Côte d'Or : les très rares cigognes noires de retour dans le Parc national de forêts

Elles sont de retour depuis quelques jours. Les cigognes noires du Châtillonnais ont retrouvé leurs nids. 5 à 6 environ, c’est peu en apparence mais c’est presque 10% de la totalité des nids recensés en France.

On estime qu'il y a 70 à 90 cigognes noires en France.
On estime qu'il y a 70 à 90 cigognes noires en France. © Nicolas TISON / ONF

La cigogne noire est une espèce cousine de la blanche. Mais elle est rare et protégée. Elle fait l’objet d’un programme de d'étude et de protection au niveau national, programme auquel travaillent différents acteurs. Parmi eux, l’ONF (la cigogne noire niche essentiellement dans des forêts  gérées par cet organisme public), la LPO (Ligue de protection des oiseaux) et le parc national de forêts (à cheval sur la Champagne et la Bourgogne).

Selon, Matthieu Delcamp, chargé de mission au parc national de forêts, "aujourd’hui, il y a une soixantaine de nids connus en France, et 5 ou 6 dans le parc national de forêts". La cigogne noire serait également présente dans le  Jura, la Nièvre, la Haute-Saône, la Saône-et-Loire et l'Yonne. Parmi les cigognes noires du Châtillonnais, Divona –un mâle- est suivi grâce à une balise Argos depuis 6 ans.

 

La cigogne noire est le plus grand oiseau forestier de France

La cigogne noire est un peu plus petite que sa cousine la cigogne blanche (qui vit, elle, surtout en marais, avec des praiiries, et dans les vallées alluviales) mais elle mesure tout de même environ 1 mètre et a une envergure qui peut aller jusqu’à 2mètre pour un poids de 3kg en moyenne. Elle vit une 20aine d’années. Les plumes de son manteau sont noires, son ventre est blanc, ses pattes, son bec et ses yeux sont rouges.

Elle vit dans les forêts, dans des arbres assez hauts (à une douzaine de mètres du sol en moyenne) où elle fait un nid avec des branchages et des mousses. Ce nid est situé près de zones humides où elle trouve sa nourriture, essentiellement des petits poissons, en particulier des chabots. Les adultes parcourent couramment plus de 10km autour du nid pour se nourrir.

La cigogne noire vit 6 mois de l’année (printemps et été) en Europe où elle trouve la nourriture dont elle a besoin, puis, le reste de l’année, en Afrique (Sénégal, Mauritanie, Mali…) où elle se nourrit au bord des cours d’eau après la saison des pluies. Elle part dès le milieu de l’été, au plus tard en octobre pour revenir en Europe à partir de fin février-début mars.

La femelle pond de un à cinq oeufs, à partir de fin mars. Les deux parents couvent les œufs alternativement, pendant 32 jours environ. C’est une période délicate, les cigognes noires étant très sensibles au moindre dérangement. Les cigogneaux vont ensuite être nourris pendant 60 à 70 jours par leurs parents avant de commencer à se débrouiller seuls et être ainsi capables de partir à leur tour en migration en Afrique.

La cigogne noire est une espèce discrète, solitaire et sauvage.
La cigogne noire est une espèce discrète, solitaire et sauvage. © Fabrice CROSET / LPO

 

Où trouve-t-on des cigognes noires ?

"Le plus grand foyer de cigognes noires est en Europe de l’Est" précise Matthieu Delcamp, sans que l’on connaisse toutefois réellement leur nombre tant cette espèce est discrète. "En France, on estime la population nicheuse en 2020 entre 70 et 90 couples, essentiellement dans le nord-est de la France, indique Nicolas Gendre, responsable de programmes avifaune à la LPO  et co-coordinateur du 'réseau cigogne noire' avec l'ONF. Elle est aujourd’hui en phase de croissance, chez nous comme en Belgique ou en Luxembourg, au contraire des populations en Europe de l’est ou en Espagne".  

Il y a encore plein de nids à découvrir !

Nicolas Gendre, LPO, co-coordinateur réseau cigogne noire

La cigogne noire aurait progressivement disparue au XIXème siècle avec l’exploitation accrue de la forêt (notamment pour le bois de chauffage), même si "nous n’avons pas de preuve que cette espèce était abondante autrefois" explique Matthieu Delcamp, puisqu’il n’y avait aucun relevé scientifique à cette époque sur cet oiseau. Son "retour" dans le parc national des forêts a été constaté dans les années 90, date à laquelle a été mis en place au niveau national un plan d'étude et de protection de la cigogne noire. 

La cigogne "Diva" (balise CM32) en hivernage dans l’Aude
La cigogne "Diva" (balise CM32) en hivernage dans l’Aude © Antoine JORIS / LPO

 

La cigogne noire est une « espèce parapluie »

La cigogne noire est considérée comme "en danger" pour les couples nicheurs et "vulnérable" pour la population de passage. Elle fait partie de la liste rouge des espèces menacées de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Cette espèce discrète et solitaire est pourtant un oiseau emblématique de la biodiversité. Elle est en effet un bon indicateur de la qualité écologique du milieu dans lequel elle vit : grands arbres, forêts pas trop exploitées, cours d’eau de grande qualité pour y pêcher la nourriture… "On dit aussi de la cigogne noire qu’elle est une espèce parapluie", ajoute Nicolas Gendre. En protégeant ces espèces, on protège également de manière indirecte un cortège d'autres espèces qui partagent son environnement.

Cette espèce fait aujourd’hui l'objet d'un programme d'étude et de protection (cigogne-noire.fr) coordonné par  l’ONF (Office national des forêts) et  la LPO (Ligue de protection des oiseaux) avec l’ACETAM, responsable du programme national de baguage de la Cigogne noire, le parc national de forêts, l'OFB (Office français de la biodiversité) et des parcs régionaux.

Baguage d'une cigogne noire
Baguage d'une cigogne noire © Jean-Jacques Boutteaux (ONF)

 

Comment est surveillée la cigogne noire ?

"La principale action du réseau", explique Nicolas Gendre, "c’est de trouver des nids et veiller à ce que la reproduction se passe bien. Pour cela, des mesures sont à notre disposition ; on sensibilise les exploitants forestiers et parfois on fait interrompre ou suspendre des travaux à proximité d’un nid. Nous travaillons aussi avec le réseau RTE (Réseau de Transport d’Électricité) et Enedis pour que certains poteaux électriques soient balisés et que les cigognes ne s’électrocutent pas. Avec RTE également, nous voyons comment éviter que des hélicoptères de maintenance rasent ou stagnent près de  nids occupés".

Le "réseau cigogne noire" fait aussi du suivi de population grâce à des bagues posées sur les jeunes. "Le baguage sert à identifier chaque individu", précise Nicolas Gendre. Certains adultes sont dotés des balises de géo localisation. "Cela nous permet de connaître les déplacements pendant les migrations mais aussi comment les cigognes noires utilisent leur domaine vital ( là où elles se nourrissent). Comme cela, on peut agir pour préserver ce milieu".

« Depuis 1 ou 2 ans, nous travaillons aussi plus activement à connaître les facteurs de mortalité des jeunes »

Nicolas Gendre.

 

"75% des jeunes meurent dans leur 1ère année. On connaît certaines raisons, les lignes électriques, les éoliennes, la faiblesse de certains individus qui ont du mal à supporter leur longue migration ou le braconnage notamment en Afrique. Mais on a besoin de plus d’éléments".

Dans le cadre du programme de baguage réalisé par l’ACETAM en 2020, 34 nichées soit 101 jeunes ont été bagués dans 16 départements français.

La  surveillance semble porter ses fruits puisqu’en 2010 on dénombrait une 20aine de nids de cigognes noires en forêt publique en France contre plus de 50 aujourd’hui.

Fait rare, en 2019, en Saône-et-Loire, une cigogne noire avait même choisi d'hiverner en Bourgogne comme le montre le reportage ci-dessous.

Qui est Divona ?

Divona, contrairement à ce que laisse entendre son nom, est un mâle âgé de 11 ans, né dans la forêt de Châtillon et équipé d’une balise Argos depuis 2015. Depuis, ses déplacements sont enregistrés.  C’est ainsi que l’on sait qu’après avoir passé l’automne et l’hiver au bord du fleuve Sénégal, il est parti fin février pour arriver  mi-mars en Côte-d’Or, au terme d’une migration de 4.000 km en 3 semaines.

© Parc national des forêts / Google Earth

Mais "ces données sont aujourd’hui insuffisantes", explique Matthieu Delcamp. "Nous avons donc le projet de recapturer Divona pour lui poser une nouvelle balise, une balise GSM. Nous pourrons ainsi avoir des points de géo localisation toutes les 10mn au lieu d’1 heure actuellement." Les points espacés d’une heure permettent en effet de suivre Divona lors de sa migration mais ils ne sont pas assez rapprochés pour connaître avec précision ses lieux de "gagnage" (d’alimentation). La nouvelle balise pourrait permettre de connaître sa position toutes les 5 ou 10 mn !

"Aujourd’hui nous avons une 10aine de cigognes noires porteuses de balises", précise Nicolas Gendre, 8 adultes équipés de GSM et 3 de balises Argos. "Nous en avions 13 jusqu’à cet hiver mais nous en avons perdu 3 pour des raisons diverses et pas toujours connues. Par ailleurs, 4 jeunes avaient reçu une balise-bague l’année dernière, plusieurs n’ont pas survécu. De nouveaux baguages de ce type sont prévus cette année".  

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