Réforme des retraites : pourquoi un appel à la grève est lancé au sein de la police scientifique ?

Cela fait des mois que les agents de la police scientifique dénoncent leurs conditions de travail. Ils veulent avoir les mêmes droits que les policiers "actifs". Ils seront en grève le 9 janvier et d’ici là ils se mettent en service minimum.
 

Un expert de la police technique et scientifique sur une scène de crime à Marseille le 5 avril 2018 à Marseille.
Un expert de la police technique et scientifique sur une scène de crime à Marseille le 5 avril 2018 à Marseille. © Boris HORVAT / AFP

Pourquoi la police scientifique est-elle en colère ?

Les agents de la police scientifique et technique qu’on voit sur les scènes de crimes (viols, suicides, meurtres, infanticides, attentats…) sont la vitrine de la police nationale. Ils recueillent les traces biologiques, papillaires, odorantes, balistiques, numériques… "Une affaire judiciaire sur trois est résolue grâce à nous", rappellent les syndicats.

Ces fonctionnaires travaillent de jour comme de nuit dans les mêmes conditions que les policiers "actifs". Ils sont exposés aux menaces et aux risques d’agression sur les scènes de crime ou lors des gardes à vue. Ces derniers mois, ils étaient régulièrement envoyés dans les manifestations des "gilets jaunes" pour photographier les auteurs de délits. Comme leurs collègues, ils sont soumis à la pression des chiffres et sont confrontés quotidiennement à la misère sociale, à la mort …

Et pourtant, notre "statut reste un statut de personnel administratif", dénonce Arnaud Loctin, secrétaire zonal du syndicat Alliance Snapatsi en Bourgogne-Franche-Comté. "Dans ces conditions, pourquoi nous donne-t-on un gilet pare-balles ? "

 
Des agents de la police scientifique lors d'une explosion à Dijon
Des agents de la police scientifique lors d'une explosion à Dijon © Tiphaine Pfeiffer/ France 3 Bourgogne

 

Pourquoi la réforme des retraites a accentué la colère de la police scientifique ?

Cela fait un an que des groupes de travail et des réunions sont organisés entre plusieurs syndicats et le ministère de l’Intérieur pour faire évoluer le statut des agents de la police scientifique et technique.
Mais, cela n’a abouti à rien de concret pour le moment.

La colère des fonctionnaires est montée d’un cran avec le projet de réforme des retraites.
Le gouvernement a annoncé que les policiers vont garder un régime de retraite spécifique et pouvoir partir plus tôt, car ils sont "exposés à des fonctions dangereuses dans le cadre des missions régaliennes".
En revanche, ce ne sera pas le cas pour les agents de la police scientifique. "On devra attendre 64 ans sans reconnaissance de la pénibilité et de la dangerosité de nos missions", explique Arnaud Loctin.

Aussitôt, les syndicats ont demandé à être reçus par le ministre de l’Intérieur, mais celui-ci les a renvoyés vers son directeur de cabinet. Cette réponse a été interprétée comme "un camouflet pour la profession". La police technique et scientifique représente environ 2 500 personnes en France, dont une cinquantaine en Bourgogne-Franche-Comté.
 
La police technique et scientifique enquête à Lyon le 8 août 2017 après la profanation d'une plaque commémorative à la mémoire de juifs déportés pendant la Seconde Guerre mondiale.
La police technique et scientifique enquête à Lyon le 8 août 2017 après la profanation d'une plaque commémorative à la mémoire de juifs déportés pendant la Seconde Guerre mondiale. © PHILIPPE DESMAZES / AFP

 

Une journée de blocage total des services le 9 janvier


La décision a donc été prise d’organiser une journée de grève nationale et de blocage total des services jeudi 9 janvier 2020, "la date anniversaire de notre dernier rendez-vous avec le ministre de l’Intérieur", rappellent les syndicats.
D’ici là, diverses actions seront organisées, et notamment la mise en place d’un service minimum à partir de 23 décembre 2019.

En clair, les policiers scientifiques sont "appelés à n'assurer que les urgences, à respecter les notes de services et les règlements à la lettre", ainsi qu’à "prendre leurs temps de repos acquis pendant l'année". Une grève du zèle qui va perturber entre autres l’alimentation de l’outil statistique du ministère de l’Intérieur.

"Nous demandons un traitement égal à celui de nos collègues policiers. Leur pénibilité est la nôtre, leurs risques sont les nôtres, ce n’est qu’une question de justice et de reconnaissance", concluent le secrétaire zonal du syndicat Alliance Snapatsi et ses collègues du SNIPAT et du SNPPS.

 
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