Dijon : des militants féministes violentés par des identitaires en marge du rassemblement anti-PMA

Une violente altercation a opposé dimanche 31 janvier des militants féministes et des identitaires à Dijon (Côte-d'Or). Les premiers organisaient un contre-rassemblement alors qu'une manifestation d'opposants à l'extension de la PMA avait lieu au départ de la place de la République. 

Plusieurs vidéos de l'altercation ont été diffusées sur les réseaux sociaux.
Plusieurs vidéos de l'altercation ont été diffusées sur les réseaux sociaux.

Une violente altercation a eu lieu dimanche 31 janvier place de la République à Dijon, en marge de la manifestation contre l'extension de la procréation médicalement asssistée (PMA) organisée par l'association Alliance Vita.

Avant que le rassemblement principal ne commence, des militants féministes du collectif 25 novembre s'étaient donné rendez-vous à 13h pour un contre-rassemblement. "On était une quinzaine de personnes. Rien n'avait commencé, il n'y avait que nous sur la place de la République, nous raconte un membre du collectif qui a demandé à conserver l'anonymat. On a sorti le drap qu'on avait prévu pour faire une tête de cortège qui disait 'Mon corps, mes choix, nos luttes'. Une quinzaine de personnes, que des mecs tout en noir, sont arrivés très rapidement sur nous. C'est allé très vite."

Au début, on les a vu aller vers le drap, on s'est dit qu'ils allaient nous le voler. Donc on s'est tous accrochés au drap. Quand ils ont vu qu'ils n'arrivaient pas à nous retirer le drap, ils ont commencé à nous frapper.

Des vidéos de l'altercation diffusées sur les réseaux sociaux et par les médias RadioBip et Dijoncter.info montrent un groupe de jeunes hommes vêtus de noir se rapprocher des militants féministes installés près de la fontaine de la place de la République et s'en prendre à eux.

"La manif elle est pour nous. Donc arrêtez de casser les couilles, vous dégagez maintenant", peut-on entendre. "Dégagez bande de fachos de merde", répondent des membres du collectif. Dans une autre vidéo, l'un des hommes vêtus de noir ajoute : "Cette ville, elle est aux Français bande de bâtards".

L'action revendiquée par la sphère identitaire

Sur les réseaux sociaux identitaires, on retrouve des messages qui se satisfont de l'action menée à Dijon. "Tentative de contre-manifestation antifa et LGBT. Les nationalistes chargent les antifas et les dispersent façon puzzle. À Dijon et dans toute la France les nationalistes répondent présents", peut-on lire dans un message daté du 31 janvier accompagné d'une photo de groupe où 19 personnes, dont les visages sont floutés, posent avec deux drapeaux reprenant les emblèmes de la Bourgogne.

Capture d'un message diffusé sur la boucle Telegram @ouestcasual, qui relaie des messages nationalistes.
Capture d'un message diffusé sur la boucle Telegram @ouestcasual, qui relaie des messages nationalistes.

"Au niveau physique, il n'y a pas eu d'énorme casse. Une personne a eu deux jours d'ITT pour un coup sur le visage. Il y a des hématomes, des douleurs, une paire de lunettes cassée. Mais il y a un assez gros choc émotionnel", précise le militant féministe interrogé. Des plaintes ont été déposées par certains membres du collectif du 25 novembre, selon notre témoin. Le parquet de Dijon, sollicité ce mardi 2 février, n'était pas en mesure de nous confirmer immédiatement ce point.

D'autres membres hésitent à faire de même. "On est encore en réflexion pour déposer plainte, parce que ça fait un peu peur aussi. Ce groupe de personnes nous fait très peur parce qu'ils ont été capables de nous agresser sans nous connaître, juste pour une idéologie. On n'a pas envie qu'ils aient nos noms, ce n'est pas du tout ce qu'on cherche", nous explique-t-on.

Un ancien candidat FN identifié parmi les agresseurs

La plupart des auteurs de l'altercation étaient masqués. L'un d'eux, qui ne portait pas de masque, a été identifié par certains comme étant Benjamin Lematte. Ce dernier a été un temps responsable du Front national de la jeunesse en Saône-et-Loire. Candidat pour le FN à Chalon-sur-Saône lors des élections cantonales de 2011, il a quitté le parti en 2013.

Deux ans plus tard, alors membre du parti d'extrême droite le Parti de la France, il avait voulu organiser une manifestation anti-migrants à Pouilly-en-Auxois (Côte-d'Or). L'action avait été interdite par la préfecture. La photo de groupe partagée sur Telegram figure depuis le 31 janvier au soir en photo de couverture sur son profil Facebook personnel.

A gauche, capture de la vidéo de l'altercation dimanche 31 janvier à Dijon. A droite, Benjamin Lematte lors d'une action à Chalon-sur-Saône en 2017.
A gauche, capture de la vidéo de l'altercation dimanche 31 janvier à Dijon. A droite, Benjamin Lematte lors d'une action à Chalon-sur-Saône en 2017. © DR et France Télévisions

Peu après l'altercation, la police aurait rattrapé les auteurs des violences, selon notre témoin, mais sans les interpeller. Quelques temps plus tard, ceux-ci auraient été vus au sein du cortège mené par Alliance Vita. Une version que ne partage pas Marie-France Spillmann, la présidente de l'association en Bourgogne et organisatrice du rassemblement contre l'extension de la PMA dimanche à Dijon. "Notre manifestation est pacifique. On n'accepte pas ce genre de comportement", nous explique-t-elle.

Elle dit n'avoir eu connaissance des violences qu'après la fin de son rassemblement. "J'ai su par le bouche à oreille après, mais pendant la manifestation je n'ai rien vu." Et selon elle, les hommes en noir n'ont pas pris part au défilé. "J'ai effectivement vu ces gens en noir place de la République. Après, je ne les ai pas revus. [...] Ces gens là, on ne sait même pas qui c'est."

Malgré les coups reçus, les militants du collectif 25 novembre ont tout de même organisé un contre-rassemblement place de la République avec en tête de cortège leur banderole où s'affichait le slogan "Mon corps, mes choix, nos luttes". 

Les militants ont ensuite dû quitter les lieux, contraints par les forces de l'ordre. "On a très vite été stoppés par des gazages en masse. Je n'ai pas entendu de sommation, il y en a sûrement eu mais très rapides", nous a précisé le membre du collectif féministe. "Le but de notre manifestation n'était pas d'aller à la confrontation avec eux [Alliance Vita] mais de montrer qu'on était là.", a-t-il ajouté.

Dans un tweet publié le 2 février au soir, la première adjointe socialiste au maire de Dijon Nathalie Koenders s'est dite "scandalisée par l’agression". "Ces actes méritent des sanctions exemplaires, espérons que leurs auteurs soient rapidement interpellés", a-t-elle ajouté.

 

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