Affaire Péchier: la caisse de prévoyance réclame 500.000 € à l'anesthésiste de Besançon, les parties civiles réagissent

La caisse de prévoyance du Dr Frédéric Péchier, soupçonné de 24 empoisonnements dont 9 mortels à Besançon, estime que celui-ci ne pouvait pas percevoir d'argent pour se faire rembourser ses arrêts maladie, au motif qu'il se trouvait sous le coup d'une interdiction judiciaire d'exercer. 
Le Dr Frédéric Péchier, anesthésiste à Besançon, est soupçonné de 24 empoisonnements dont 9 mortels.
Le Dr Frédéric Péchier, anesthésiste à Besançon, est soupçonné de 24 empoisonnements dont 9 mortels. © Sébastien Bozon, AFP
Une affaire dans l'affaire. Le Dr Frédéric Péchier, anesthésiste à Besançon mis en examen pour 24 empoisonnements dont 9 mortels entre 2008 et 2017, est désormais assigné au civil par sa caisse de prévoyance.

Celle-ci lui réclame le remboursement de 500 000 €, une somme qu'elle a versée au médecin pour ses arrêts maladie, Frédéric Péchier n'exerçant plus depuis 2017. 

Or, selon une information publiée ce mardi 28 juillet 2020 dans les colonnes du Parisien et confirmée depuis par l'Agence France presse, la caisse de prévoyance du Dr Péchier considère que ce dernier n'avait pas le droit d'être remboursé, qu'il ne pouvait pas être en arrêt maladie, au motif qu'il est sous le coup d'une interdiction judiciaire de travailler.

Pourquoi une réaction si tardive ? "La caisse de prévoyance a été avisée de la procédure judiciaire dès le départ et elle ne saurait nier avoir été au courant", a déclaré Lionel Béthune de Moro, avocat du Dr. Péchier, à nos confrères de l'AFP. 

Contacté par nos soins, Randall Schwerdorffer, autre avocat de l'anesthésiste bisontin, a préféré ne pas réagir. 
 

Notre entretien avec Frédéric Berna, avocat des parties civiles



Avocat de plusieurs familles de victimes, Frédéric Berna s'est quant à lui montré plus prolixe au téléphone. Mais il tient d'entrée de jeu à clarifier les choses : "Cette information, je l'ai apprise comme vous ce matin en lisant Le Parisien. Je ne suis pas en mesure de vous confirmer quoi que ce soit."

Toujours selon l'avocat, le fait que Frédéric Péchier soit soupçonné de fraude vis-à-vis de sa caisse de prévoyance appelle deux observations.

La première : "Cela confirmerait que le Dr Péchier est un manipulateur et un menteur", estime Frédéric Berna. 

"J'ai souvenir d'un Frédéric Péchier se présentant comme étant aux abois, ne disposant d'aucun revenu, ne pouvant plus financer les cours de golf de son fils, poursuit l'avocat. Cet argument, je le comprenais, je l'entendais ! Effectivement, le Dr. Péchier pouvait être, compte tenu de la situation judiciaire, dans une réelle impasse financière. Finalement, on apprend - si c'est confirmé - qu'il aurait touché 500 000 € !"

Seconde observation de Frédéric Berna : "Si cette information est confirmée, alors il faudra enquêter sur la personne qui lui a validé ces arrêts maladie. Quel médecin a accepté de faire passer le dossier de Frédéric Péchier ? Est-ce de la complaisance ? On se demande si Frédéric Péchier ne dispose pas de puissants appuis au sein du monde médical."
 

Le rappel des faits


Cette affaire de fraude supposée aux arrêts maladie sera jugée au tribunal judiciaire de Poitiers, où Frédéric Péchier réside désormais, la justice ayant décidé de l'éloigner de Besançon, ville où il exerçait, pour les besoins de l'enquête. 

Quant au procès concernant les empoisonnements supposés, il ne devrait pas se tenir avant plusieurs années.

Comme nous l'évoquions en début d'article, Frédéric Péchier est mis en examen pour 24 empoisonnements dont 9 mortels, alors qu'il exerçait comme anesthésite à Besançon, entre 2008 et 2017. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Les enquêteurs le soupçonnent d'avoir délibérément intoxiqué des poches de perfusion. Son mobile serait celui de la vengeance : le docteur Péchier aurait empoisonné les patients de ses collègues afin de mieux pouvoir leur nuire.

Pour l'heure, le Dr Péchier reste libre, sous contrôle judiciaire. Il réside à Poitiers, après avoir quitté Besançon, comme l'a exigé la justice. 

Depuis son départ de Besançon, plus aucun incident opératoire ne s'est produit dans les deux cliniques où il exerçait. 

Frédéric Péchier a toujours clamé son innocence. 
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