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Violences conjugales : à Besançon, un père menace de tuer son enfant lors d'une violente dispute

© Alexis Sciard - maxPPP
© Alexis Sciard - maxPPP

L'intervention des voisins et des policiers mercredi 10 juillet dans un quartier de Besançon (Doubs) a permis d'éviter le drame. Le procureur de la République de Besançon a tenu une conférence de presse sur une série de violences conjugales inédites dans le département. 

Par Sophie Courageot

"Depuis mon arrivée, on n'a jamais vu autant de procédures pour violences conjugales. Six déferements de conjoints violents en l'espace de cinq jours. Des hommes de tous les âges, tous les milieux sociaux, en zone police comme en milieu rural" explique Etienne Manteaux procureur de la République de Besançon. 

La dernière scène de violence en date remonte à mercredi soir. Le scénario se noue dans un appartement du quartier Saint-Claude à Besançon. Tout commence avec une violente dispute entre le couple et des éclats de voix. Le mari et la femme sont cadres supérieurs, la femme constate depuis plusieurs mois une violence graduelle, elle envisage courant juin de se séparer de son conjoint. Le ton monte ce mercredi soir. L'homme plaque sa femme au mur, lui serre le cou. Selon le Procureur, le père de famille s'empare ensuite du petit garçon du couple âgé de 6 ans. Assis à côté d'une table, armé de deux couteaux, le mari dit qu'il va exécuter l'enfant. Il réitère ses mots devant les policiers arrivés sur place. Dans un moment d'inattention, les policiers interviennent et parviennent à maîtriser le conjoint. L'enfant choqué est laissé avec sa mère, et les deux ont été invités à consulter pour une prise en charge psychologique.  Placé en garde à vue, le père de famille sera jugé en septembre prochain en attente d'éléments psychiatriques. L'homme n'avait aucun antécédents judiciaires. ll doit être déféré dans l'après-midi au parquet. Le parquet va demander son placement en détention provisoire, selon Etienne Manteaux.

Des faits de violences conjugales, le parquet de Besançon en a vu défiler toute la semaine. "La parole des femmes se libère c'est évident" 'explique Etienne Manteaux.

Dans la semaine, un habitant de 31 ans a frappé sa nouvelle compagne à Pontarlier. L'homme en grande précarité financière avait effectué un retrait de 2500 euros sur le compte de sa compagne explique le Procureur. Quand celle ci a fait opposition, l'homme l'a frappé de coups de poings, de coups de tête. Bilan deux jours d'interruption temporaire de travail (ITT) pour la victime. L'ancienne compagne de l'homme a été entendue. Elle n'avait jamais porté plainte, mais avait elle aussi été victime de violences. 


Jonathann Daval devenu "icône" des maris violents


Dans l'appartement du quartier Saint-Claude où s'est nouée cette semaine la dispute devant les yeux d'un enfant, le mari a fait référence à Jonathann Daval, mis en examen pour le meurtre de son épouse Alexia à Gray en octobre 2016. A sa femme, le Bisontin lance cette semaine en pleine dispute : "Au moins Jonathann Daval, il a eu le courage de tuer sa femme castratrice, ma femme (...) est castratrice", a indiqué le procureur.

Une petite phrase qui fait bondir l'homme de justice. "Jonathann Daval a reconnu qu'il était un criminel. Si Mr Daval devient le modèle de certains, je trouve cela choquant qu'il soit brandi comme icône de ce qu'il faut faire quand une épouse veut vous quitter" résume Etienne Manteaux.

Mardi soir, un autre homme est entré lui aussi dans le triste registre des violences conjugales. A Besançon, l'homme qui vivait de façon précaire chez sa tante avec son amie vient récupérer un téléviseur. La relation du couple est chaotique, le ton monte. L'homme gifle son épouse et va la frapper de coups de pieds en pleine rue devant des témoins. L'homme qui était sous le coup d'autres condamnations en suspens, va les purger. 12 mois de détention. En attendant un procès pour violences conjugales le 23 août devant le tribunal correctionnel de Besançon. 


Les violences conjugales touchent tous les milieux


Parmi les maris violents placés en garde à vue cette semaine dans le Doubs, deux d'entre eux seront pris en charge et placés dans un foyer Altérité. Un foyer qui éloigne les maris violents de leurs victimes et qui offre en même temps une prise en charge  psychothérapeutique des hommes violents. Un homme sur deux pris en charge par ce dispositif reprend le chemin de la vie conjugale explique le Procureur.

Sur 360.000 habitants, le Doubs a comme d'autres régions des hommes violents que ce soit en ville ou en rase campagne. "On a eu cette semaine avec tous ces cas, une radiographie éloquente. On a constaté que les violences conjugales concernent tous les milieux familiaux. C'est un problème de passion amoureuse mal digérée, cela peut toucher tous les milieux socio-professionnels.... six procédures en une semaine c'est affligeant" conclut le Procureur. L'homme de justice rappelle que plus le dépôt de plainte d'une femme intervient tôt, plus la prise en charge rapide du couple peut se faire. "Il faut aussi que les hommes mesurent les risques pénals de leur comportement" résume Etienne Manteaux. 

Derrière toutes ces procédures pour violences conjugales, se cachent en attendant des chiffres bien réels.  En 2018, une femme a été tuée tous les trois jours par son compagnon ou ex-conjoint en France. Un collectif féministe recensait ce mercredi 76 féminicides depuis le 1er janvier dernier, contre 64 à la même période en 2018 . Le gouvernement a annoncé dimanche la tenue d'un "Grenelle des violences conjugales" du 3 septembre au 25 novembre pour mieux lutter contre ce phénomène, en promettant des mesures "concrètes" après avoir associé des acteurs de terrain.



 

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