TÉMOIGNAGE. “Je le vis très mal”, Magali, maman et infirmière : l’un des visages des milliers de soignants suspendus

L’obligation vaccinale faite aux personnels de santé depuis le 15 septembre a conduit à des suspensions de soignants partout en France. Dans le Territoire de Belfort, Magali ne peut plus enfiler sa blouse blanche. Une "injustice" qu’elle a du mal à comprendre.

Alors qu'une majorité de soignants sont vaccinés, elle nous reçoit chez elle. Sa lettre de suspension sur la table du salon. Magali, 38 ans, exerce à l’hôpital de Trévenans près de Belfort. 12 soignants de l’HNFC, l'hôpital du Nord Franche-Comté n'étaient pas encore vaccinés la semaine dernière à quelques heures de la date butoir de l'obligation vaccinale. C’est par un coup de téléphone, puis un courrier électronique que le mot suspension a pris tout son sens.

Avec regret pour vous et la collectivité hospitalière, je me vois dans l’obligation de vous faire parvenir ma décision de suspension, sans traitement à compter du 15 septembre.

La direction

Cette mère de famille assume son choix de ne pas se faire vacciner. Par manque de recul sur le vaccin, et parce qu’elle se pensait encore protégée par son immunité après avoir été contaminée par le Covid-19 lors de la première vague.

Je me sens trahie, jetée comme une malpropre.

Magali, infirmière

Pour l’infirmière, la sanction de la suspension sonne comme une injustice. “Je ressens de la colère, de la tristesse que ça puisse se finir ainsi, de l’injustice, car je ne pense pas avoir mérité cette suspension... J’ai été aide-soignante, puis infirmière, j’ai bataillé pour avoir ces diplômes. Après 20 ans de service public, être jetée ainsi ?!” regrette la jeune femme.

Sur le pont lors de la première vague

“Quand il y a eu la première vague, il y avait beaucoup d’interrogations, on a répondu présent, on n’avait pas forcément le matériel pour, pourtant, on y a été. Et aujourd’hui on nous jette. Je trouve ça inhumain” lance-t-elle regrettant le peu d’empathie et de bienveillance du gouvernement face aux soignants.

Je ne veux pas de ce vaccin à l’heure d’aujourd’hui. Ça ne veut pas dire que je suis une mauvaise soignante. Aujourd’hui, on montre du doigt les soignants qui ne sont pas vaccinés. Je ne suis pas plus dangereuse que quelqu’un qui est vacciné.

Magali, infirmière

Elle argumente sur le fait que vaccinée ou pas, une personne peut transmettre le covid-19.

“J’espère que je ne serai pas licenciée”

Magali entame cette période de suspension dans l’inconnu. Elle est la seule de son service à avoir été mise sur la touche. “J’espère pouvoir vite retrouver du travail pour subvenir aux besoins de ma famille. Heureusement, mon compagnon me soutient. On va se serrer la ceinture”. Cette maman qui a fait tous les autres vaccins, n’imagine pas que son enfant de deux ans soit vacciné à terme. Elle s’y opposera.

Vers des licenciements de soignants ?

Buno Lemière, délégué CGT à l'hôpital de Trévenans était présent devant la préfecture du Territoire de Belfort où des personnels suspendus de tous les horizons se sont retrouvés ce mardi 21 septembre. En plus de 24 suspensions, “on a appris que 28 personnes en arrêt maladie, ont été suspendues” dit-il. “Pour nous, c’est clair que c’est illégal. Soit on est suspendu, soit on est en arrêt, ça ne peut pas être les deux. On ne va pas laisser faire” défend le syndicaliste. Il s’inquiète aussi des prochains mois à venir, si le pass sanitaire est prolongé cet hiver pour les professionnels de santé. “Si les agents ne veulent pas se faire vacciner, à partir du 16 novembre, il va y avoir des licenciements, ça nous a été annoncé lors d’une réunion verbalement” déplore Bruno Lemière.

Dans le cortège des "suspendus", Magali a trouvé d’autres femmes comme elle. Agnès travaille dans un Ehpad à Montbéliard dans le Doubs. Cette soignante n’a pas voulu se faire vacciner, faute de recul selon elle sur le vaccin, et après avoir été contaminée par le Covid. Elle a posé des heures de récupération, mais après le 22 septembre son salaire sera suspendu. Elle regrette que le monde des soignants n’ait pas fait bloc en force. “Beaucoup de soignants ont cédé à la pression, mais je les comprends, j’ai des collègues qui sont seules, avec un seul salaire” confie-t-elle. Ne pas se plier au pass sanitaire a été une décision prise à contre-cœur pour Agnès. “J’ai laissé mes résidents. Ce n’est pas comme cela que j’envisage le travail. On sait que ça va poser des problèmes aux collègues”.

Combien de soignants ont été suspendus en France ?

Selon les chiffres donnés par Olivier Véran, seuls 3.000 soignants ont été suspendus mercredi 15 septembre pour ne pas s'être vaccinés, un chiffre qu'il a mis en regard avec les plus de 2,5 millions de salariés concernés. Au journal Le Monde, l’entourage du ministre expliquait le 20 septembre que ce chiffre a déjà augmenté, soit parce que des établissements qui ne l’avaient pas encore fait ont entre-temps fait remonter leur nombre de professionnels suspendus, soit parce que de nouvelles suspensions ont été décidées. Un chiffre plus actualisé est « en cours de consolidation » avec l’aide des agences régionales de santé.

Avant d’être suspendus, les personnels travaillant dans un établissement de santé doivent passer un entretien puis se voir notifier par courrier la décision de suspension de leur contrat de travail. Tant que ce courrier n’est pas tombé, ils peuvent continuer à travailler.

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
vaccins - covid-19 santé société