Doubs : Ouhna, la petite femelle lynx sauvée de justesse

Elle avait étonné l’agriculteur qui l’avait trouvé endormie sur son tas de bois, il y a trois semaines à Hautepierre- Le Châtelet dans le Doubs. Deux jours plus tard, la jeune lynx a été sauvée de justesse par le centre Athénas, qui alerte sur le sort des petits lynx esseulés en automne.

La petite Ouhna a été prise en photo, à distance raisonnable, grâce aux téléphones portables de ceux qui l'ont croisée
La petite Ouhna a été prise en photo, à distance raisonnable, grâce aux téléphones portables de ceux qui l'ont croisée © Centre Athénas
C’est une histoire qui aurait pu très mal finir, mais qui s’achève sur une note d’espoir.Le 30 octobre, dans le Doubs, une jeune lynx d’environ cinq mois et demi a été secourue par le centre de sauvegarde de la faune sauvage Athénas. Un sauvetage in extremis : seule, probablement orpheline, et affamée, elle avait peu de chances de survivre au delà d’une semaine de plus. 

Les équipes du centre Athénas qui l’ont recueillie l’ont appelé “Ouhna”, en s’inspirant du village où elle a été retrouvée, Ouhans dans le Doubs. Le lynx y avait été aperçu la veille, par un particulier, devant une maison, semblant chercher de la nourriture. Ce dernier alerte le centre Athénas, seul spécialiste français du sauvetage des lynx. C’est alors que son équipe était sur place, pour recueillir des éléments et tenter de la retrouver, qu’elle reçoit un nouvel appel : la petite lynx est entrée dans une cage d’escalier du village. “Elle était manifestement en grande difficulté” se souvient Gilles Moyne, le directeur du centre Athénas. Elle ne pesait alors plus que 5 kg, quand les jeunes de son âge en font normalement 7,5. Un amaigrissement qui laisserait à penser qu’Ouhna, séparée de sa mère, n’avait pas mangé depuis 10 à 12 jours.
 

Elle a mangé des croquettes pour chat, et elle a essayé de manger un petit chat en passant entre les jambes de son propriétaires

Gilles Moyne, directeur du centre Athénas


Désespérée, incapable de se nourrir seule, la lynx cherchait à se nourir près des habitations. Deux jours avant sa capture, elle avait été trouvée par un agriculteur sur son tas de bois, à quelques dizaines de mètres seulement de son exploitation. Elle aurait même essayé d’attraper un petit chat, dont elle venait de manger les croquettes.  “La faim est un puissant désinhibiteur" explique Gilles Moyne. 
 

La lynx reprend du poils de la bête


Prise en charge par le centre Athénas, la lynx reprend doucement du poil de la bête : “elle a eu un problème parasitaire sans gravité, qui est en cours de traitement, et tout est normalement dans les tuyaux pour pouvoir la relâcher au printemps prochain” confirme Gilles Moyne. Actuellement en “soins de stabilisation”, elle sera “placée avec une femelle adulte jusqu’à son relâcher au printemps 2021” annonce le centre sur son site internet. D’ailleurs, depuis “elle a retrouvé un comportement sauvage et craintif” observe Gilles Moyne “démonstration que son comportement cachait une situation de détresse alimentaire”.
 

Tous les jeunes lynx esseulés recueillis par le centre n’ont pas la même issue heureuse. L’année dernière, sur les six jeunes dans la même situation pris en charge par le centre de sauvegarde de la faune sauvage, seuls trois ont survécu. Les autres sont décédés de “pathologies” explique Gilles Moyne “ils sont maigres et ont un système immunitaire qui n’est pas mature". Dans ces conditions, les parasites et maladies qu’ils peuvent croiser en se rapprochant des habitations, comme le typhus dont peuvent être porteurs les chats, peuvent leur être fatal. 
 

Que faire face à un petit lynx esseulé ?


Selon le centre Athénas, cette situation serait de plus en plus courante depuis quelques années : des petits lynx, affamés, qui perdent un peu de leur caractère sauvage. Mais attention, si le comportement de ces petits félins, et de leurs adorables oreilles pointues, peut évoquer celui de nos chats domestiques, ce sont des animaux sauvages en grande détresse alimentaire. Effrayés, ils seraient tout à fait capable de se défendre. 

En cas de rencontre avec un jeune lynx, Gilles Moyne préconise de ne pas essayer de s’approcher, de prendre une photo (de loin) et de contacter le centre Athénas. Les photos leur permettront d’analyser la situation, pour savoir s’il s’agit bien d’un animal esseulé, perdu et amaigri. “On dit aux gens de ne pas changer leurs habitudes” complète-t-il “si vous donnez à manger dehors aux chats, continuez à le faire, cela peut-être un moyen de s’assurer que le lynx revienne pour qu’on puisse le sauver”. 

C’est à l’automne, de septembre à décembre, que ces rencontres sont les plus fréquentes : les mères lynx se déplacent sur de plus grandes distances pour trouver du gibier, et s’il lui arrive quelque chose, les petits ne sont pas encore capables de survivre seuls.
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