“10 à 12 m de profondeur, et des galeries” : un géologue nous éclaire sur ce trou béant en pleine ville à Besançon

Dimanche 25 février 2024, la chaussée s’est subitement effondrée rue de Vesoul, un axe de circulation important de la ville de Besançon (Doubs).  Un chantier complexe est en cours pour comprendre le phénomène d’effondrement et y apporter des solutions durables.


Vu d’un bâtiment d’en face, c’est un sacré trou. L’effondrement s’est produit dimanche matin en face d’une station-service bien connue des Bisontins. Par chance, aucune voiture ne passait à ce moment-là.

Un effondrement en secteur karstique

Depuis l’effondrement, les services techniques sont sur place. Mais aussi les spécialistes du monde souterrain, dont Pascal Reilé, hydrogéologue. Si le massif du Jura est celui de fromage comte, sous terre, c'est plutôt l'image du gruyère et de ses trous. Le karst est un massif calcaire dans lequel l'eau a creusé de nombreuses cavités. On parle de massifs ou de reliefs karstiques. Pascal Reilé le rappelle : ce type d’effondrement peut arriver en Franche-Comté.  “L'ensemble du massif du Jura comporte une grotte au km². Et donc, cela peut arriver au milieu de la route, cela peut arriver sous une maison, cela peut arriver sous les rivières comme c’est le cas pour les pertes du Doubs” explique ce dernier au micro de notre journaliste Aline Bilinski.


Sur le chantier, les hommes s’affairent, en baudriers si besoin, pour des raisons de sécurité. L’ampleur de la cavité ?

On est sur du 10, 12 mètres, on voit un départ de galeries, on va descendre voir ce qui se passe.

Pascal Reilé, hydrogéologue

Avant de réparer, il faut comprendre le scénario géologique qui s’est joué ici. Et la tâche s’annonce complexe. “Le risque, c’est ne connaissant pas l’ensemble du fonctionnement du système, les prolongations de galeries, on n’est pas en mesure de dire comment les choses vont évoluer. En fait, c’est une vieille cavité qui est remplie d’argile de calcification, des argiles rouges déposées il y a deux millions d’années et qui se font avaler, soutirer par la cavité qui est dans la partie inférieure” détaille Pascal Reilé. Ce point n’était pas connu comme secteur à risque. 

Comprendre, sécuriser les réseaux avant de réparer


Trois jours après l’effondrement, c’est donc un chantier complexe qui attend les services du département du Doubs en charge de cette route pénétrante dans Besançon en arrivant de la Haute-Saône. “Cet effondrement a mis en lumière une faille karstique. On est dans la phase de connaître l’ampleur de cette dernière pour trouver des solutions de réparations” explique Grégoire Durant, directeur du service des routes au département du Doubs. “Avant de dégager l’ensemble de la fouille, on est train en parallèle de sécuriser les réseaux. On a ici des réseaux importants de téléphonie, de fibre. On jongle avec tout cela” ajoute-t-il.

Cela peut durer un certain temps, dans la mesure où il y a des zones qui sont très effondrées.

Pascal Reilé, hydrogéologue



Le chantier va durer, mais impossible de déterminer pour l’instant une date de réouverture de la circulation. Eau, gaz, électricité, internet sont en jeu. Pour l’instant, malgré l’effondrement, tout fonctionne. L’opérateur Orange est en train de construire un réseau en parallèle pour sécuriser la situation.