Quetigny : un trafic de drogue de plus en plus visible qui inquiète au quartier Pré Bourgeot

Le gouvernement a fait de la lutte contre les trafics une priorité. Dans la métropole de Dijon, dans la commune de Quetigny (Côte-d'Or) certains s’inquiètent de la présence toujours plus visible de dealers au pied de leurs immeubles.

La rue Pré Bourgeot, à Quetigny (Côte-d'Or) en août 2019.
La rue Pré Bourgeot, à Quetigny (Côte-d'Or) en août 2019. © Google Street View

“C’est carrément visible, repérable. Ils ne se gênent plus du tout. Quand on passe, ils nous regardent. On a intérêt à passer sans rien dire.” Cette habitante du quartier Pré Bourgeot à Quetigny (Côte-d’Or) est excédée par les trafics de drogue qui ont lieu au pied de son immeuble. Elle n’a pas souhaité que nous citions son nom, car elle craint les représailles.

Celle qui habite depuis une trentaine d’années au même endroit dit même envisager de quitter la ville. “Je suis profondément écœurée de voir que ces gens-là peuvent agir comme ils veulent”, confie-t-elle. La qualité de vie s’est peu à peu dégradée, affirme cette habitante, alors que “Quetigny était géniale à vivre” quand elle s’y est installée à la fin des années 1980. Elle dénonce même un “laxisme de la part des autorités, qui ont pris les choses un peu à la légère, qui ont laissé faire.”

Quelques jeunes “de plus en plus jeunes”

Sébastien Kencker, conseiller municipal d’opposition, membre du parti Les Républicains, partage son point de vue. Selon lui, “on a laissé un peu trop faire les choses”. Il dit avoir également constaté une dégradation progressive de la situation. “Il n’y avait que des sentiments d’insécurité. Aujourd’hui, il y a vraiment de l’insécurité sur Quetigny”, nous explique-t-il. Selon lui, elle est surtout causée par quelques jeunes, “de plus en plus jeunes”, qui “se sentent impunis, tout permis.”

Même s’il souligne qu’il ne faut pas créer d’amalgames, et que les difficultés ne sont le fait que d’une toute petite minorité, il dit comprendre le ras-le-bol des familles. “Des amis ont quitté la ville à cause de ça. Ils partent à Chevigny, à Neuilly, à la campagne. D’autres retournent sur Dijon”.

Il est désormais temps d’agir très rapidement. Il ne faut plus des mots, mais des actes. Des choses ont été mises en place, mais le constat est que ce n’est malheureusement pas suffisant.

Sébastien Kencker, conseiller municipal d'opposition

Rémi Détang, le maire PS de la ville, dit évidemment comprendre la lassitude de certains et le sentiment d’abandon qu’ils peuvent ressentir. Mais il ne correspond pas, pour lui, à la réalité des choses. "C’est vraiment une préoccupation permanente, nous indique-t-il mercredi 28 avril. Qui pourrait se satisfaire de savoir que les citoyens vivent dans la difficulté ? Ce n’est pas imaginable."

Il ne nie pas la présence de trafics sur sa commune, “même si Quetigny n’est pas une plaque tournante.” Mais selon lui, la situation reste limitée à quelques secteurs bien précis et n'a pas empiré outre mesure. “Il y a des situations qui sont peut-être plus visibles. C’est vrai que les auteurs des faits se cachent peut-être moins qu’avant”, pointe-t-il.

J’ai créé une direction de la tranquillité publique quand je suis devenu maire. Aujourd’hui, c’est une réalité. Les effectifs de la police municipale ont augmenté. Elle est au contact des habitants pour les aider.

Rémi Détang, maire PS de Quetigny

“Travail de longue haleine”

Il rappelle également que la ville s’est dotée il y a plusieurs années déjà d’un conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD). Cette instance rassemble une fois par mois autour d’une même table “la gendarmerie, la police municipale, le collège, la prévention spécialisée, le Département, l’association Grand Dijon Médiation, un délégué du procureur”, liste-t-il. “Cela nous permet de regarder toutes les situations. Chacun prenant part pour résoudre le plus vite possible […] La réponse n’est jamais immédiate, c’est du travail de longue haleine.”

La ville est également dotée d’une vingtaine de caméras de surveillance, dont deux mobiles. “Lorsqu’il y a une difficulté sur un lieu, par exemple un hall d’immeuble, on peut diriger une caméra.” La municipalité a aussi embauché depuis un peu plus d’un an deux éducateurs spécialisés. Ceux-ci vont au contact des jeunes pour éviter qu’ils ne tombent dans la délinquance ou pour tenter de les en sortir.

Alors que le conseiller municipal d’opposition Sébastien Kencker plaide pour un renforcement des effectifs de gendarmerie, Rémi Détang nous indique ne pas avoir fait de demandes spécifiques en ce sens. Même s’il ne s’y opposerait évidemment pas. “La gendarmerie est présente sur le terrain. Si elle était plus présente dans l’accompagnement des habitants, je ne pourrais pas être contre”.

Il a tout de même écrit au ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin pour lui dire son attachement à ce que Quetigny demeure en zone gendarmerie. “Nous travaillons avec la gendarmerie sur du moyen et long terme. Dans le cadre des incivilités et de la petite délinquance, c’est sur le moyen et long terme que les choses se règlent”, précise-t-il.

Il y a beaucoup de jeunes à Quetigny, qui font des études, du sport, qui vivent leur vie et que l’on ne remarque pas.

Rémi Détang, maire PS de Quetigny

Au-delà d’un travail en "grande collaboration" de la gendarmerie et de la police municipale, l’élu socialiste rappelle l’importance du travail autour de l’éducation ou de l’accès à la culture et au sport pour les jeunes. “C’est autant de réponses aux problèmes d’incivilité et de petite délinquance.” Rémi Détang a été réélu maire dès le premier tour lors des dernières élections municipales, avec près de 60% des voix.

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