Violences urbaines à Dijon : "ça n'est pas représentatif du quotidien de ce quartier"

Après plusieurs jours de violence dans différents quartiers de Dijon et de sa métropole, des habitants se sont confiés. Si la violence a été inouïe elle ne représente pas systématiquement leur quotidien. Témoignages.
© La police municipale aux Grésilles à Dijon le 16 juin 2020

Quatre jours de violences dans le quartier des Grésilles à Dijon et dans certains quartiers de la ville de Chenôve, quatre jours que certains habitants ont vécu au plus près.

Cette habitante du quartier du Mail confie sa peur. Elle s'est installée à Chenôve il y a quelques années, en provenance de la région Aquitaine. C'est la première fois qu'elle est confrontée à cela.

" Au moment où je me suis installée sur Chenôve on m’avait prévenue. Moi perso, je n’avais jamais vu de telles choses. Les gens n’osent pas intervenir et de toute façon on est impuissant. J’habite devant le mail à Chenôve et les jeunes se mettent au niveau du jet d’eau le soir. C’est une catastrophe. Certaines fois on ne peut même pas avoir les fenêtres ouvertes parce que le bruit qu’ils font en bas, c’est juste pas possible. "

Le peuple n’a rien demandé, les gens ne doivent pas payer la connerie des autres. On veut absolument se protéger, on n’ose plus sortir de la maison, moi perso c’est mon cas. C’est vraiment très compliqué. " 

La peur, c'est aussi le sentiment qui domine chez cette habitante du quartier des Grésilles. Si elle y vit depuis 50 ans, les récents événements l'ont choquée. Elle constate surtout une montée progressive de la violence. 

" Dès qu’il y a quelque chose ça monte et c’est de plus en plus grave alors où est-ce que l’on va aller comme ça ? Quand j’ai vu toutes ces armes je me suis dit : « elle sortent d’où ? Ce sont des jeunes des Grésilles ? »  Les Grésilles sont délaissées " conclut-elle.

Le quartier des Grésilles à Dijon
Le quartier des Grésilles à Dijon © France 3 Bourgogne

 

" Ce n'est pas représentatif de ce quartier "

Pour autant, les habitants interrogés s'accordent à dire que de telles violences sont exceptionnelles. Aux Grésilles comme à Chenôve. Habitant du centre-ville, ce Dijonnais était présent ce week-end quartier des Grésilles, sur la place Galilée. Il y a ses habitudes, notamment au marché.

" Je pense que j’étais le seul habitant du centre-ville hier à aller regarder ce qu’il s’y passait. Je peux comprendre, il y a de la violence et ça fait peur mais la peur, c’est très mauvais comme sentiment, ça empêche le dialogue et ça empêche la possibilité de changement des choses. "

Sur la question des armes dans le quartier, plusieurs habitants interrogés nous confient ne pas être surpris. " Cela ne me surprend pas que des gamins de quartier aient des armes. Il y en a 15 millions en France, seuls 2 ou 3 millions ont une permission de port d'arme " explique une riveraine. Sur la présence d'armes dans le quartier, le résident du centre-ville poursuit :

" Ces évenements évoquent la réalité de la présence d’armes dans certains quartiers. Je n’étais pas non plus totalement surpris par ça mais ça n’est pas représentatif du quotidien de ce quartier. En discutant avec les habitants qui étaient sur place et qui regardaient tout ça [ils] condamnaient, ils disaient : «  il font n’importe quoi, ils sont idiots. Ils brûlent les voitures de leur propre quartier, c’est absurde ». 

" Quand j'y vais le jeudi ou le samedi matin pour aller chercher mon kilo de dattes et de pêches c'est tranquille, je n'ai jamais ressenti de danger. Même hier [NLDR : dimanche 14 juin], je n'ai pas ressenti de danger pour moi. C'est violent et ça pose question mais je ne me suis jamais senti en danger aux Grésilles même si je n'y habite pas.

La police est intervenue durant plusieurs dans les quartiers de Dijon et sa métropole.
La police est intervenue durant plusieurs dans les quartiers de Dijon et sa métropole. © France 3 Bourgogne

 

" Il y a des choses qui s'y passent, il y a des activités... "

" Il faut que les habitants de Dijon (...) se préoccupent un peu de ce quartier là et pas seulement dire : « de toute façon c’est les Grésilles c’est comme ça... ». Non, c’est un quartier qui est à côté du centre-ville dans lequel il y a des choses qui se passent, il y a des activités. Il ne faut pas le réduire à ce qui s’y passe [actuellement]. Il faut s’y intéresser, y aller quand il y a des choses sur place… "

Un constat que partage une habitante de Chenôve.

" Je pense qu’il faut aussi dire qu’à Chenôve il n’y a pas que ce qu’il se passe actuellement. Il y a des quartiers qui sont calmes, il y a des quartiers qui sont vivables et tout n’est pas négatif. Chenôve est une ville où il y a je ne sais combien d’associations, où chacun a sa place, chacun peut trouver quelque chose mais il faut se bouger pour trouver ça. "

Témoignages recueillis par Anne Berger

 

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