Bébés prématurés, handicap, Alzheimer... à Dijon, on soigne les maux par la musique

La musique peut avoir de nombreuses vertus thérapeutiques, à la fois sur les personnes atteintes de maladies dégénératives ou de nouveau-nés prématurés. À Dijon et Fleurey-sur-Ouche (Côte-d'Or), des musicothérapeutes interviennent dans des établissements de santé pour soigner ces maux.

Sa petite main repose sur la poitrine de sa mère. Elle se soulève au rythme de sa respiration alors que, dans un hôpital encore endormi, on entend résonner un léger chant accompagné de quelques notes de musique. Pour le petit Andréa, né grand prématuré à seulement six mois, cette mélodie est un traitement à part entière.

La musique pour renforcer le lien parent-enfant

"Il a posé sa main à partir du moment où sa maman a commencé à chanter", résume Emmanuelle Ledeuil. Elle n'est ni médecin, ni infirmière, mais intervient régulièrement au centre hospitalier universitaire (CHU) de Dijon (Côte-d'Or). Son travail à elle, c'est la musicothérapie - c'est-à-dire soigner les maux non pas grâce à des prises en charge médicamenteuses... mais grâce à la musique. Son but : aider les parents à renforcer leurs liens avec les enfants en couveuse.

Grâce au chant maternel, Andréa sourit. Une petite victoire. "On sent qu'on a un moyen, comme on pourrait mettre la tétine sur d'autres enfants", remarque Amélie, la maman du petit garçon. "Là, c'est la voix."

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Une pratique instituée au sein du CHU de Dijon par Solène Pichon, infirmière-puéricultrice. Convaincue des bienfaits du chant, elle souhaite démocratiser la musicothérapie auprès des bébés prématurés. "C'est comme si l'enfant posait sa respiration sur la voix qu'il entend et ça va stimuler la succion. Derrière, il a été prouvé qu'il peut y avoir un meilleur comportement alimentaire et à long terme, un meilleur développement langagier."

"Je me déconnecte de moi-même pour être entièrement dans la musique"

Les bénéfices de ces exercices ont été mesurés par les chercheurs de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM). Grâce à la neuro-imagerie, ils ont remarqué que les écoutes répétées avaient de nombreux bienfaits sur les patients. "Dès qu’on entend une musique familière de nos régions auditives, on va avoir un phénomène de transmission de l’information dans les régions de la mémoire", explique Hervé Platel, professeur de neurospychologie et directeur de l'unité INSERM U1077.

Il y a une libération d'un certain nombre de neurotransmetteurs, ce qui produit un sentiment de plaisir et de bien-être.

Hervé Platel,

directeur de l'unité INSERM U1077

Des bienfaits qui ne concernent pas que les nouveau-nés. La musique pourrait également ralentir le développement de maladies neurodégénératives. Dans cet EHPAD de Fleurey-sur-Ouche (Côte-d'Or), les résidents en font l'expérience depuis cinq ans, avec des résultats encourageants. 

"Je me déconnecte de moi-même pour être entièrement dans la musique", note Marie-Claude. "Pour une personne comme moi qui n'écoutait pas beaucoup de musique avant, maintenant, je l'aime tellement." Devenue hémiplégique après un AVC, elle se rend chaque mercredi à des séances de musicothérapie. Depuis qu'elle les suit, elle souffre moins et a une meilleure élocution. La musique a aussi des effets sur d'autres patients atteints d'Alzheimer : ils retrouvent le sourire, reconnaissent leurs proches.

En France, la musicothérapie reste malgré tout peu connue. Il n'existe par ailleurs aucun statut de musicothérapeute reconnu, bien que plusieurs cursus privés ou publics forment à cette pratique. 

► Reportage de Nora Boubetra et Steven Pichavant