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Des daims menacés d'abattage dans le parc naturel régional du Morvan

Les daims de Saint-Brisson, le 10 janvier 2019. / © Tania Gomes / France 3 Bourgogne
Les daims de Saint-Brisson, le 10 janvier 2019. / © Tania Gomes / France 3 Bourgogne

Les services de l'État demandaient l'abattage d'une vingtaine de daims du parc naturel régional du Morvan car ils ne sont pas de race pure. Des associations de défense de la cause animale se mobilisent pour l'éviter. Ce vendredi soir, la préfecture a annoncé la suspension de l'opération.

Par M. F.

► Mise à jour : la préfecture de la Nièvre annonce ce vendredi soir la suspension de l'arrêté d'abattage des daims.


La vingtaine de daims vit depuis plus de 30 ans dans un enclos en semi-liberté à la Maison du parc naturel régional du Morvan, à Saint-Brisson dans la Nièvre. Mais les services de l'État demandent leur abattage dans un arrêté daté du 7 janvier 2019.

"La non-conformité de ce troupeau, au regard de la réglementation en vigueur, ainsi que d’éventuels risques sanitaires, sont les principales causes de cette décision", précise Jean-Pierre Caumont, le directeur du parc naturel régional du Morvan, dans un communiqué. 

Des daims qui ne seraient pas de race pure, sans suivi vétérinaire, et des clôtures pas aux normes. Mais pas de quoi justifier l'abattage pour le maire du village, qui a reçu l'arrêté. "On s'est mis en furie, on n'a pas compris […] Ensuite, j'ai prévenu tous les administrés pour leur dire 'motivons-nous, empêchons ce massacre', puisque j'appelle ça un massacre", explique Michel Gobillon, élu sans étiquette.
 
Des daims menacés d'abattage dans le parc naturel régional du Morvan
Les services de l'État demandaient l'abattage d'une vingtaine de daims du parc naturel régional du Morvan car ils ne sont pas de race pure. Des associations de défense de la cause animale se mobilisent pour l'éviter. Ce vendredi soir, la préfecture a annoncé la suspension de l'opération. - France 3 Bourgogne - Rémy Chidaine, Tania Gomes, Cécile Frèrebeau
 

Une alternative proposée

Patrick Sacco, le président de l'association de défense de la cause animale Respectons, est dans le même état d'esprit. "Ça m'inspire une colère terrible, indique-t-il. Parce que la réglementation change, on se permet de tuer des animaux qui sont là depuis trente ans, qui sont en bonne santé, qui n'ont rien demandé à personne. Et pour un motif complètement administratif, on décide de les tuer, c'est révoltant !"

Selon lui, il n'est pas nécessaire d'abattre les animaux, il suffirait de pratiquer une vasectomie sur les mâles pour stopper la prolifération de la population. "C'est tout simplement une castration, mais qui n'enlève pas au daim sa pulsion sexuelle. Il a une vie physiologique normale avec ses congénères. Ça existe, ça a été fait, je ne vois pas pourquoi ici on ne pourrait pas le faire."

"On a fait cette demande à la préfecture, aux services vétérinaires, on a contacté l'Office national de la chasse et de la faune sauvage. Pour l'instant, toujours pas de réponse", ajoute-t-il. S'il obtient une réponse négative, il compte s'opposer à l'abattage des animaux "par des moyens de désobéissance civile".

Par ailleurs, une pétition en ligne a été lancée. À l'heure où nous écrivons ces lignes, elle dépasse 10 000 signatures. Les 27 animaux doivent être abattus avant le 15 janvier. À moins que la mobilisation ne permette de trouver une solution pour les sauver.
 
© France 3 Bourgogne
© France 3 Bourgogne

Le communiqué de la préfecture de la Nièvre

Communiqué commun de Madame la Préfète et du Parc naturel régional du Morvan relatif au troupeau de daims de la Maison du Parc à St Brisson.

Le Parc naturel régional du Morvan, créé en 1970, a implanté son siège à Saint-Brisson en 1975, par l’acquisition du site qui constitue aujourd’hui la Maison du Parc.

Il a alors fait le choix de créer un enclos pour montrer au public une petite dizaine de daims. L’équipe du Parc assure depuis un entretien quotidien et attentif.
Dans les premières années, des échanges d’animaux avec d’autres propriétaires de daims ont pu se faire afin d’éviter la consanguinité. Depuis plus de 20 ans, aucun croisement avec d’autres spécimens n’a eu lieu.

Le troupeau est aujourd’hui constitué de 27 animaux. Des mortalités sont régulièrement constatées.


La réglementation a évolué depuis le début des années 2000 afin de mieux garantir le bien être animal et renforcer la sécurité des visiteurs. Les gestionnaires de parcs d’animaux sauvages ont donc dû mettre en conformité leurs installations. Ce fut notamment le cas pour l’ONF dans les forêts domaniales du Morvan (Anost, Breuil et Au Duc).

Un arrêté ministériel du 8 février 2010 a complété les dispositions précédentes en fixant notamment les caractéristiques et règles générales de fonctionnement des installations d’élevage, de vente ou de transit et détenant des cervidés et des mouflons méditerranéens, espèces non domestiques, non endémiques et classées dangereuses.

Dans le cadre de l’application de cet arrêté et suite à un contrôle sur place effectué par les services de l’État, un rapport de manquement administratif a été adressé au Parc le 23 décembre 2015.

Le rapport constatait, notamment, la présence de 33 daims dans un enclos de 3,37 ha classant de fait l’installation en élevage, l’absence l’identification des animaux et donc l’impossibilité d’assurer leur suivi sanitaire.

Le Parc a toujours souhaité que ces animaux puissent être présentés au public ce qui nécessite le respect de règles supplémentaires comme par exemple la réalisation d’une clôture étanche d’une hauteur minimale hors sol de 2m.

Toutefois, compte tenu des non-conformités relevées, des risques sanitaires et des caractères phénotypiques inquiétants, l’hypothèse envisagée était déjà celle de la destruction du troupeau.

Un nouveau courrier de l’État en date du 25 avril 2018 a rappelé au Parc la nécessité de régulariser la situation. La décision a alors été prise d’abattre le troupeau.

Le Parc n’ayant ni les compétences, ni les moyens matériels d’éliminer son troupeau de daims, il a demandé à l’État son assistance ce que l’Etat a accepté.

Suite aux réactions suscitées par cette décision, le Président du Parc naturel régional et Mme la Préfète de la Nièvre ont convenu des mesures suivantes :
- Non application de l’arrêté d’abattage,
- Vérification de l’état sanitaire des animaux via des analyses vétérinaires, organisation, dans les plus brefs délais, d’une réunion avec toutes les parties prenantes pour réétudier tous les scénarios possibles dans le respect de la réglementation applicable.

 

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