330 km, 5 jours à courir, à peu dormir, le Bisontin Arnaud Simard s'apprête à défier pour la 10e fois le Tor des Géants

© Arnaud Simard
© Arnaud Simard

Faire l'Ultra-Trail du Mont-Blanc à Chamonix est déjà un défi hors norme. Le Tor des Géants en Italie est le sommet des sommets des épreuves de trail. Ce dimanche 8 septembre à Courmayeur, 750 concurrents vont se lancer dans une course de 24 km de dénivelé positif. Oui vous avez bien lu 24 ! 

Par Sophie Courageot

Tous les participants veulent y retourner. Cela porte un nom. Le mal du Tor !


10 ans que le Tor des Géants cette course longue distance en autonomie existe. 10 ans que le Bisontin Arnaud Simard n'a raté aucun départ. Encore mieux, 10 ans qu'il arrive au bout de cette course de d'ultra trail.

Sur 330 km autour de Courmayeur dans le décor de la magnifique vallée d'Aoste, le vainqueur est celui qui gérera au mieux sa course, ses ravitaillements, son micro temps de sommeil. Les meilleurs vont mettre trois jours, 75 heures environ pour boucler le parcours. Les coureurs moins chevronnés ont 150 heures pour en finir avec ce long ruban de montagne, de plaisir parfois, de souffrance du corps par moments. 

 
Arnaud Simard / © Arnaud Simard
Arnaud Simard / © Arnaud Simard


A Besançon, Arnaud Simard se prépare sereinement à endosser un nouveau dossard sur le Tor des Géants. Ce chercheur en mathématiques de 46 ans a bouclé toutes les éditions. On l'appelle monsieur le sénateur. Ils sont huit dont quatre Français à bénéficier du prestigieux titre. 

"Je fais de l'endurance toute l'année, du ski de rando l'hiver avec un cumul de 120.000 m de dénivelé. Je fais du sport huit heures par semaine toute l'année dans un objectif de plaisir" nous explique Arnaud Simard. La préparation physique pour la préparation physique, cela ne semble pas être son credo. "Je ne peux pas m'imaginer qu'on puisse préparer le Tor des Géants... si ce n'est dans l'objectif de le gagner" lance le Bisontin.  "Physiquement la plupart des gens peuvent prétendre à faire le Tor s'ils ont un bon foncier général. C'est une course qui se fait sur de la gestion, du temps de course, du sommeil, de l'alimentation, de la gestion aussi des températures car il peut geler en altitude" explique celui qui connaît la course par cœur et l'apprécie chaque année. Le Tor va emmener les coureurs sur 25 cols à plus de 2000 mètres d'altitude.
 
© Tor des Géants
© Tor des Géants


Ravito, dodo, tempo : les trois clés de la course


Arnaud Simard revient tous les ans dans le décor de Courmayeur. Il sait ce qui l'attend. Une organisation à l'italienne. Chaque concurrent peut préparer un sac de 60 litres qui va le suivre tout au long des points de ravitaillement. "On y met ce qu'on veut. Moi je tiens à mon petit confort. J'ai surtout des vêtements de rechange. Je prends des douches quand je peux aux points de ravitaillement, je me fais masser. Pour cela il faut avoir suffisamment d'avance sur les barrières horaires" explique le traileur. Garder le bon tempo, pour ne pas se mettre dans le rouge, Arnaud Simard sait le faire. Il pense boucler la course de 330 km en 120 heures environ soit cinq jours ! Plus de 60 kilomètres par jour, et un dénivelé à faire pâlir tout randonneur amateur attendent le Franc-Comtois.   
 
© Arnaud Simard
© Arnaud Simard



Courir seul la nuit sous la pleine lune


Arnaud Simard attend le dernier moment pour scruter la météo. "Je sais juste qu'il a neigé ces jours-ci à 2900 m d'altitude. Cela va être beau et ça me convient bien. J'ai juste regardé les prévisions au niveau de la lune. Elle sera montante. Si les ciels sont dégagés, on va courir avec nos frontales certes, mais dans des paysages splendides la nuit" explique le coureur du Doubs. 

A entendre Arnaud Simard au bout du fil, on sait qu'il va avaler des kilomètres avec ses jambes. Qu'il va aussi dévorer de ses yeux cette montagne qui l'entoure. "J'aime cette course car on y savoure la liberté d'être en montagne de jour et de nuit. On n'a qu'une chose à penser, c'est avancer. L'environnement naturel de la vallée d'Aoste est juste merveilleux... Sur cette course on passe évidemment par des moments de déprime qu'il faut gérer, des moments d'euphorie qu'il faut gérer aussi. Ce n'est pas une course physique uniquement, c'est une course mentale. On profite de l'instant présent sans penser au prochain kilomètre qui nous attend.. Le but, c'est d'arriver au bout et en forme" confie-t-il. À l'écouter on penserait presque que le Tor est à portée de toutes les paires de baskets.

 
tor des géants



Dormir deux heures par nuit 


Courir, avancer. Mais comment font-ils pour tenir si longtemps ? Arnaud Simard dormira sur le Tor des Géants mais sa nuit n'en porte que le nom. "Je m'autorise deux heures de sommeil toutes les 24 heures. On part en général avec un plan de course qui explose en général très vite. Moi je vais essayer de dormir entre 3 et 7 heures du matin. Tout dépendra de la météo. L'an dernier il faisait très chaud sur la course, je dormais la journée pour courir à la fraîche la nuit" nous dit-il. 

Aude la compagne d'Arnaud Simard viendra le voir sur trois des cinq jours de course. Elle est médecin et va le suivre en voiture sur plusieurs points de passage. "Sa présence me rassure. Si j'ai un souci physique je lui en parle tout de suite, mais je connais sa réponse, elle me dira de continuer" rétorque avec humour le Franc-Comtois. "Avoir un suivi de la famille c'est bien, mais c'est dangereux aussi car on peut être tenté d'abandonner quand ça va mal et la voiture est là, pas loin" lance Arnaud déjà lucide sur ces moments de course qui se dessinent.

 
La compagne d'Arnaud Simard sera présente pour le suivre quelques jours sur cette longue course de 330 km / © Arnaud Simard
La compagne d'Arnaud Simard sera présente pour le suivre quelques jours sur cette longue course de 330 km / © Arnaud Simard



La playlist musicale préparée par les copains

 

Arnaud Simard se délecte à l'avance du moment où il enfilera les oreillettes pour écouter de la musique tout en courant. Ses copains lui préparent chaque année des playlists surprises. Classique, folk, pop, ou chanson française ? "Je vais découvrir tout cela au dernier moment, et écouter de la musique en pleine nuit dans ce décor de montagnes, cela va être génial" lance Arnaud Simard. 
 

Arnaud Simard sur l'arrivée du Tor des géants avec son fils / © Arnaud Simard
Arnaud Simard sur l'arrivée du Tor des géants avec son fils / © Arnaud Simard



La grande famille du Tor des Géants


S'il revient chaque année au départ, c'est aussi pour l'ambiance de ce Tor des Géants. Imaginez : les bénévoles prennent une semaine de vacances pour nous accompagner, nous épauler, nous réconforter sur cette course. Arnaud Simard se souvient des rencontres improbables, une visite de caves à fromage en pleine nuit ou boire un café sur le bord de la route en pleine nuit avec les gens du coin ! 

Une course plus intimiste que l'Ultra-Trail du Mont-Blanc. 750 concurrents maximum. Les arrivées vont s'étaler sur trois jours. Chaque arrivée est un évènement. Les vainqueurs viennent accompagner les  mètres de celui qui terminera la course en dernier, il en faut bien un. "Tous les ans, je reste à Courmayeur après ma fin de course aux terrasses des cafés pour attendre les compagnons de course et refaire ensemble ce Tor des Géants... tous les ans, je me dis que ce sera le dernier pour moi mais je ne tiens pas ma parole" lance dans un éclat de rire Arnaud Simard.   

Le Bisontin prendra samedi la route vers Courmayeur. Pour dormir dans sa voiture aménagée avant de prendre le départ des 330 km du Tor des Géants le lendemain midi. "La nuit d'hôtel, ce sera pour mon arrivée !" dit-il. A ce jour, un seul Français a remporté le mythique Tor des Géants, c'était un autre fondu de course à pied comtois, Patrick Bohard. Il avait couru 80 heures et 20 minutes pour s'offrir la victoire à Courmayeur. 
 
Des bons moments sur la ravitaillement du Tor des Géants / © Arnaud Simard
Des bons moments sur la ravitaillement du Tor des Géants / © Arnaud Simard


 
   

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