Décès de Jean-Pierre Michel : de nombreux hommages saluent l'engagement, le courage et les combats de l'ancien sénateur

Jean-Pierre Michel décédé le 24 janvier à 82 ans avait été parachuté à la fin des années 70 à Héricourt en Haute-Saône. Maire, député, sénateur, il marqué la vie politique locale et nationale durant plus de 30 années. Les hommages sont unanimes pour saluer son engagement et son sens de la justice.

L'ancien député et ancien sénateur socialiste Jean-Pierre Michel, un des initiateurs dans les années 1990 du Pacte civil de solidarité (Pacs) alors destiné essentiellement aux couples homosexuels, est mort dimanche 24 janvier. 

Jean-Pierre Michel a réussi à faire oublier qu'il était parisien ! Son nom est dorénavant associé à Héricourt en Haute-Saône : c'est ce que racontent deux de ses collaborateurs proches qui lui ont succédés, Jean-Michel Villaumé et Fernand Burkalter. "Il a beaucoup apporté à la ville, il l'a transformée durant ses mandats de maire. Il a changé l'image de Héricourt" raconte Jean-Michel Villaumé, son successeur à la ville et à l'Assemblée nationale.

« Les Héricourtois ne l’oublieront pas… »

Parachuté à la fin des années 70 à Héricourt par un certain Jean-Pierre Chevènement, Jean-Pierre Michel a été bien accueilli dans la ville haut-saônoise. Jean-Michel Villaumé poursuit : "Jean-Pierre commence par un échec à des élections cantonales. Je me souviens très bien de son arrivée. Il travaillait au ministère de la justice, à Paris. J'étais responsable de la section socialiste, j’étais au CERES, le courant de Chevènement, comme lui, et je l'hébergeais chez moi, je lui prêtais même ma voiture quand il venait les week-ends. A la mairie, j'ai été son premier adjoint pendant longtemps. Ses qualités ? Son engagement, son sens de la justice, il ne faut pas oublier qu'il était magistrat de formation, et puis ses convictions... C’était un parlementaire très actif, très professionnel, il avait une grande notoriété à l’Assemblée nationale et au Sénat. C'était un ami, on parlait beaucoup de culture, c’est une facette de lui moins connue mais il aimait beaucoup la musique et le cinéma. Moi, je suis resté tout le temps au PS. Lui, quand il est parti pour suivre Chevènement et le Mouvement Des Citoyens, il ne m'a jamais demandé de le suivre. »

Même réflexion pour Fernand Burkhalter, actuel maire de Héricourt : « Quand il a adhéré au MDC de Jean-Pierre Chevènement, il ne m’a pas demandé de le suivre. Et pourtant, j’ai été son assistant parlementaire durant plus de 20 ans, de 1981 jusqu’à 2002. J’éprouve une grande tristesse. D’ailleurs, il m’a encore soutenu pendant les dernières municipales, Myriam, sa femme, était présidente de mon comité de soutien…C’était une personnalité attachante. Il sera toujours aimé à Héricourt. C’est rare en politique, on est si vite oublié. Pas lui. Les Héricourtois et lui, c’est une attache affective forte. Il est ancré dans la mémoire d’Héricourt. »

« Il aurait dû être ministre… »

Même sentiment pour Yves Krattinger, le président DVG du conseil départemental : « C’est une page qui se tourne. En Haute-Saône, c’est quand même 40 ans d’histoire. Jean-Pierre, c’est un courant de la gauche très fort dans le département. Il occupait une place originale, c’était la gauche d’Epinay (congrès fondateur du Parti Socialiste). C’était un excellent juriste, d’une très grande compétence. Attention, il était très connu et respecté dans les cercles parlementaires. Et très convivial avec les gens. Tout comme son épouse, Myriam, qui l’accompagnait partout. Il s’est beaucoup battu contre les stigmatisations, les discriminations mais il a mené d’autres combats, de manière moins visible, dans le domaine du social ou du médical, pour les handicapés ou les plus humbles. C’était un type courageux. Au moment du PACS, au Sénat, les conservateurs tapaient fort… oui, c’était un type courageux. On a été élus ensemble au Sénat, en 2004, deux sénateurs de gauche en Haute-Saône… Je regrette une chose : il aurait dû devenir ministre sous Jospin. Un ministre de gauche en Haute-Saône, ça aurait été bien… »

 

Hommage à Jean-Pierre Michel

 

Les obsèques auront lieu jeudi 28 janvier, célébrées par son ancien opposant politique

L’actuel maire de Héricourt, Fernand Burkhalter, se soucie des obsèques de Jean-Pierre Michel, en l’église de la ville pour la célébration religieuse, et aussi, pour l’hommage public qui suivra. Il faut trouver une salle assez grande en ces temps de Covid pendant lesquels les distances de sécurité doivent être respectées.

C’est son ancien opposant, Jacques Duchêne, ancien RPR, qui va célébrer l’office religieux. Il a abandonné la politique et est devenu diacre : « Oui, c’est assez étonnant, cette situation. C’est peut-être même une première en France : l’ancien opposant qui célèbre les obsèques. Nos relations étaient très cordiales. On a mené des projets ensemble, notamment culturels. J’étais un opposant constructif… Son épouse, Myriam, et lui, ont toujours souhaité que je célèbre son enterrement. Je suis l’un des premiers à qui Myriam a annoncé son décès. Jean-Pierre Michel, croyant ? Je dirais que sa spiritualité était de type Mitterrandienne : il croyait aux forces de l’esprit, pour reprendre les mots de l’ancien président de la République. Il connaissait des chants grégoriens par cœur, il les chantait. C’était un personnage intéressant, aux multiples facettes, pas sectaire. Il avait un respect profond pour ceux qui ne pensaient pas comme lui. C’était un humaniste…Et entre humanistes et chrétiens, il y a peu de différences.»

Hommage unanime donc à un homme aux convictions fortes mais pas sectaires. Hommage unanime à un homme consensuel qui menait des combats qui, eux, ne l’étaient pas.

Devenu l'un des rapporteurs du texte créant le Pacs en 1998, il s'était trouvé aux avant-postes de la "guérilla parlementaire", qui a abouti dans la douleur au vote historique du 13 octobre 1999, durant la cohabitation sous la présidence de Jacques Chirac. Comme sénateur, Jean-Pierre Michel a ensuite été en 2013 rapporteur du projet de loi sur le mariage homosexuel, sous François Hollande.

D'autres élus ont tenu à rendre à Jean-Pierre Michel 

François Hollande, ancien président socialiste de la République

Marie-Guite Dufay, présidente PS de la région Bourgogne - Franche-Comté

Voici comment Jean-Pierre Chevènement a rendu hommage à Jean-Pierre Michel, cet après-midi, lundi 25 janvier, sur son blog :

"Le décès de Jean-Pierre Michel, longtemps l'un des leaders emblématiques de la gauche en Franche-Comté, attristera tous ceux qui ont connu le jeune militant, languedocien d'origine, mais que son talent et sa verve avaient fait immédiatement adopter par les militants et les électeurs de la Haute-Saône.

Jean-Pierre Michel a fait souffler un vent rafraichissant sur les thèses du Parti socialiste. Il était adoré par les militants du CERES qui lui demandaient invariablement, à la fin des banquets républicains, d'entonner "Le temps des cerises". Jean-Pierre a suivi sa voie, s'illustrant brillamment à la commission des lois de l'Assemblée nationale. Il appartient pour toujours à la mémoire des luttes qui ont porté la gauche au pouvoir en 1981."

 

 

Patrick Bloche, ancien député et actuel adjoint socialiste d'Anne Hidalgo, maire de Paris 

 

Olivier Faure, secétaire national du Parti socialiste 

Christophe Lejeune, actuel député de la seconde circonscription de Haute-Saône, LREM 

 

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