Rodéos urbains : la ville de Dijon est-elle concernée ?

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Écrit par Gaël Simon avec Yacine Arbaoui

Dijon est-elle touchée par le phénomène des rodéos urbains ? Alors que le ministre de l'Intérieur a demandé aux commissariats de réaliser trois opérations de contrôles par jour, syndicat de police, maire et habitants de quartiers sensibles répondent.

C’est un phénomène qui s'invite dans les repas de famille, aux comptoirs de bars ou dans les conversations de bureau. Après de graves accidents cet été dans les villes de Colmar, Pontoise, Bordeaux et Marseille, les rodéos urbains sont au centre des débats. À tel point que le ministère de l’Intérieur a décidé de sévir pour limiter une pratique qui n’est pourtant pas nouvelle. Cette semaine, Gérald Darmanin, le premier flic de France, a ainsi annoncé que chaque commissariat mènera désormais trois opérations "anti-rodéos" par jour.

"Je ferai tout pour protéger les honnêtes gens contre ces délinquants", a-t-il tweeté. Si l’on s’en tient à la définition légale telle qu’on peut la trouver dans le Code de la route, les rodéos urbains se caractérisent par le fait d’adopter "au moyen d’un véhicule terrestre à moteur, une conduite répétant de façon intentionnelle des manœuvres constituant des violations d’obligations particulières de sécurité ou de prudence dans des conditions qui compromettent la sécurité des usagers de la route ou qui troublent la tranquillité publique".

Dijon concernée selon François Rebsamen et les syndicats de police

Selon le ministère de l’Intérieur, le phénomène est national. Dijon est-elle également concernée ? Seuls chiffres officiels, ceux de la préfecture de Côte-d’Or qui stipule que 23 opérations ont été effectuées dans le département entre le 9 et le 15 août dernier. Des opérations qui ont permis le contrôle de 195 personnes, 23 verbalisations, 1 interpellation et 1 saisie de deux-roues. "À l’origine de graves troubles à l’ordre public et de risques pour la sécurité de tous, les rodéos motorisés se sont développés au retour des beaux jours", précise par ailleurs la préfecture.

François Rebsamen, le maire de Dijon, estime lui aussi que la ville est touchée. "Bien sûr, de plus en plus, acquiesce-t-il. Ce sont des actes commis par des individus de plus en plus jeunes, qui n’ont pas de permis et qui ne respectent pas les règles".

"C’est un fléau, surtout à cette période de l’année. Ce sont souvent des individus sans casque, avec des véhicules non-homologués, donc qui sont très puissants", confirme Cédric Bovrisse, secrétaire départemental du syndicat Alliance Police en Côte-d'Or.

"Je déménage à la campagne à cause de ça"

Dans le quartier de la Fontaine d’Ouche, plusieurs habitants semblent exaspérés par les rodéos urbains. Claire réside dans le quartier depuis 14 ans. Elle a décidé de déménager afin de fournir un autre cadre de vie à son fils de 8 ans.

"Tous les soirs, ils font des dérapages à côté du parc pour les enfants. Ils ne font pas attention aux plus jeunes. Il y a eu un accident lundi soir. Je suis exaspérée. Je déménage à la campagne à cause de ça, c’est juste plus possible".

35 ans que Didier habite ici. Depuis son appartement, il a une vue directe sur les comportements dangereux adoptés par certains à moto. "Je vois des jeunes à motos non-immatriculées. Les jeunes ne sont pas protégés. Ça fait du bruit. Ça peut être début en d’après-midi ou la nuit. Je suis obligé de fermer mes fenêtres".

Cette mère de famille vit également dans le quartier. Elle s’inquiète pour la sécurité de ses enfants mais alerte aussi sur la nécessité d’aider les auteurs de ces rodéos. "Ils ont besoin d’avoir du travail, d’être formés. Il faut parler avec ces jeunes, voir des éducateurs, il faut les protéger. Ce sont des gens qui sont perdus".

Confisquer les véhicules, autoriser les poursuites, sanctionner plus durement... comment limiter les rodéos urbains ?

À la demande du ministre de l’Intérieur, les services de police et de gendarmerie multiplient donc les opérations de contrôle. Mais certains dénoncent une politique du chiffre et la réponse ne semble pas convaincre les syndicats.

"On peut toujours faire des contrôles, mais quelle sera la finalité ? Est-ce que des gens seront interpellés ? 3 contrôles par jour, est-ce que ça va faire cesser les rodéos urbains sachant que la directive c’est de ne pas les poursuivre ? Je me demande comment on peut faire. Les moyens qui permettent d’aboutir à une interpellation, je trouve qu’ils ne sont pas à l’ordre du jour", estime Cédric Bovrisse d’Alliance.

On sait que les rodéos urbains sont problématiques. Qu’on nous donne les moyens de faire convenablement notre travail.

Cédric Bovrisse, secrétaire départemental du syndicat Alliance Police en Côte-d'Or

Le policier réclame alors plus de moyens humains sur le terrain, un encadrement juridique plus clair afin de protéger les agents amenés à intervenir, la possibilité de poursuivre les véhicules et l’application de condamnations plus dissuasives.

Du côté de la mairie de Dijon, on veut faire dans le visuel. François Rebsamen veut confisquer les véhicules motorisés et les détruire. "Je suis pour qu’on écrase les motos avec un bulldozer, que ça frappe les esprits. Je veux qu’on le voie". La ville a alors passé une convention avec la police pour qu’elle puisse stocker les engins confisqués sans avoir à prendre en charge le paiement de la fourrière.

La municipalité a également fait le choix d’investir dans de nouvelles caméras de surveillance, notamment installées au-dessus des feux tricolores, sur des axes de circulation sensibles. "Je suis pour qu’il y ait des caméras et qu’elles puissent mettre des PV. Il n’y a que ça qui est compris. Un comité d’éthique les vérifie", assure François Rebsamen qui a, par ailleurs, apporté son soutien à Gérald Darmanin.

Pour rappel, les rodéos urbains sont considérés comme un délit. Ils peuvent entraîner un an de prison et 15 000 euros d’amende. Une peine doublée en cas de pratique en réunion. Le permis de conduire de l’auteur peut également être suspendu pendant 3 ans.

Depuis 2018, le nombre de condamnations pour rodéos urbains a bondi de 1 400 % selon le ministère de la Justice.

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