Pénurie de lait maternel et bébés prématurés : les questions qui se posent dans l'urgence

Le lactarium de Dijon cherche des donneuses pour du lait maternel. Il est vital pour les enfants nés prématurément. Les réserves sont en-dessous des seuils habituels et la demande est constante. Cette pénurie concerne la Bourgogne-Franche-Comté ainsi que tout le territoire national.

Il est surnommé l’or blanc : le lait maternel permet au quotidien de sauver des vies. Comme un médicament, il est bénéfique pour la santé et le développement des bébés prématurés, dont le système digestif n’est pas encore mature. “C’est le plus adapté aux niveaux des apports nutritifs par rapport à l’enfant et c’est celui qui est le plus facile à digérer. Quand ils naissent très prématurés, il faut le temps que l’estomac se mette en route. Du coup c’est tout bénéfique pour eux”, confie Emeline Gavignet, infirmière puéricultrice en réanimation néonatale au CHU de Dijon.

S’il existe parfois un recours au lait industriel, les études scientifiques ont démontré que le meilleur lait pour les prématurés est en priorité celui de la mère. Et si ce n’est pas possible, on peut utiliser celui d’une donneuse.

“On vit actuellement une période délicate”

Professeur Frédéric Huet, CHU de Dijon

“Le constat est assez édifiant : aujourd’hui nous n’avons plus assez de donneuses et la quantité de lait qui est stocké à l’échelon national est insuffisante pour couvrir les besoins des prématurés”, explique le Professeur Frédéric Huet, le chef de service à l'hôpital d’enfant du CHU de Dijon.

Pourquoi les dons sont en baisse

Le Lactarium de Dijon collecte chaque année 2500 litres de lait maternel, il est le seul en Bourgogne-Franche-Comté. Il s'appuie sur un réseau d’environ 450 donneuses. Un chiffre en baisse depuis plusieurs années. “Il y a de moins en moins de naissances et les mamans sont de plus en plus âgées avec des facteurs de risques importants de donner naissance à des prématurés. Le nombre de prématurés est stable mais le nombre de naissances baisse donc le ratio de donneuses potentielles diminue avec le temps.” analyse le Pr Huet. 

Sur 25 000 naissances par an en Bourgogne-Franche-Comté, il y a entre 7% et 10% de naissances prématurées. “Régulièrement, il nous manque une centaine de litres de lait pour couvrir tous les besoins.” Une difficulté régionale que l’on retrouve aussi à l’échelon national. “En France, il manque environ 20 000 litres de lait.”

Une fois collecté, le lait est conditionné puis pasteurisé. Il est chauffé pendant 30 minutes à 62,5 °C  pour détruire les germes, les bactéries et notamment un virus : le cytomégalovirus. Des analyses sérologiques sont ensuite réalisées. De quoi rassurer les parents sur les conditions sanitaires de l'aliment qui sera proposé à leur nourrisson. “La qualité du lait qu’on va fournir doit être équivalente à la qualité du sang dans un établissement français de transfusion. Tous les critères de sécurité doivent être remplis. C’est un enjeu sanitaire majeur pour des bébés qui sont très fragiles en étant prématurés”, précise le Professeur Huet.

Toutes ces opérations ont un coût et font de ce lait maternel une denrée rare et plutôt onéreuse. "Un lait produit dans un établissement comme le nôtre c’est 80 euros le litre, alors qu’à la base il est gratuit" souffle-t-il.

Qui peut donner ?

Le don de lait maternel est possible pour toutes les mamans qui allaitent et dont les bébés ont moins de 12 mois. Plutôt que de jeter le surplus à la poubelle, elles peuvent alors faire un don. Celui-ci deviendra anonyme avant d’être distribué dans les services de néonatologie de toute la région. Il existe une liste de médicaments contre-indiqués. Certaines molécules peuvent se retrouver dans le lait maternel puis être absorbées par le nourrisson.

En Bourgogne-Franche-Comté, il est possible de contacter directement le Lactarium du CHU de Dijon par mail à lactarium.bourgogne@chu-dijon.fr et par téléphone au 03 80 48 74 44.

POUR INFO : Pour trouver le Lactarium le plus proche dans votre région, vous pouvez vous rendre sur le site de l'association des Lactariums de France.