Après Cédric Villani, une candidature dissidente LREM se dessine-t-elle aux municipales de Besançon ?

Alexandra Cordier sera-t-elle candidate dissidente de La République en Marche aux municipales de 2020 à Besançon ? / © France Télévisions
Alexandra Cordier sera-t-elle candidate dissidente de La République en Marche aux municipales de 2020 à Besançon ? / © France Télévisions

La référente départementale d'En Marche dans le Doubs va-t-elle se lancer dans la course malgré l'investiture officielle d'Eric Alauzet par le parti de la majorité présidentielle ? La contagion après la candidature dissidente de Cédric Villani à Paris n'est pas à exclure. 

Par Sophie Courageot

Mercredi 4 septembre, le député LREM et mathématicien Cédric Villani s'est lancé dans une candidature dissidente à la mairie de Paris. Un départ scruté de près par le monde politique à Besançon. Alexandra Cordier, ira, ira pas ? La question se pose dans la ville natale de Victor Hugo, où le candidat officiel de la  République en Marche Eric Alauzet vient de lancer sa campagne.


Municipales 2020 : un homme investi par LREM à Besançon 


Début juillet, la commission d'investiture du parti avait tranché. Éric Alauzet, député LREM (ex-EELV) l'avait emporté sur Alexandra Cordier, conseillère du maire LREM sortant Jean-Louis Fousseret. La jeune femme de 36 ans "marche" pour Emmanuel Macron depuis le début. Elle est déléguée départementale LREM du Doubs. Ce choix de ne pas jouer la parité et d'investir une femme avait mis en colère a la sécrétaire d'état à l'égalité hommes-femmes Marlène Schiappa. « Ne comptez plus sur moi pour défendre la moindre nomination d’homme à partir de maintenant », avait-elle déclaré à l'époque.

Depuis ce choix opéré début juillet, la situation reste visiblement tendue au sein de LREM à Besançon. Le député Éric Alauzet, investi par les marcheurs, est largement contesté par Alexandra Cordier, proche du maire actuel et soutenue par ce dernier.  "Il y a un contentieux fort", reconnaît un cadre national du parti. "Ira-t-elle toute seule ? Je ne sais pas le dire", poursuit-il interrogé par l'Agence France Presse, en disant "rester vigilant". 

 

Beaucoup de choses nous rassemblent, mais le chemin pour nous rapprocher sera long 



Contactée par France 3 Franche-Comté, la jeune femme explique qu'elle n'en est pas à cette étape d'une candidature dissidente. "Le contexte de Paris et de Besançon ne sont pas les mêmes" dit elle. "Chez nous on est au balbutiement d'un rapprochement. Avec Eric Alauzet nous nous sommes rencontrés une seule fois depuis le mois de juillet" lance-t-elle. Le weekend dernier le candidat Alauzet a lancé sa campagne, sans inviter le maire sortant et Alexandra Cordier. Cette dernière le déplore. "Le mouvement de la République en Marche a attribué sa confiance à Eric Alauzet pour représenter les marcheurs, il ne faut pas les oublier" argumente Alexandra Cordier qui veut encore croire à un rapprochement dans le mois qui vient. "Avec mon équipe, on a fait un travail extraordinaire, on souhaite qu'une part de nos idées et des personnes se retrouvent dans les projets d'Eric Alauzet... J'entends dire Eric Alauzet qu'il souhaite être le premier maire écologiste de Besançon, je préfererais qu'il dise qu'il veut être le second maire de la République en Marche" conclut-elle. 

La jeune femme était donnée selon un sondage commandé après les Européennes de mai dernier à 16 % des intentions de vote pas loin d'Eric Alauzet à 18 %. Anne Vignot l'écologiste monterait à 25% des votes devant le candidat LR crédité alors de 20%. Mais ce sondage date de plusieurs mois. Son équipe Besançon Métropole 2020 a plusieurs projets dont un vélodrome à Besançon ou un téléphérique entre la Citadelle et le centre ville. "Beaucoup de choses nous rassemblent, mais le chemin pour nous rapprocher sera long, je souhaite qu'il aboutisse" explique Alexandra Cordier.


"Je multiplie les signes de rassemblement" estime Eric Alauzet

Un  rapprochement alors entre les deux candidats ? Eric Alauzet nous explique avoir multiplié les messages pour un rassemblement ces derniers temps. Si Alexandra Cordier n'avait pas reçu d'invitation officielle au lancement de sa campagne c'est "parce que mon équipe n'a pas accès pour l'instant au fichier de tous les membres LREM du Doubs, elle était conviée au lancement de mon programme par oral" dit-il. "On s'est vu depuis, on a convenu de modalités de travail. Tout le monde est le bienvenu... Pour les idées, on les prendra à condition qu'elles soient en cohérence avec mon projet qui s'inscrit dans le cadre du projet de LREM et en cohérence financière. Si on fait un téléphérique à 50 millions d'euros on ne peut rien faire d'autre. Or sur les transports, c'est un ensemble d'actions qu'il faut mettre en oeuvre" précise le candidat à la mairie de Besançon. 

Eric Alauzet pense que sa liste aux municipales de Besançon ne sera pas dévoilée avant début 2020. Il a dans son équipe des personnes qui sont investies depus des mois. "La méthode c'est moi qui la fixe... dans cette liste il n'y aura pas que des marcheurs, ce sera une liste trans partisane" ajoute-t-il soucieux de veiller à une liste respectant des valeurs, la parité, des âges différents et une diversité des quartiers. 


Des "marcheurs" responsables ? 


Au siège parisien de LREM, on veut croire qu'aux prochaines municipales "les aventures solitaires seront marginales". "Tout le monde n'est pas Cédric Villani : l'équation est complexe, notamment par sa personnalité, et rares sont ceux ailleurs qui peuvent présenter un tel profil", dit un haut cadre.

Invitée sur BFMTV, la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye en appelle elle à la responsabilité de chacun des marcheurs. "La responsabilité, c'est admettre que parfois, les choix qui sont faits ne sont pas des choix qui nous siéent. C'est admettre que parfois on n'est pas l'élu, que parfois on n'est pas la bonne personne au bon moment", a plaidé madame Ndiaye. 
 


Ces autres villes où une candidature dissidente LREM est possible 



Mercredi, après l'annonce de candidature du mathématicien, le parti présidentiel a aussitôt dit qu'il rejetait toute procédure disciplinaire. Mais cette clémence peut-elle mener d'autres marcheurs à briguer par eux-mêmes un mandat en mars 2020 ? Le risque est bien là. 
  • A Lille, où Violette Spillebout a été préférée à Valérie Petit, cette dernière a d'ores et déjà annoncé qu'elle ne soutiendrait pas l'estampillée La République en marche, sans toutefois se présenter elle-même - mais en se fendant mercredi d'un tweet laudateur après l'annonce de Cédric Villani, chez qui elle voit "le meilleur de nous-mêmes, nous les marcheurs engagés".
  
  • A Montpellier : "Vous avez aimé Villani ? Vous allez adorer Vignal !", prévient dans les colonnes du Monde le député LREM de l'Hérault, Patrick Vignal (ex-PS), déterminé à se présenter à Montpellier si en Marche soutient le maire sortant, Philippe Saurel, sans demander qu'il porte l'étiquette de la majorité.
 
  • A Metz, le député Richard Lioger a lancé sa campagne en début de semaine, bien qu'il soit en concurrence pour l'investiture avec la référente départementale Béatrice Agamennone, voire l'ex-eurodéputée MoDem Nathalie Griesbeck. "Évidemment, je continue à être candidat à l'investiture, évidemment elle viendra", assure-t-il.
 
  • A Annecy, la situation n'est pas davantage simple à Annecy: la députée Frédérique Lardet a annoncé sa candidature sans attendre l'investiture et en laissant entendre qu'elle irait "jusqu'au bout", alors que le maire sortant Jean-Luc Rigaut (UDI) pourrait lui être finalement préféré par LREM, sur fond de démission du référent départemental, Guillaume Gibouin.
   
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