Le comté, remède miracle contre la crise du lait ?

© Simon Daval / MAXPPP
© Simon Daval / MAXPPP

Producteurs de lait "standard" qui pleurent et producteurs de lait à comté qui rient ? Pas si smple, même si les éleveurs qui travaillent pour la fabrication du comté s'en sortent mieux que les autres. Analyse d'une crise agricole contrastée en Franche-Comté.

Par Raoul Advocat

Deux chiffres résument la situation paradoxale de la Franche-Comté :

  • Un producteur de lait "standard" touche actuellement moins de 300 euros pour une tonne de lait
  • Un producteur de lait à comté touche de 450 à 500 euros la tonne !

La crise du lait divise le territoire de la Franche-Comté en deux. D'une part, les éleveurs qui travaillent en plaine. La Haute-Saône pour l'essentiel. D'autre part, ceux qui pratiquent l'élevage en montagne : le Doubs et le Jura.

Les premiers vendent leur production aux grandes entreprises du secteur. Ils sont à la merci de ces entreprises et de la grande distribution. En particulier depuis la fin des quotas laitiers. Des quotas laitiers vivement contestés par le monde agricole, au moment de leur instauration dans les années 80. Mais ils ont permis, dans une certaine mesure, d'assurer une production minimale et rentable pour la plupart des éleveurs.

Mastodonte comté


L'histoire est différente pour les autres.  Ceux qui produisent du lait à comté. Parce que ce lait est vendu à des coopératives, les fameuses "fruitières" à comté. Des coopératives nombreuses : elles sont près de 150. Les fruitières sont tenues d'acheter du lait de proximité, dans une zone géographique précise. Il n'y a donc pas de concurrence des autres régions ou pays.

Haut de gamme


Les éleveurs de la filière comté ont aussi leur mot à dire sur le prix du lait qu'ils vendent à la coopérative.  A l'arrivée, enfin, il y a le fromage numéro 1 français des AOP (appellations d'origine protégées). Un mastodonte : près de 60 000 tonnes produites par an ! A des prix élevés, car le comté joue dans le cour du haut de gamme.

Conclusion : plus de marge de manoeuvre pour les agriculteurs et plus de pouvoir de décision dans la filière de production. Le comté n'est pas seulement un fromage : c'est une filière qui a su rester au contact du monde agricole et de ses préoccupations.

Ce n'est pas un miracle, mais un modèle économique particulier. Et pas forcément transposable partout. Hélas, pour les éleveurs qui connaissent une des plus graves crises de leur histoire.

La crise du lait au salon de l'agriculture
Intervenants : Pierre Besançon, éleveur à Liévans (Haute-Saône), Robin Lab, producteur de lait à comté. Reportage : Florence Cicolella et Florence Petit.

 

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