Bac 2021 : Des lycéens bloquent leur établissement, peu convaincus par les annonces de Jean-Michel Blanquer

Les élèves bloquent leur lycée, général ou professionnel, pour contester la tenue des épreuves du baccalauréat en cette année bousculée par le covid-19. Les annonces d’aménagement, évoquées par le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer, n’ont pas suffi à calmer leur colère.

Lycée Condé à Besançon, le 6 mai 2021.
Lycée Condé à Besançon, le 6 mai 2021. © Fabienne Lemoing

Devant la Cité scolaire de Victor Considérant, à Salins-les-Bains (Jura), une centaine de lycéens attroupés devant les portes bleues. Un rassemblement, a priori, banal, à huit heures du matin, juste avant les cours. Mais les pancartes s’élèvent, et le blocage dure. Les futurs bacheliers ne réclament qu’une seule chose : le baccalauréat en contrôle continu.

Les élèves manifestent contre les annonces de Jean-Michel Blanquer, du 5 mai 2021. Si l’épreuve de philosophie a été aménagée, en comptabilisant la meilleure des deux notes entre le contrôle continu et le passage du bac, le grand oral a été maintenu, et les aménagements ont été maigres pour les épreuves de français. Pire encore, le ministre de l’Education nationale n’a presque pas mentionné d’aménagements pour les formations professionnelles.

Au Lycée Victor Considérant, Salins-les-Bains, 6 mai 2021.
Au Lycée Victor Considérant, Salins-les-Bains, 6 mai 2021. © Inès Butez.

« On sature, on n'en peut plus »

Au lycée professionnel Condé de Besançon (Doubs), la colère est grande. Sous la pluie, une centaine de lycéens bloquent l’entrée. « On entend les bacs généraux, mais nous, les bacs pros, on est où nous ? On voudrait exister ! », s’insurge Selma, applaudie par ses camarades. La jeune femme réalise un bac pro ASSP (Accompagnement, soins et services à la personne) et voit une inégalité très forte entre les lycées généraux et les lycées professionnels. Sa vocation de travailler auprès des plus fragiles risque même d’être ébranlée par la crise sanitaire. Selma résume : « On veut être fiers de nous, de notre métier. Mais aujourd’hui, on sature, on n'en peut plus, on a clairement envie d’arrêter. »

Pour le bac général, il y a deux épreuves, alors que nous on a cinq oraux, et pour les épreuves écrites de juin, nous devons réviser trois années de cours !

Selma, Lycée Condé, Besançon (Doubs)

D’autant que l’obtention du diplôme est rendue difficile en raison de la crise sanitaire. C’est le cas de Fanny, en CAP cuisine, qui doit effectuer un stage pour valider son certificat. Souriante, mais grave, l’étudiante explique sa situation : « Pour trouver un stage en cuisine, c’est quasiment impossible. Les professeurs nous mettent des coups de pression, en nous disant qu’il faudrait obtenir une convention, ou rattraper cet été. Mais si ce n’est pas possible, alors c’est comme si nous avons étudié une année pour rien. »

Des inégalités de territoire

« On est dans un petit lycée de campagne, mais on veut faire entendre notre voix », lance Gwendoline. Cette élève de première a rejoint ses camarades en face du lycée Victor Considérant à Salins-les-Bains. Elle fait part de ses craintes : « Quand je discute avec des amis, dans d’autres établissements, ils ont beaucoup plus avancé sur le programme que nous ! Les inégalités sont énormes. » En Français, sur les quatre œuvres intégrales à étudier, ses camarades et elle n’en ont vu que la moitié. Pour Gwendoline, impossible d’évaluer les lycéens de cette manière : les épreuves de bac ne peuvent se tenir cette année.

Tantôt en présentiel, tantôt en distanciel, les cours ont dû aussi s’adapter à la crise sanitaire. « Un tiers de mes camarades disparaît pendant les visios, soit par manque de moyen car c’est l’ordinateur familial, soit parce qu’internet ne fonctionne pas – on n’est pas logé à la même enseigne », indique Inès. L’élève en Terminale voit aussi se creuser un écart entre sa génération, et celles qui ont précédé : « Notre bac n’aura pas la même valeur. On fait avec. Si on n’obtient rien pour nous, on manifestera au moins, pour les années futures. »

Jean-Michel Blanquer a juste mis de la pommade pour atténuer notre colère. Il a fait un pas vers nous, mais ce n’est pas ce qu’on voulait.

Inès, Lycée Victor Considérant, Salins-Les-Bains (Jura)

Le grand oral : « Le bijou de Blanquer, et le cauchemar des élèves »

Une situation difficile à vivre, d’autant plus que les lycéens généraux ont l’impression d’être les cobayes de la réforme du bac. Gwendoline le déplore : « Les profs ne sont même pas formés pour nous préparer au grand oral. Ça fait deux ans qu’ils y travaillent, mais on n’a pas l’impression d’être prêts. »

C’est cette nouvelle épreuve qui cristallise les tensions des élèves. « Le bijou de Blanquer, et le cauchemar des élèves », ironise Colin Champion. Le secrétaire national de l'UNL (Union nationale lycéenne, syndicat) dénonce cette nouveauté inégalitaire, car « la capacité oratoire ne dépend pas uniquement de la formation que l’on reçoit. »

Au lycée Condé, Besançon. / Capture d'écran
Au lycée Condé, Besançon. / Capture d'écran © Lilia Aoudia - France Télévisions

Pour lui, le ministre manque de considération à l’égard de tous les lycéens, en cursus général et professionnel, quitte à en oublier leur santé mentale : « Jean-Michel Blanquer pense que c’est une année presque normale. Or il oublie la crise sanitaire, les cours derrière un écran, les camarades qui décrochent, le manque de vie sociale. » Colin Champion conclut : « Il faut revenir à la raison et lâcher les objectifs politiques, même si la campagne présidentielle est proche, car les lycéens sont prêts à manifester, à bloquer encore les établissements. »

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