Inondations : les crues sont plutôt bénéfiques pour la biodiversité

La rivière Ouanne déborde entre Grandchamp et Charny, ce qui provoque la fermeture de routes dans l'Yonne / © Yoann Etienne
La rivière Ouanne déborde entre Grandchamp et Charny, ce qui provoque la fermeture de routes dans l'Yonne / © Yoann Etienne

Les inondations, qui frappent une partie de la France, perturbent la vie quotidienne de millions de personnes. Elles peuvent aussi déranger les animaux. Mais une crue est plutôt un "bain de jouvence" pour la biodiversité, estime le naturaliste Grégoire Lois.

Par Amélie Bottollier-Depois/AFP

Les crues hivernales qui sévissent actuellement dans plusieurs régions n’ont pas que des côtés négatifs. Elles sont même bénéfiques pour la biodiversité, estime Grégoire Lois, naturaliste à l'Agence pour la biodiversité d'Ile-de-France.

Quel est l'impact sur la biodiversité d'une crue comme celle qui touche une partie de la France ?

"D'une manière générale, une crue est plutôt bénéfique. C'est ce qui a permis des bassins limoneux sur lesquels l'agriculture se porte très bien. Le bénéfice des crues pour la biodiversité, c'est finalement de « ré-ensauvager » les berges, il y a beaucoup de limon qui se dépose.

En 2016, quand ils avaient nettoyé les voies sur berge dans Paris, 5 centimètres de limon s'étaient déposés, c'est considérable. Ça a tendance à enrichir les terres (...). Et redéposer des limons, ça donne une végétation plutôt foisonnante la saison suivante.

Les régimes de crues sont d'ailleurs à l'origine de l'apparition des grands bassins céréaliers, de l'apparition de l'agriculture, le Tigre, l'Euphrate, le Nil, qui étaient en crue tous les ans, avec parfois des mauvaises surprises pour les habitants, mais avec des terres très fertiles dans les zones des crues."


A Uchizy, en Saône-et-Loire, on circule en barque en raison des crues hivernales de cette fin janvier / © Damien Boutillet
A Uchizy, en Saône-et-Loire, on circule en barque en raison des crues hivernales de cette fin janvier / © Damien Boutillet

Mais pour la faune ? Certains craignent la mort de poissons qui peuvent se trouver piégés après la décrue...

"A la décrue ça arrive, c'est un risque. Je n'ai pas de chiffres, mais je pense que ça relève de l'anecdotique. Je n'imagine pas que des populations de poissons puissent se retrouver en mauvaise état suite à la crue. Les régimes de crue sont naturels, ça se produit sur tous les grands fleuves qui ne sont pas canalisés, bordés de berges, comme les fleuves d'Europe occidentale.

Dans les fleuves, de façon normale, s'installe une faune qui a coévolué avec les régimes de crue. On trouve même des poissons qui profitent du régime de crue pour aller pondre, comme le brochet qui typiquement pond lors des crues hors du lit du fleuve. C'est dans son cycle de vie d'aller pondre dans les zones inondées."

© Benoit Dumain
© Benoit Dumain


Quel est l’impact des crues sur les autres animaux, les mammifères, les grenouilles ?

"C'est davantage un problème pour les mammifères fouisseurs, les taupes, les campagnols, des petits mammifères, mais aussi les renards, les blaireaux, qui se retrouvent avec des terriers complètement inondés. Ils s'éloignent de la zone en crue et peuvent revenir après. Le terrier est probablement détruit, mais ils le recreusent.

En tant que naturaliste, je pense que c'est plutôt un bain de jouvence dans la mesure où ça réinsère quelque chose de naturel, un naturel parfois chaotique et hasardeux, y compris en pleine ville, en plein Paris.
La Seine est d'une qualité qui s'améliore, il y a de plus en plus de végétaux hydrophiles, des algues d'eau douce. Donc, de temps en temps, un grand coup de rinçage comme ça, ça peut certes produire des pollutions accidentelles, mais sinon ça réintroduit du sauvage dans le régime du fleuve.

Les grenouilles et les crapauds, eux ils hibernent souvent en terrier, donc il peut y avoir un impact mineur avec un peu de mortalité pendant l'hibernation. Néanmoins, vu qu'il fait très doux, je pense qu'il n'y a pas de soucis. Les grenouilles et les crapauds avaient déjà commencé à bouger pour leur migration prénuptiale (période où ils quittent leurs terriers pour retourner s'accoupler et pondre dans les points d'eau, ndlr) il y a une dizaine de jours."


© Pixabay
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