Archéologie : à Vix, quand la sécheresse fait ressortir les vestiges de la ville fortifiée

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Écrit par Lisa Guyenne avec Sylvain Bouillot

Près de Châtillon-sur-Seine, le site archéologique de Vix est encore loin d'avoir livré tous ses secrets. Ces dernières semaines, la sécheresse a fait apparaître très nettement les vestiges de la ville fortifiée, un site de 50 hectares majeur en Europe.

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De Vix, chacun connaît le fameux vase, découvert en 1953. Mais cette pièce n'est que la partie immergée de l'iceberg. Depuis des années, les archéologues qui explorent le site mettent au jour toujours plus d'éléments qui démontrent l'existence, il y a 2 500 ans, d'une ville fortifiée sur 50 hectares. Soit l'un des sites les plus importants d'Europe de la période hallstattienne, qui correspond au Premier Âge du Fer. 

Vix, un site unique et loin d'avoir livré tous ses secrets

Vu du ciel, on découvre un étonnant motif. Au milieu de ce champ de luzerne déjà fauché et jauni par la sécheresse, apparaît une longue ligne verte bordée de cercles. "C'était une palissade avec un fossé. La ligne correspond un grand enclos au sein duquel se trouvait un grand bâtiment", détaille l'archéologue Bruno Chaume, directeur du programme à Vix et chargé de recherches au CNRS. "Les racines de luzerne plongent profondément dans le sol et recherchent l'eau et la fraîcheur, qui sont davantage présentes à l'endroit des trous de poteaux."

Ici, pas encore d'équipes d'archéologues en train de creuser. En préambule, l'Allemand Harald von der Osten, géophysicien, sonde le terrain à l'aide de machines spécialisées. "C’est très important de faire ces relevés avec le radar et avec la technique magnétique. Ce sont deux procédés physiques utiles pour préparer les travaux d’excavation dans le sol."

À Vix, scientifiques allemands et autrichiens sont partenaires des fouilles depuis de longues années. Car en Allemagne se trouve un des rares sites semblables à celui-ci. "La structure sociale hallstattienne était déjà très hiérarchisée. Ce sont des familles-dynasties qui pilotaient l'organisation du territoire, qui programmaient le développement d'un site et son approvisionnement."

"Or, un tel fonctionnement sur des sites de 50 hectares comme Vix, on en connaît qu'un seul autre, et c'est au nord du Danube dans le Bade-Wurtemberg."

Bruno Chaume

À 200 mètres de là, une autre équipe d'archéologues creuse depuis deux semaines. Ces fouilles ont permis de mettre au jour les fondations d'un bâtiment supposément construit il y a 5 000 ans. "Ça ressemble vraiment à ce qu'on a au Néolithique", se réjouit Anthony Denaire, archéologue et maître de conférences à l'université de Bourgogne. "On a un bâtiment du Hallstatt complètement inédit, d'une trentaine de mètres de long sur à peu près six mètres de large."

"C'est l'un des plus grands bâtiments de cette période, mais on a aucun élément de comparaison. On est vraiment au tout début de l'enquête pour comprendre à quoi ce lieu correspond."

Anthony Denaire

En plusieurs décennies de fouilles à Vix, les scientifiques ont fait de nombreuses découvertes. À commencer par la fin d'une idée reçue : "On est très loin de l'image des Gaulois sous leur hutte comme on les dépeignait dans les années 50-60", détaille Bruno Chaume. "Là, on est sur une organisation quasi urbanisée, presque comme une ville. Sauf qu'elle ne s'est pas pérennisée. Elle a périclité assez vite, vers 450 avant J-C. Ce phénomène ne s'est pas généralisé à l'ensemble de la civilisation hallstattienne. Mais il y avait bien cette émergence de la ville, qui réapparaîtra à la fin de l'époque gauloise. Quand César envahira la Gaule, il fera face à des villes défendues."

Pour autant, Vix est très loin d'avoir livré tous ses secrets. "C'est un site exceptionnel par son étendue et les structures qu'on y a découvertes."

"Pour appréhender un tel site, il faut mener des campagnes chaque année, sur le long terme, en multipliant les chantiers. Sinon, vous avez l'équivalent d'un timbre-poste par rapport à un livre de 200 pages."

Bruno Chaume

En trente ans de travaux sur place, Bruno Chaume estime que lui et ses équipes n'ont mis à jour que 2% du site.