Besançon : "Il a une place dans mon fournil", 120.000 soutiens pour le jeune migrant apprenti dans une boulangerie

Le boulanger de la rue de Rivotte à Besançon (Doubs) est en grève de la faim depuis le 3 janvier. Il se refuse à voir son jeune apprenti Guinéen expulsé de France alors que le jeune migrant a été formé comme apprenti et travaille bien. 

 Le boulanger de la rue Rivotte à Besançon se bat pour garder son apprenti Laye Fodé Traore, jeune immigrant de la Guinée menacé d'expulsion.
Le boulanger de la rue Rivotte à Besançon se bat pour garder son apprenti Laye Fodé Traore, jeune immigrant de la Guinée menacé d'expulsion. © Christophe Mey - maxPPP

L'histoire du boulanger fait le buzz national. Nous vous en parlions dès le 31 décembre. Stéphane Ravacley, boulanger menacait de se mettre en grève de la faim. Il a entamé celle ci le 3 janvier pour prendre la défense de son apprenti guinéen de 18 ans. Il souhaite que Laye Fodé Traore, continue à travailler avec lui. Le jeune devenu majeur est visé par une obligation de quitter le territoire français (OQTF), le jeune migrant est aujourd'hui menacé d'expulsion.

Une pétition mise en ligne et relayée par l'eurodéputé Raphaël Glucksmann (Place Publique) receuille déjà 127.000 signatures de soutien. 

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Laye Fodé Traore a traversé la Méditerranée en bateau gonflable

La pétition du boulanger détaille le parcours de ce jeune qui n'a pas connu sa famille biologique et a grandi dans une famille d'accueil. Il a traversé le Mali et la Lybie, puis est arrivé en Italie à 16 ans et demi en traversant la Méditerranée en bateau gonflable. Depuis un an et demi Laye vit à Besançon dans un foyer et depuis deux mois il a obtenu son appartement. Il a intégré un CAP de boulanger et travaille à la Huche à Pain tenue par Stéphane Ravacley en tant qu’apprenti. Parce qu'il est devenu majeur, Laye Fodé Traore est désormais menacé d'expulsion. Il ne peut plus travailler. Le jeune Guinéen a saisi le tribunal administratif de Besançon sur le fond pour contester l'OQTF et le refus d'octroi de titre de séjour de la préfecture de la Haute-Saône. Son recours sera examiné le 26 janvier. Il avait été débouté d'un premier recours en référé en décembre. 

 

On perd 70% des jeunes après le CAP parce qu'ils n'ont plus envie ou parce que les patrons ne s'occupent pas bien d'eux... Alors pourquoi on n'accepte pas ces gamins qui meurent de faim dans leur pays et veulent travailler chez nous ? Ils ne prennent pas la place des Français

Stéphane Ravacley, boulanger à Besançon

"Je suis scandalisé, car l'Etat casse le contrat qu'il a passé avec lui, s'emporte le boulanger. Il le protège pendant des mois et puis plus du tout du jour au lendemain. Il a encore six mois de formation pour obtenir son CAP Boulangerie, une formation diplômante. Il pourrait au moins aller jusqu'au bout, mais non..." dénonce le boulanger.

La maire écologiste de Besançon a écrit au ministre de l'Intérieur

La maire EELV de Besançon, Anne Vignot, a écrit mardi 5 janvier au ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, pour lui demander de s'"opposer à cette expulsion et de régulariser la situation de Laye Fodé Traoré". "Notre pays a recueilli cet adolescent. Il l'a formé. Laye Fodé Traoré s'est intégré (...). Cette volonté d'expulser ce futur boulanger est incompréhensible", estime-t-elle, appelant le ministre à "ouvrir les yeux sur la réalité à laquelle sont confrontés ces jeunes migrants".
  

J'ai 50 ans, j'ai fait trois embolies pulmonaires en trois ans, mon médecin me dit que je suis fragile, mais je m'en fous, je sais que j'ai raison"

Stéphane Ravacley

Un gamin discret au travail dès 3 heures le matin

Le boulanger de Besançon évoque Laye Fodé Traoré comme un bon gamin, discret, mais avide d'apprendre le métier.  "Il y a une place pour lui dans mon fournil", insiste le boulanger qui prévoyait de le prendre comme ouvrier au terme de sa formation. Stéphane Ravacley dénonce "la politique à court terme" du gouvernement : "ces gamins, on les accueille, les habille, les nourrit, on les forme jusqu'à leur majorité et à 18 ans, plus rien. Ils se retrouvent à la rue, aux mains des passeurs". Il entend ainsi soutenir "cette nouvelle génération de migrants qui arrive et peuple les boulangerie et les restaurants".
    

  


   

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