Coronavirus – Covid 19 : Une plainte déposée contre l’Ehpad La Rosemontoise à Valdoie dans le Territoire de Belfort

 Le fils d’un résident de la Rosemontoise a porté plainte contre la direction générale de l’association Servir 90, responsable de l’établissement. Son père est décédé le 28 mars dernier. Dans des conditions qu’il juge inadmissibles.

 

L'Ehpad de la Rosemontoise à Valdoie.
L'Ehpad de la Rosemontoise à Valdoie. © Maxime Meuneveaux
La situation dans cet Ehpad est gravissime. Vingt-huit résidents sur 115 sont morts depuis le début de l’épidémie de coronavirus, obligeant l’Agence Régionale de Santé à intervenir.
Sébastien Lévèque n’en démord pas. Son père n’aurait pas dû mourir dans ces conditions. « La direction de la Rosemontoise ne m’a pas donné les informations quand il le fallait. J’ai su seulement 3 jours avant sa mort que mon père n’était pas bien. A ce moment là déjà il ne se nourrissait plus. J’ai demandé si c’était le Covid, mais je n'ai pas obtenu de réponse. J’ai porté plainte à la gendarmerie». A ce jour, il est le premier enfant de résident à engager cette procédure. « J’espère que d’autres vont me suivre, je souhaite faire un collectif pour aller au tribunal, pour ne pas laisser ces choses-là impunies. »
Le père de Sébastien Lévèque avait 73 ans. Il était un ancien ouvrier de Peugeot. Le père et le fils étaient réunis par le football, les matches au stade Bonal. « Ce qui nous arrive me fait penser à la catastrophe de Furiani. Les gens ont payé pour aller au stade et ils ne sont pas revenus. L’Ehpad de la Rosemontoise c’est pareil».
 

"La directrice ne voulait pas qu'on affole les familles..."


Une soignante de l'établissement a accepté de s’exprimer. Malgré la peur qui tenaille la plupart des soignants confrontés à une direction peu ouverte aux échanges. Elle confirme que tout l’établissement a été débordé et certainement pas en mesure de répondre correctement aux familles. « La directrice ne voulait pas qu’on affole les familles. Elle disait que nous n'avions qu’à répondre qu’il y avait quelques cas de Covid, sans donner de chiffres précis. Quant au médecin, le pauvre, il devait s’occuper de 150 personnes sur deux établissements. Il a fait tout ce qu’il a pu. Et nous, nous étions tous accaparés par les soins. Au final, le non-dit a été dévastateur. »
 

"Nous étions déjà à flux tendu avant même le début de l'épidémie..."


Le personnel est aujourd’hui traumatisé par les morts à répétition et cette rupture de confiance avec beaucoup de familles. Les soignants peinent à dire des choses terribles. « Tout le monde -sauf la direction- a été sur le pont. Mais tout le monde ne sait pas faire. Les résidents, on posait leur plateau dans les chambres mais ils ne mangeaient pas. Ceux qui venaient aider ne savaient pas positionner les personnes âgées. »
Un aveu d’impuissance déchirant. Parmi d’autres. « J’ai entendu une infirmière dire, si j’avais eu le temps, j’aurais pu le faire boire. Les résidents décédés ne sont pas tous morts du Covid, certains se sont laissé glisser». La salariée insiste sur ce point et sur le manque de personnels. « Nous étions déjà en flux tendus avant l’épidémie. Pas assez de bras. Après, c’était trop tard. On a appris que la  direction était en  télétravail et nous on était au front. Elle aurait pu nous aider. Si nos dirigeants avaient eu un un peu d’empathie cela ne serait pas arrivé, pas comme ça. »
Un collectif d'aide-soignantes a ressenti le besoin d’écrire sur ce qui se passe actuellement dans l’établissement. Voici son constat que nous avons choisi de retranscrire tel qu'il nous est parvenu. Un texte que beaucoup de salariés ont pu lire par ailleurs. Elle débute son propos avec les administrateurs nommés par l’ARS.

« Les administrateurs s’appliquent à former tout le personnel sur les gestes barrières et sur la bonne utilisation du matériel de protection. Ils ont même du matériel qui nous avait été refusé par la directrice : les visières ! On devait être le seul Ehpad où les salariés ne prenaient pas leur température en arrivant, ça y est s’est mis en route. Les administrateurs ont un gros chantier devant eux mais on dirait  qu’ils donnent la priorité à la protection des salariés. C’est pour arrêter de faire passer ce virus d’une chambre à l’autre. Ils nous ont déjà repris quand on ne respectait pas les distances de sécurité entre nous. C’est sûr que si on n’est pas malades, les résidents ne sont pas malades. Encore faut-il avoir une direction qui s’inquiète véritablement de notre santé à tous. Quand on pense qu’en mars, la directrice nous interdisait de porter les masques, elle les faisait carrément retirer à ceux qui en mettaient «ça ne sert à rien !» disait-elle à tout le monde. Même si elle manquait de masque elle aurait dû laisser les plus fragiles en porter, en priorité ceux qui était «à risque». Mais quand on est guidé par le pouvoir au lieu de l’empathie... on ne peut qu’être que nul.
Les administrateurs, on n’a pas encore pu les voir dans les services, on aimerait bien leur dire nos problématiques, du genre on n’a pas encore pu donner de douche à tous les résidents. On a aussi une cadre depuis le 1er avril, on l’a attendue celle-ci ! Eh bien on l’a aperçue de loin ! Depuis son arrivée, elle est enfermée dans son bureau «elle fait les plannings ». Encore une qui n’a pas compris que les nombreux arrêts maladie c’est le ras le bol et le manque de considération pour les équipes.Toute façon comme la directrice et elle ont été recrutées par la DG, on ne s’attend pas à ce qu’elles s’inquiètent des résidents et de nous. C’est comme un clan avec le siège, ils décident et on doit se demerder avec leurs décisions. Tiens il n’y a pas longtemps ces 2 là ont dit aux collègues de vider les chambres des résidents décédés. Le choc ! On n’a jamais vu ça à la Rosemontoise ! On a toujours eu le respect de laisser les familles vider la chambre de leur parent. On se demande ce qu’elles font à la tête d’une maison de retraite.
On regrette le temps où le conseil d’administration de l’Association SERVIR avait des valeurs morales, qu’il choisissait des dirigeants humains.
Le temps où le Président passait régulièrement dans les établissements, il serrait la main des salariés. Il n’oubliait jamais de nous remercier dans ses discours.
Le conseil d’administration actuel est inexistant et le président est à la botte de la DG et de son frère l’avocat de l’Association.
On regrette le temps ou le directeur général connaissait les salariés, qu’il descendait déjeuner avec eux et qu’il était à leur écoute.
On regrette le temps où le directeur du Pôle personnes âgées avait de la considération pour les salariés, qu’il ne laissait pas tomber ceux qui étaient dans la difficulté. Il connaissait les résidents, il prenait le temps de leur demander si tout allait bien, de parler avec eux.
On regrette le temps où la directrice s’inquiétait avant tout du bien-être de tous. Elle travaillait en accord avec ses supérieurs avec un seul guide commun : l’empathie.
On regrette le temps où les familles voulaient absolument que leur proche soit installé à la Rosemontoise parce qu’elle avait très bonne réputation.
On est contents que les administrateurs soient là, on sait qu’ils vont améliorer les choses. Est-ce qu’ils nous interrogeront sur cet épouvantable mois de Mars, on ne sait pas. Mais en tout cas, il n’y a pas photo, le covid n’est pas le seul responsable et la DG doit emporter avec elle sa directrice
».
 
L’Ehpad vit aujourd’hui sous tutelle. Des pompiers ont été envoyés en renfort pour aider à sortir les résidents de leurs chambres. Premières bouffées d’air et de soleil après des semaines d’enfermement. Une aide bienvenue qui a redonné un peu de sourire aux résidents et aux soignants.

 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
santé société coronavirus
l’actualité de votre région, dans votre boîte mail
Recevez tous les jours les principales informations de votre région, en vous inscrivant à notre newsletter