Affaire Narumi Kurosaki : Du Chili à Roissy puis Besançon, comment va se dérouler l’extradition de Nicolas Zepeda ?

Le Chilien Nicolas Zepeda, est le principal suspect dans la disparition en décembre 2016 à Besançon de Narumi Kurosaki une jeune étudiante japonaise. Il embarquera jeudi 23 juillet 2020 dans un vol de Santiago du Chili pour la France. Une extradition très attendue. Voici ce que l'on en sait. 
Nicolas Zepeda en mars 2020 au Chili.
Nicolas Zepeda en mars 2020 au Chili. © Claudio REYES / AFP
Son arrivée sur le sol français est imminente. Elle intervient trois ans et demi après la disparition de Narumi Kurosaki, une étudiante japonaise de 21 ans venue apprendre le français à Besançon. 

La jeune femme, ancienne petite amie du Chilien Nicolas Zepeda s’est volatilisée la nuit du 4 décembre 2016 après avoir dîné non loin de Besançon avec le suspect. Personne ne l’a jamais revue. Des cris ont été entendus vers 3 heures du matin dans la cité universitaire où elle logeait. Narumi Kurosaki et Nicolas Zepeda avaient dîné la veille dans un restaurant à Ornans. Après leur rupture, Nicolas Zepeda avait fait part de sa jalousie envers la jeune femme. il était venu la revoir quelques jours en France. Les enquêteurs sont persuadés de l’implication du jeune chilien. Il est soupçonné d’assassinat. Le corps de  la jeune japonaise qui vivait sur le campus universitaire de Besançon n’a jamais été retrouvé malgré de longs mois de recherches, en forêt de Chaux notamment dans le Jura où la voiture de location de Nicolas Zepeda s’était rendue. 


Une extradition sous haute surveillance


L’extradition du suspect a été retardée par la crise sanitaire du covid et l’arrêt des vols internationaux. Nicolas Zepeda s’envolera du Chili le 23 juillet, il voyagera sur un vol sans escale d’Air France, à l’arrière de l’avion, protégé par un rideau et  accompagné par des membres du service national de transfèrement (SNF). L’avion, un Boeing 777 est attendu vendredi 24 juillet en fin de matinée à l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle au terme de 14 heures de vol. Un vol où des journalistes japonais pourraient bien prendre place, l’affaire est très médiatisée au Japon.

Le 2 avril 2020, la cour suprême du Chili avait accepté d’extrader Nicolas Zepeda. Fin juin, un juge chilien  avait décidé de l’assigner à résidence afin de garantir sa remise à la France et éviter un possible danger de fuite de la part du suspect de 29 ans. Jusque-là, Nicolas Zepeda était sous contrôle judiciaire, avec bracelet, assorti d'une interdiction de sortie du territoire. 

 
Nicolas Zepeda Contreras et Narumi Kurosaki
Nicolas Zepeda Contreras et Narumi Kurosaki © DR
 

Nicolas Zepeda sera acheminé directement à Besançn

A sa descente de l’avion à Roissy, le Chilien sera conduit à la police française qui lui signifiera son mandat d'arrêt international. Puis il sera remis aux policiers venus de Besançon. Ils le ramèneront vers le palais de justice bisontin.

A son arrivée à Besançon, Nicolas Zepeda sera présenté au juge d'instruction pour un débat contradictoire. Ce juge lui signifiera sa mise en examen pour assassinat. Le juge des libertés et de la détention décidera probablement de son placement en détention.
 
Nicolas Zepeda en février 2017 au Chili.
Nicolas Zepeda en février 2017 au Chili. © PABLO VERA - AFP


Une avocate pénaliste de renom pour défendre Nicolas Zepeda 

Pour défendre le suspect, fils d’un riche entrepreneur de la téléphonie au Chili, la famille Zepeda a depuis quelques semaines, choisi l’avocate pénaliste parisienne Maître Jacqueline Laffont. Cette femme de 59 ans,  est connue pour avoir assuré la défense de plusieurs personnalités. La dernière en date, Alexandra Benella,  l'ex collaborateur de l'Elysée accusé d'avoir usurpé la fonction de policier et violenté un couple de personnes lors d'une des manifestations du 1er mai 2018 à Paris.
 

L’avocate défend  également l’ancien Président de la République Nicolas Sarkozy dans l’affaire des écoutes du parquet national financier. Elle a aussi eu pour client Nicolas Hulot accusé un temps d’agressions sexuelles, ou Patrice De Maistre dans l’affaire Bettencourt. Son surnom médiatique, "la torpilleuse de procédure".
 
Jacqueline Laffont a défendu Patrice De Maistre dans l'affaire Bettencourt
Jacqueline Laffont a défendu Patrice De Maistre dans l'affaire Bettencourt © Cottereau Fabien/PHOTOPQR/SUD OUEST


Que peut-il se passer sur le plan judiciaire après l’extradition de Nicolas Zepeda ?

A son arrivée sur le sol français, il reste à la justice à réaliser deux expertises du suspect. L’une psychiatrique, l’autre psychologique pour mieux cerner les éléments de personnalité de Nicolas Zepeda.
Le reste du dossier d’instruction est bouclé. Etienne Manteaux, procureur de la République de Besançon avait énuméré lors d’une conférence de presse en octobre 2019 la longue liste des soupçons et des preuves impliquant Nicolas Zepeda. Cinq séries d'éléments objectifs de l’enquête ont poussé la justice française à déposer une demande d’extradition.  
 


La défense de Nicolas Zepeda peut demander de nouveaux actes

Une fois en France, loin de son pays, quelle sera la stratégie de défense de Nicolas Zepeda qui est resté silencieux lors de ses auditions par la justice de son pays ? 
Les défenseurs du jeune Chilien peuvent faire des demandes d'actes de recherche. L'instruction est alors relancée. Ils jouent le chrono au risque de voir la détention provisoire de leur client s’allonger.
Ils peuvent aussi demander la tenue d un procès, sans formuler de nouvelles demandes d’actes.

Autre scénario, Nicolas Zepeda passe des aveux et renseigne les enquêteurs sur ce qui s’est passé, et où se trouve le corps de l’étudiante. Le procès arrive vite. Début 2021, c’est un possible calendrier. Devant  la cour d’assises du Doubs, où il serait jugé, le jeune homme encourt une peine de 25 à 30 ans de réclusion. 

La famille de la jeune japonaise, restée très discrète tout au long de l’enquête pourrait venir assister au procès. Une cagnotte de 4.500 euros a été réunie par le centre de linguistique étrangères de Besançon  où étudiait la jeune femme.
 
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