît-il, toujours interrogé par la présidente.

"Vous comprenez que ça pose question ? A ce moment, vous êtes pour la première fois dans une démarche d’aide à la recherche de la vérité", demande Valérie Blain.

"Mon but était qu’on retrouve l’endroit où je l’avais déposé pour la dernière fois. C’était ce que je voulais absolument. Pourquoi j’ai dit le cabanon ? Je ne sais pas. Ce que je voulais, c’est qu’on retrouve l’endroit où j’ai déposé la petite Maëlys."

17h15 - Dans sa version des faits, l'accusé a expliqué s'être rendu sur un chemin forestier, en pleine nuit, dans le noir complet, pour déposer le corps de la fillette dans un endroit discret. La présidente demande à l'accusé comment il a pu s'y rendre sans lumière.

"Au bout d’un moment, l’œil s’adapte. C’est ce qu’il s’est passé quand je suis descendu sur ce petit chemin", répond l'ancien militaire.

"Sans connaître les lieux, vous avez pu marcher dans le noir presque complet ?", insiste Mme Blain.

"On m’a expliqué que c’était un réflexe d’hypervigilance (…) La vision est en éveil."

17h - Si Lelandais reconnaît avoir tué Maëlys, il affirme ne pas avoir eu "l'intention de lui donner la mort". Juridiquement, il ne reconnaît donc pas des faits de "meurtre" - la qualification pour laquelle il est jugé - mais des "coups volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner". La peine encourue est moins lourde pour cette seconde qualification.

"Je n’avais aucune intention mauvaise en partant avec elle de ce mariage. Les coups… Je suis renvoyé pour meurtre, cette petite n’est plus là. Ces coups sont volontaires, je suis là pour meurtre (...) Je n’ai pas voulu donner sa mort. Je n’ai pas voulu. Je sais que je vais être condamné pour la mort de cette enfant", répète-t-il.

16h54 - "J’ai eu un ressenti, je ne sais pas comment on peut l’expliquer. Quelque chose qui est remonté en moi après ce qu’il s’est passé en avril 2017", déclare Nordahl Lelandais, tentant de décrire ce qu'il a ressenti au moment où il commence à frapper Maëlys.

La présidente de la cour d'assises, Valérie Blain, cherche à comprendre ce qui l'a poussé à commettre ces actes, après le meurtre d'Arthur Noyer quelques mois plus tôt. "Je ne peux pas expliquer ce que j’ai ressenti au moment de tuer ces… Comment expliquer l’inexplicable ? Le ressenti à ce moment-là, c’est inexplicable. Tout est mélangé, c’est confus, on ne sait plus ce qu’on fait, où on est."

16h47 - Valérie Blain retrace les derniers instants de Maëlys de Araujo en questionnant l'accusé sur son dernier trajet en voiture.

"Quatre minutes après un départ pour aller voir les chiens, à la demande de la petite Maëlys, vous lui portez ces coups que le légiste a qualifiés d’extrêmement violents. Quatre minutes, insiste la présidente. C’est sur le temps que je vous interroge, sachant que vous êtes absents pendant 40 minutes. Au bout de 4 minutes, vous avez tué Maëlys ?"

"Si vous le dites, alors c’est ça", répond Lelandais.

"Qu’est-ce qu’elle vous dit, Maëlys ?Quels sont ses derniers mots ?"

"A ce moment, il y a un silence… Je n’ai pas de souvenirs de ce qui se dit, ce qui se passe réellement."

"Elle crie ?"

"Non, il n’y a pas de cri."

"Elle demande à retourner à la salle des fêtes ?"

"Je ne me souviens plus exactement, dit l'accusé d'un ton hésitant. Je suis désolé, j’aimerais… Certainement, elle l’a dit. C’est au moment où je me tourne, je crois qu’elle le dit, mais je ne suis pas sûr de ça."

16h35 - "C'est cette propension à raconter des histoires, à donner des détails très précis, qui étonne M. Lelandais", lance la présidente à l'accusé, toujours debout dans son box pour livrer sa version des faits sur le meurtre de Maëlys.

"Bien sûr j’ai menti. Le short, la cocaïne… Je sais qu’aujourd’hui, quoi que je dise, je ne vais pas être cru. Je le comprends à cause de ces différentes versions", reconnaît Nordahl Lelandais, haussant légèrement la voix.

16h27 - Lelandais est appelé à s'expliquer sur le motif de son départ du mariage peu avant 3 heures du matin, au moment de la disparition de Maëlys. L'accusé a affirmé qu'il retournait chez lui pour ramener de la cocaïne et en consommer avec deux convives. Dans un premier temps, il avait dit aux enquêteurs être rentré pour changer son short tâché de vin.

"Il n’en restait pas assez (de la cocaïne, ndlr) pour faire toute une soirée à plusieurs", assure l'accusé. La présidente fait remarquer que deux témoins entendus à la barre au cours de la semaine n'avaient pas la même version des faits.

16h12 - Pourquoi l'accusé a-t-il activé de si nombreuses fois le mode avion ? Mme Blain liste toutes les activations auxquelles il a procédé la nuit de la disparition de Maëlys. La première de 2h46 à 3h25, au moment où il retourne chez lui pour chercher de la cocaïne avec la fillette dans la voiture, jusqu'au moment où il reviendra à la salle des fêtes. Puis de 3h56 jusqu'à 7h06, au moment où l'accusé dit être reparti pour déplacer le corps de la fillette.

"J’allais chercher de la cocaïne et, quand j’ai commencé à rouler, je me suis rendu compte que j’étais alcoolisé, j’avais une petite fille à côté de moi. Je mets le mode avion pour ne pas qu’on me contacte", justifie-t-il.

16h02 - La présidente questionne l'accusé sur la présence d'un "petit blond". Lelandais affirme que ce petit garçon accompagnait Maëlys lorsque cette dernière est venue le voir près de son véhicule pour lui parler de ses chiens. "Personne n'a vu cette scène", note Valérie Blain. L'ancien militaire, l'air excédé, maintient que ce petit garçon était présent.

15h52 - Nordahl Lelandais achève sa prise de parole. Il est à présent questionné par la présidente de la cour d'assises. Elle l'interpelle sur ses multiples changements de versions, des premières auditions par les gendarmes à ses aveux, six mois après le meurtre de Maëlys. Il affirmait dans un premier temps n'avoir jamais croisé la fillette au cours de la soirée.

L'accusé décrit son état d'esprit au moment des faits, quelques mois après le meurtre du caporal Arthur Noyer pour lequel il a été condamné à 20 ans de réclusion. "Je n’étais plus rien. Drogue, alcool, mensonge. Petite copine, pas petite copine, plan sexe. Je ne savais plus quoi faire", raconte l'accusé.

15h45 - Après être repassé au mariage en guise d'"alibi", l'accusé dit être retourné sur les lieux où il a déposé le corps de l'enfant. "Elle était toujours là. Inerte, elle ne bougeait pas. J’ai décidé de ne pas la laisser à cet endroit-là pour, lâchement, cacher mon crime. Je l’ai mis dans mon coffre et je suis parti. Je suis parti sans savoir où aller", récite-t-il.

Trouvant un endroit "caché", il indique s'être arrêté, être descendu de sa voiture avec le corps de la fillette et l'avoir abandonné "dans un petit chemin qui mène dans une forêt". "Et je suis reparti. Je suis reparti en me disant que ce qui vient de se passer, c’est incompréhensible. Mais c’est la réalité. Je suis reparti. Je suis rentré chez moi."

"Sur le moment, j’ai rien vu de mauvais, dit-il en repensant au moment où il fait monter la fillette dans sa voiture. J’ai pas fait attention. Comme j’avais pas d’intention malsaine, j’en avais pour 10 minutes aller-retour. Malheureusement, cette petite fille n’est plus là." Grand silence dans la salle.

"Je sais très bien que la famille, et vous qui me jugez, vous attendez des réponses. C’est ce qu’il s’est passé, c’est la vérité, affirme le trentenaire. Je sais qu’on aimerait que je dise que c’est un crime sexuel. Pas du tout. Je n’avais aucune intention. On me dit que je l’ai fait une semaine avant (sur les petites cousines, ndlr). Oui, je le reconnais, mais pas à ce moment. Je n’étais pas dans cette optique sexuelle, loin de là. Je sais que je vais être condamné lourdement et je mérite cette peine. Je l’accepte parce qu’il y a une famille en face qui a la peine d’avoir perdu une petite fille. J’aimerais vraiment leur présenter mes excuses. J’espère qu’ils arriveront, même si ça va être très difficile, ça l’est depuis 4 ans et demi, à avancer. J’aimerais pour eux qu’ils avancent, que le procès qui se déroule en ce moment les apaise d’une certaine façon. Je le souhaite. Et qu’ils prennent du temps pour eux maintenant. Je vais être condamné. Je vous présente vraiment mes excuses."

15h40 - Les mains jointes au niveau de la taille, Nordahl Lelandais poursuit son récit de la nuit du meurtre de Maëlys. Après avoir porté des coups à la fillette, il dit avoir roulé jusqu'à chez lui. C'est là qu'il affirme avoir constaté sa mort.

"J’ai pris son pouls, peut-être mal, et je me suis aperçu qu’il n’y en avait pas, poursuit l'ancien militaire. J’ai repris le sens de la marche. J’ai enclenché la première et j’ai roulé jusqu’à l’endroit où j’ai déposé cette malheureuse enfant, à l’endroit que j’avais indiqué lors de la reconstitution."

Lelandais explique avoir déposé "lâchement" le corps de la fillette à côté d'une voie ferrée avant de repartir chez lui. Il change son short tâché de sang, le jette, puis retourne au mariage.

"C’est une forme d’alibi, je le dis, reconnaît-il. Mais à ce moment, j’ai pas cherché (la petite fille, ndlr) parce que je savais ce que je venais de faire. Je ne savais pas où j’étais, j’étais complètement perdu. A un moment, je me sentais pas bien. Je suis allé aux toilettes, j’ai dit à Ludovic de me suivre. Je savais ce que j’avais fait, cette chose horrible. Je savais qu’il fallait que je parte. Je suis reparti."

15h37 - "Sur le trajet, ça ne se passe pas du tout comme ça aurait dû se passer", reconnaît l'accusé qui laisse planer de longs silences au cours de son récit. "A un moment, dit-il avant de s'interrompre. Je suis désolé du terme auprès de la famille. Je vais employer le mot chouiner (...) Je ne sais pas ce qu’il s’est passé, j’ai tourné la tête et, on l’a encore entendu ce matin, ce qu’il s’est passé en avril 2017, j’ai tué un homme (Arthur Noyer, ndlr). C’est quelque chose que j’avais en tête constamment. J’ai tourné la tête et j’ai eu cette impression complètement folle, je ne la comprends pas, j’ai eu cette peur que j’ai eue en avril 2017. Je me suis tourné et j’ai donné des coups. Les coups étaient volontaires, c’était pas un accident. C’est moi qui les ai donnés. C’était volontaire mais je n’avais aucune intention de lui donner la mort. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé, je ne sais pas. Mais c’est moi, bien sûr que c’est moi qui l’ai fait. Tout est remonté. Je ne savais même plus ce que je faisais, où j’étais."

15h33 - Lelandais se lève et prend la parole, d'un ton calme. "Je tenais à présenter mes excuses à la famille de Maëlys. Je vais revenir sur ce qu’il s’est passé. Je sais aussi que c’est difficile pour cette famille de me croire parce que j’ai beaucoup varié dans mes déclarations. Je peux le comprendre. Ca a été compliqué d’expliquer pourquoi j’avais donné la mort à Maëlys."

Il explique s'être rendu au vin d'honneur du mariage, avoir croisé Maëlys quelques fois au cours de la soirée. Lelandais lui montre des photos de ses chiens et, selon ses dires, la fillette lui parle de son amour pour les animaux. Au cours de la soirée, il s'apprête à s'éclipser pour aller chercher de la cocaïne.

"Au moment où je m’en vais, la petite Maëlys vient à côté de ma voiture, j’avais les fenêtres ouvertes, et elle me demande si je vais chercher mes chiens. Elle me demande si elle peut les voir, que sa maman était d’accord. Bêtement, je lui ai dit : 'bah monte'. Au moment où je lui dis, elle ouvre la porte. Je reconnais que c’est fou, complètement fou. Je ne connais pas cette petite, je l’ai vue trois fois, on a eu quelques échanges. Je n’avais aucune mauvaise intention. J’allais chez moi, je me suis dit qu’elle allait voir les chiens. Il y en aurait eu pour quelques secondes, une minute maximum. Je voyais les choses comme ça sans aucune intention à part que ça lui fasse plaisir de voir les chiens comme elle me l’avait demandé."

15h - L'audience est reprise. Tout l'après-midi, Nordahl Lelandais va être interrogé sur sa version des faits pour le meurtre de Maëlys de Araujo et les agressions sexuelles commises sur deux petites cousines.

13h08 - La présidente demande à Nordahl Lelandais de se lever et de répondre à une simple question : "Aujourd'hui, pouvez-vous reconnaître avoir tué volontairement Arthur Noyer ?" Il marque un temps de pause et assure : "Ce n'était pas volontaire", dit-il. La présidente repose la question. "On refait mon procès de Chambéry ?", demande-t-il.

L'audience est suspendue, elle reprendra à 14h45.

12h59 - Me Boguet interroge le témoin et semble dresser tous les points de concordance entre les deux affaires : l'abandon des corps dans la nature, les déclarations mensongères ou floues lors des auditions, les lavages assidus de sa voiture, le possible mobile sexuel, le mode avion de son téléphone activé les soirs des meurtres... Les réponses du gendarme vont dans le sens de l'avocat du père de Maëlys.

12h47 - La présidente questionne le gendarme sur le mobile sexuel du meurtre d'Arthur Noyer. "C'est une hypothèse", confirme-t-il. Les jours précédant le meurtre, Lelandais avait eu une relation sexuelle avec un homme. Le soir des faits, il a été aperçu en train d'errer dans les rues de Chambéry. Il avait également échangé des SMS avec une de ses compagnes avec qui il voulait avoir des relations sexuelles. Celle-ci avait refusé par message.

12h42 - Le gendarme revient sur les activités de Lelandais lors des jours qui ont suivi le meurtre d'Arthur Noyer. Le 12 avril, le lendemain de la disparition du caporal, l'accusé était allé au cinéma avec un ami. Le directeur d'enquête évoque également une soirée avec des amis et une rencontre avec une de ses compagnes. 

12h35 - Même au sujet d'une recherche sur Internet sur la "décomposition d'un corps humain", Nordahl Lelandais avait nié un lien avec la mort d'Arthur Noyer. Il avait indiqué, dans une première audition, qu'il s'agissait d'une recherche à propos d'une émission de télévision qu'il venait de regarder. Ce n'est que plus tard, face aux évidences, qu'il a cédé et avoué que c'était bien à propos du corps du caporal.

12h28 - Le gendarme fait part de "versions évolutives" de la part de Nordahl Lelandais au cours de ses différentes auditions lors de l'enquête sur le meurtre Arthur Noyer. Dans un premier temps, l'accusé avait même indiqué ne pas reconnaître son véhicule circulant dans la ville de Chambéry sur des images de vidéo-surveillance.

12h19 - L'audience est reprise. Geoffrey Bernard, chargé de l'enquête sur le meurtre du caporal Arthur Noyer, tué par Lelandais en avril 2017, est appelé à la barre. Le gendarme récite les faits, sans note, avec une grande précision.

Toutes les informations sur le meurtre d'Arthur Noyer sont à retrouver dans notre dossier : "Procès Lelandais : de la disparition d'Arthur Noyer aux aveux, la chronologie d'une affaire hors normes".

11h40 - L'avocat général lui demande s'il a un message à adresser à Lelandais. Il le regarde dans le box des accusés : "Je pense qu'il n'y aura pas de peine assez lourde pour ce que tu as fait. Tu connais ma façon de penser, tu sais qu' à un moment tu devras payer pour ce que tu as fait. Il y a toujours un revers de bâton, tu n'y échapperas pas."

Il poursuit : "J'ai essayé de me retourner les choses une dizaine de fois dans la tête. Qu'est ce qui pousse quelqu'un qui a déjà commis des agressions sexuelles sur des cousines à enlever une petite fille à ses parents, sans la connaître, pour au final la tuer."

"Je me refais le film, quelles sont les raisons de le faire ? Qu'est ce qui t'a amené à faire ça ? Il y a un cheminement qui t'a amené jusque-là. Fais en sorte d'apporter des réponses parce que ce que tu as pu amener comme explication, il n'y a rien de valable. Au moins pour sa famille, essaye d'amener quelque chose pour qu'on puisse te croire."

"Aller voir tes chiens ? Je pense qu'il n'y a pas grande monde qui croit à ça. Fais l'effort de ne pas rester dans la position. Lâche les choses", lui demande-t-il.

C'est la dernière fois qu'on se voit. Si on est amené à se revoir, ça veut dire que t'es trop proche de ma famille.

Julien, un ami de Lelandais.

Nordahl Lelandais lui répond en le tutoyant : "Personne ne me croira sur ce que je vais dire. Même mes émotions, on ne les croit pas. Je vais m'expliquer cette après-midi. Je dois tout expliquer, je vais le faire. Mais, quoi que je dise, je ne serai pas cru. Je peux le comprendre c'est compliqué."

Cela fait 20 ans que les deux hommes se connaissent. Julien insiste : "Toutes les personnes qui te connaissent ne peuvent pas croire ce que tu dis. Pourquoi des enfants ? Si ca avait continué, ç'aurait été qui ? Tes proches autour ? Mon fils ? Ca va te tomber dessus."

"C'est la dernière fois qu'on se voit, conclut-il. Si on est amené à se revoir, ça veut dire que t'es trop proche de ma famille."

L'audience est suspendue, elle reprendra à 12 heures.

11h21 - Julien répond aux questions de la partie civile. Il avait déjà été auditionné lors du procès de Lelandais pour le meurtre du caporal Noyer. A l'époque, il avait précisé que l'accusé conservait un poing américain dans son véhicule.

11h14 - Julien explique être "désolé". Il aurait pu venir au mariage au dernier moment. Mais, il n'a décidé de ne pas venir : "Je ne peux pas m'empêcher de penser que, si j'avais été là, le drame n'aurait pas eu lieu."

Lelandais et Julien s'étaient vus quelques jours avant le mariage et les agressions sexuelles sur deux petites cousines. Le témoin se souvient "d'une rencontre ordinaire".

11h01 - Il est interrogé par la présidente sur un téléphone que Lelandais aurait cassé volontairement entre deux gardes à vue. Il s'agissait d'un téléphone volé lors d'une soirée. Il voulait s'en servir. Le téléphone était bloqué, assure le témoin : "Il n'était pas fonctionnel, j'en suis certain."

10h56 - Très grand, chauve, vêtu d'une parka verte et d'une écharpe autour du cou, il témoigne ému à la barre : "Je suis vraiment désolé pour la famille de Maëlys et elle aussi. C'est incompréhensible", dit-il au bord des larmes.

Ensemble, ils faisaient partie d'un groupe de jeunes amis. Ils ont fait la fête ensemble, consommé de la marijuana mais aussi de la cocaïne.

10h50 - Les échanges entre la défense et Jean-Yves Coquillat se terminent. Un nouveau témoin est appelé à la barre, il s'agit de Julien, un ancien ami de Nordahl Lelandais. Ils ont habité en collocation à Lyon, lorsque Nordahl Lelandais est revenu de Guyane.

10h43 - Le parquet avait demandé la qualification de "viol" devant la chambre de l'instruction : "Ce que je pensais et que je pense toujours, c'est que Lelandais a enlevé la petite Maëlys pour la violer et la tuer." Mais l'ancien procureur confirme qu'il n'y avait pas assez de preuves pour retenir cette qualification : "Il était illusoire de trouver du sperme", au vu de l'état dans lequel le corps de Maëlys a été retrouvé.

10h33 - "On est dans un scoop", clame Me Jakubowicz, au sujet de fuites au cours de l'enquête. Coquillat a expliqué qu'il était au fait qu'un gradé de la gendarmerie était à l'origine de ces fuites, mais qu'il n'a pu diligenter une enquête pour violation du secret d'instruction à son encontre faute de preuve. 

10h23 - Coquillat assume ne pas avoir avisé la défense de la découverte du corps de Maëlys, le 14 février : "Je savais que vous veniez avec une de vos collaboratrices à la mairie de Pont-de-Beauvoisin. Il me semble que vous étiez arrivé, alors que je commençais à parler. (...) Ca ne m'est pas venu à l'esprit." Me Jakubowicz explique avoir été tenu au courant lors de la conférence de presse du procureur.

10h16 - Me Jakubowicz reprend la parole et les invectives se poursuivent : "N'est pas François Molins qui veut", se permet-il avant de questionner le témoin sur une possible rengaine de sa part contre l'accusé. Le procureur répond : "Je n'ai aucune haine contre Lelandais." Le duel de costaud reprend car il continue ainsi : "Il faut être économe de son mépris, étant donné le grand nombre de nécessiteux. Et je ne pense pas, en disant cela, qu'à M. Lelandais."

10h09 - L'ancien procureur assume ne pas avoir prolongé une des gardes à vue de Lelandais au moment de l'enquête : "Avions-nous en l'état des éléments pour le mettre en examen ? Peut-être, je n'en suis pas certain. Avions-nous en l'état des éléments pour un dépôt de mandat ? Je n'en suis vraiment pas sûr." De plus, il voulait maintenir sa ligne de conduite qui lui imposait de penser que "Maëlys était encore en vie".

10h02 - Dirigé par les questions de Me Rajon, avocat de la mère de Maëlys, Coquillat revient sur la soirée du 14 février 2018, soir où le corps de Maëlys a été retrouvé : "C'est la première fois de ma vie de magistrat, où je suis arrivé en conférence de presse et qu'il régnait un silence de mort. J'ai vu des journalistes pleurer."

Il se souvient des quelques instants qui ont précédé cette conférence de presse : "Le maire m'attendait. Je lui ait dit que j'avais besoin de me concentrer. (...) Je me sentais submergé par l'émotion. J'ai donc médité quelques instants. (...) Puis je suis allé tenir cette conférence de presse", qui fut "une station de plus, pour les parents, dans le chemin de croix".

Il se rappelle également de la réaction de Lelandais lorsque le corps a été retrouvé : "Il s'est entretenu avec son avocat. (...) Puis, il s'est mis à jouer en pleurant en implorant le pardon de Maëlys". Il a eu le sentiment que Lelandais jouait le "cinéma".

9h48 - Coquillat essaye de décrire la personnalité de Lelandais qui sait "s'adapter" à toutes les situations : "Nul doute que s'il devait le refaire aujourd'hui, il ne referait pas les mêmes erreurs."

9h45 - Les joutes verbales commencent devant la cour d'assises ! Coquillat explique que l'enquête aurait dû se terminer, selon lui, lorsque les images de télésurveillance ont montré la voiture de Lelandais circuler dans Pont-de-Beauvoisin, avec une "forme blanche" sur le siège passager. A la vue de ces images, il explique que Lelandais avait indiqué qu'il ne s'agissait pas de sa voiture. C'en est trop pour Me Jakubowicz qui se lève et interrompt la déposition.

"C'est unique dans les annales judiciaires, ce n'est jamais vu. Il vient régler ses comptes avec l'avocat de la défense", dit l'avocat de Lelandais. Il évoque "une attaque directe contre le principe même de la défense."

"Ca ne me touche en aucune façon, poursuit Me Jakubowicz. Ce n'est pas tolérable." Il demande une suspension de l'audience et la présence du bâtonnier. La présidente refuse, l'audience se poursuit. Coquillat reprend : "Je ne suis pas venu spontanément et je ne vous cache pas que je m'en serais bien passé." Il assure qu'il "n'est pas venu en découdre". Mais, il précise tout de même : "Les faits m'ont donné raison."

9h30 - L'ancien procureur fait part de son analyse quant à la défense de Lelandais et des représentants. Il compare leur stratégie à une "partie de poker" et à des "coups de bluff", de leur part, quand ils sont acculés par les évidences.

"Le travail médiatique a failli payer. A l'époque, nous n'avions pas encore le sang ou la vidéo de télésurveillance. L'opinion publique et les journalistes commençaient même à se poser des questions", se souvient l'ancien procureur.

9h25 - Coquillat évoque la responsabilité de Lelandais dans la découverte tardive du corps : "Lelandais est un menteur, un séducteur, un manipulateur. (...) Il s'adapte à toutes les situations. Lorsqu'on pose une question à Lelandais, spontanément il ne vous dira pas la vérité."

"Dans cette affaire, vous pouvez chercher des déclarations spontanées, il n'y en a jamais eues." Coquillat évoque un système de défense de la part de l'accusé. Derrière la vitre du box des accusés, Lelandais l'observe adossé sur sa chaise. "On n'enlève pas une enfant à 2h45 du matin pour lui montrer ses chiens."

9h20 - L'audience est reprise. Jean-Yves Coquillat, ancien procureur de Grenoble, est appelé à la barre. En poste en 2017 pendant la période des faits, Coquillat a pris sa retraite en 2019. "Les meurtres d'enfants sont des affaires qui remuent considérablement l'opinion publique. Celle-ci n'a pas dérogé à la règle", commence l'ancien procureur d'une voix calme. "Cette affaire est particulière, cette torture a duré plusieurs mois. Tout le monde a été sensible à la douleur des parents."

8h40 - Beaucoup de monde s'est amassé devant le palais de justice de Grenoble, tôt ce vendredi 11 février. De nombreux jeunes, des étudiants en droit mais aussi des curieux ont attendu de longs moments avant l'ouverture des portes. Vers 8h40, une importante file d'attente s'est déjà formée devant la cour d'assises. L'audience doit reprendre à 9 heures.