Besançon : Qui sont les trois médecins à démissionner administrativement de l'hôpital public en Franche-Comté ?

Le neurochirurgien Laurent Thines / © Florence Petit - France 3 Franche-Comté
Le neurochirurgien Laurent Thines / © Florence Petit - France 3 Franche-Comté

1100 médecins, dont 600 chefs de service vont donner leur démission administrative collective mardi 14 janvier 2020. Parmi eux, Laurent Thines, neurochirurgien qui dénonce depuis des mois l'usage des armes LBD dans les manifestations. 

Par Sophie Courageot

"L’hôpital doit être réformé, mais il n’y a pas de grande réforme possible sans moyens. C’est pour vous alerter solennellement que nous avons pris en toute responsabilité, la décision inédite et difficile de démissionner collectivement à partir du 14 janvier 2020 si à cette date des négociations ne sont pas engagées."
Extrait de la lettre des signataires
 

1.100 médecins démissionnent de leurs fonctions administratives 


Dans une lettre adressée mardi 14 janvier à la ministre de la Santé Agnès Buzyn, plus de 1 000 médecins dénoncent l'insuffisance du plan d'urgence dévoilé en novembre 2019 face à la colère des médecins et soignants. Le collectif Inter-Hôpitaux tiendra ce mardi une conférence de presse à Paris. Parmi la liste de plus de 1000 noms publiée par le journal Libération, figurent des médecins de toutes les régions de France.
 


Le seul paramètre pris en compte, c'est la rentabilité. Pour la santé, ce critère est intolérable


Son nom ne vous est pas inconnu. Laurent Thines est neurochirurgien au CHRU de Besançon (Doubs). Il dénonce depuis des mois l'usage des lanceurs de balle de défense (LBD) par les forces de l'ordre. Des armes qui ont engendré des mutilations lors des manifestations de gilets jaunes. Il fait partie des signataires et de ces médecins qui refusent de vivre au quotidien avec le manque de moyens de l'hôpital public.


Le médecin bisontin est donc prêt à démissionner de ses fonctions administratives si aucune négociation n'est engagée par le ministère de la Santé."On ne fera plus aucune action administrative, mais on continuera à soigner les patients, à opérer, à consulter. Je continuerai à m'occuper de la partie universitaire et de mes internes" explique Laurent Thines, chef du service neurochirurgie au CHRU de Besançon. Le neurochirurgien est le représentant local du collectif Inter-Hôpitaux avec l'infirmier Marc Paulin. 
 

Depuis des mois, les personnels soignants, les urgentistes, dénoncent le manque de moyens dans les hôpitaux. "Le seul paramètre pris en compte aujourd'hui, c'est la rentabilité. Pour la santé, ce critère est intolérable" lance le médecin bisontin. "Notre colère vient que depuis 10 ans, on fait un énorme travail pour optimiser les salles 24h/24. On a joué le jeu, et on n'est pas récompensé de nos efforts. À Besançon, cela ne va pas si mal, mais aux Hôpitaux de Paris, le système va s'effondrer comme un château de cartes, et les Parisiens vont en pâtir" estime le médecin bisontin qui donne sa démission aussi par solidarité avec certains de ses collègues. 

 
© Florence Petit - France 3 Franche-Comté
© Florence Petit - France 3 Franche-Comté


A propos de sa démission administrative, Laurent Thines sait qu'elle aura des conséquences. "Je n'irai plus aux réunions de direction, de blocs, d'administration. Entre les questions de matériel, le personnel, les contentieux, les secrétariats, les gardes, toutes ces tâches, c'était chaque jour une à deux heures de travail" estime Laurent Thines. "Plus personne ne va s'occuper de la partie administrative, le service sera laissé à lui-même. On ne va pas continuer à se battre pour avoir des crédits, l'accès à une salle d'urgence, ça n'avance pas !" regrette-t-il après ces mois de lutte et de grève dans de nombreux hôpitaux de l'hexagone. 

 
© Florence Petit - France 3 Franche-Comté
© Florence Petit - France 3 Franche-Comté


"On nous oblige à gérer la pénurie de moyens, c'est préjudiciable pour les patients, pour les personnels" déplore Laurent Thines. Dans son service par exemple, certains malades qui souffrent d'une fracture du dos doivent attendre une semaine avant d'être opérés, dit-il. "On a eu quelques moyens supplémentaires, d'aides-soignants, mais cela ne suffit pas. Au bloc, on n'a pas le personnel nécessaire. Des opérations sont reportées, des patients sont mécontents. Et on doit assumer tout cela" explique Laurent Thines.


A Besançon, un médecin cancérologue radiothérapeute fait partie également des démissionnaires 


Son nom ne figure pas encore sur la liste des 1000. Mais un autre médecin de Besançon donne sa démission administrative. Il n’est pas chef de service, mais nous confie son ras-le bol face au manque de moyens. Berardino De Bari, médecin italien arrivé en France il y a trois ans est cancérologue radiothérapeute au CHRU de Besançon. Il est maître d’enseignement et de recherche. « J’avais investi beaucoup dans l’hôpital public pour mon parcours universitaire et clinique, et nous n’avons pas les moyens de travailler » explique le médecin. « On a besoin de changer des machines vieilles de 15 ans, et on nous explique qu’il n’y a pas d’argent. La santé des gens, on ne peut pas jouer avec comme cela. Les gens, ils vieillissent de plus en plus, ça coûtera de plus en plus cher » ajoute le cancérologue. 

Parmi les sujets qui inquiètent Berardino De Bari, il y a aussi la réforme Paces, ces étudiants qui arrivent en médecine. Le numérus clausus n’existe plus. « Le droit aux études pour tous, je veux bien, mais les sélections sont nécessaires. On nous demande de former de plus en plus de gens alors qu’aujourd’hui on a déjà du mal à travailler » précise le médecin bisontin. Le Dr De Bari va cesser les quelques tâches administratives dont il avait la charge mais va continuer pour le moment à soigner ses patients. Mais au vu des perspectives annoncées, il a décidé de prendre une disponibilité pendant deux ans pour tenter une nouvelle aventure professionnelle.

Au CHRU de Besançon, le Dr François Aubin, Responsable de Structure Interne-Chef de Service de dermatologie oncologie a mis également sa démission administrative dans la balance si des négociations ne sont pas engagées avec le ministère de la santé. Contacté par France 3 Franche-Comté, le médecin n'a pas répondu pour l'instant à notre sollicitation.

 

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