Une association de sauvegarde des abeilles tire la sonnette d'alarme au sujet du frelon asiatique : alors que les apiculteurs se préparent à son retour, il ne faut pas faire n'importe quoi pour les piéger, au risque de tuer d'autres insectes utiles pour la biodiversité !

L'alerte au frelon asiatique est lancée ! Présent maintenant sur la totalité du territoire français, il est impossible de l'éradiquer. La sortie de l'hivernage des frelons asiatiques (vespa velutina) impose dès à présent la surveillance des ruches pour les apiculteurs. Mais pour les piéger, il faut disposer de matériel spécifique.

Le frelon asiatique, présent en France depuis 2003

Alors que la propagation du frelon asiatique s'est effectuée depuis le Lot-et-Garonne (il nichait dans des poteries importées de Chine), la Bourgogne a été touchée dès 2009, d'après le réseau de la FREDON. Depuis, ce prédateur d'abeilles est présent partout, notamment dans les villes. Il peut nicher dans des bâtiments abandonnés, à l'abri des intempéries.


Les colonies d’abeilles domestiques Apis mellifera souffrent de la présence du frelon asiatique. Ceci à cause de la prédation qu’il exerce et du stress qu’il génère en stationnant devant les ruches. Sa présence compromet l’hivernage des colonies et leur survie.

Les apiculteurs connaissent bien le fléau qu'il représente, mais pour les particuliers non initiés, des pièges "faits maison" peuvent se montrer dévasteurs pour la biodiversité. L'association "Sage" (Sauvegarde des abeilles gardiennes de l'environnement) livre ses recommandations.

Quid des pièges "maison" ?

Il existe une méthode bien connue qui utilise les bouteilles en plastique : on découpe le haut pour en faire un entonnoir, et en appâtant les frelons avec au fond une mixture sucrée (ou alcoolisée). Mais pour Philippe Leblond, président de l'Association Sage, la méthode n'est pas recommandée : "ça ne piège pas que le frelon, avec le liquide dans le fond vous allez prendre tout un tas de petits insectes minuscules, qui ont une utilité dans l'écosystème. Il ne faut pas faire de pièges à grande échelle pour essayer d'éradiquer le frelon. Il faut des pièges sélectifs !"

Face au frelon asiatique, qui n’a pas de prédateur, l'objectif est de limiter le plus possible l’impact des solutions choisies sur la biodiversité.

264 insectes utiles tués pour 1 frelon piégé

C'est le ratio qu'on pourrait obtenir avec un piège de type piège cloche, bouteille ou pots non-sélectifs. Le chiffre de 264 insectes tués pour 1 frelon piégé est avancé par  l'ITSAP (Institut Technique et Scientifique de l'Apiculture et de la Pollinisation). Selon cet institut, "de nombreux petits insectes utiles pour la pollinisation des arbres fruitiers sont ciblés" par les pièges non-sélectifs, des auxiliaires indispensables à la lutte contre les pucerons.  

Quand et comment piéger les frelons ?

Alors quelle est la période idéale pour piéger les frelons ? Pour Philippe Leblond, la recommandation serait donc de pièger maintenant, "avec un outil très sélectif, cela se joue à 1 millimètre près, il ne faut pas faire un piège dans une bouteille plastique en faisant des trous d'environ 8mm. La plupart des pièges commercialisés sont fabriqués avec des imprimantes 3D, ce qui permet d'atteindre des dimensions très précises."

 

Sinon, la période du printemps serait propice, avec toutefois un petit bémol :  "si vous piégez au printemps, cela tue les reines fécondées, c'est plutôt un bon résultat. Par contre, si vous mettez des pièges à proximité des ruches, cela attire les reines fécondées, celles qui ne seront pas piégées, elles vont faire un nid. Et là ça devient dangereux pour les ruches." 

Autre méthode, testée par Philippe Leblond, qui s'effectue plus tardivement dans la saison : "À l'automne, avec un piège sélectif, on a réussi à prendre 200 frelons asiatiques par piège et par jour, ce qui est pas mal ! C'est en fin de saison, alors on n'attrape que les frelons 'ouvrières', c'est autant de frelons qui ne ramènent pas la nourriture dans le nid, donc on épuise la colonie. On n'arrive pas à tuer le nid, car on le trouve difficilement !"

Pas de contact direct avec l'appât

L'autre recommandation dictée par l'association Sage est d'éviter tout contact entre l'appât et des trous d'entrée qui seraient accessibles aux très petits insectes : "Le plus important, ce sont tous les appâts liquides au fond du piège : les petits insectes peuvent rentrer et sortir dans le piège, mais ils se noient dans l'appât. Il faut des pièges avec des appâts qui ne sont pas accessibles aux micro-insectes."

Le frelon asiatique, également dangereux pour l'homme

Le frelon est très violent contre l'humain, mais pas à proximité des ruches, "à l'extérieur, il ne pense qu'à rentrer au nid".

Il est en revanche recommandé de faire extrêmement attention "à moins de 10 mètres d'un nid de frelons asiatiques, c'est une dizaine de frelons qui vont venir vous attaquer." Le frelon n’attaque que pour défendre sa colonie. Et les équipements de protection ne sont qu'un rempart, car le frelon asiatique est "capable de projeter son venin à une dizaine de centimètres, en visant les yeux." Un masque à grillage "comme celui des apiculteurs n'est pas suffisant, il faut des lunettes de protection", prévient Philippe Leblond. 

La meilleure solution reste de faire appel à un désinsectiseur, qui a le matériel et l'expérience nécessaires pour gérer un nid de frelons asiatiques ou bien de faire appel au GDSA du département  (groupement de défense sanitaire apicole au 06 46 65 13 46)

Quel est le rôle de l'association SAGE ?

L'association SAGE (Sauvegarde des Abeilles Gardiennes de l'Environnement) se présente comme un "prescripteur de bonnes pratiques pour la pollinisation" : l'association est là pour faire la promotion des abeilles "mais aussi de tous les pollinisateurs, et pour promouvoir la biodiversité en arrêtant les produits phytosanitaires et de vouloir faire les apprentis sorciers, sinon on n'aura plus rien à manger !" rappelle Philippe Leblond.

L'association ne relaie que des informations et des prescriptions émises par des entités reconnues, telles que le GDSA 21 ou l'ITSAP (Institut Technique et Scientifique de l'Apiculture et de la Pollinisation) .