Le carnet de voyage d’Ivan, éloge du temps #6 : un verre de Savagnin du Jura sur l'équateur

Suivez l'aventure d'Ivan, franc-comtois embarqué sur un voilier pour une traversée d'un mois et demi entre la France et l'Uruguay, au beau milieu de l'Océan atlantique. Impatience, découvertes, questionnements et joies... Il nous fait vivre son périple. Récit.
Ivan Pelletier, sur le bateau qui le mène en Amérique latine.
Ivan Pelletier, sur le bateau qui le mène en Amérique latine.
Ivan est un photographe bisontin âgé de 41 ans. Amoureux du voyage au long cours, il a embarqué sur un voilier pour traverser l'Atlantique, de la France à l'Uruguay. Pendant un mois et demi, France 3 Franche-Comté suit ses aventures au beau milieu de cette immensité de plus de 100 millions de km2. Après être tombé sur une annonce sur internet, il décide de partir à l'aventure. Début octobre, il a pris un bateau pour vivre une aventure hors du temps, au fil des remous. Il nous raconte. 


► #6 : un verre de Savagnin du Jura sur l'équateur

"L'équateur !

Nous l'avons longtemps attendu. Ces derniers jours, j'ai souvent regardé notre position et les degrés de latitude diminuer trop lentement à mon goût, puis nous sommes arrivés :

N 0°00.000'
W 29°52.137'
Notre position exacte à l'équateur.
Notre position exacte à l'équateur. © Ivan Pelletier
Il est midi trente quand nous franchissons l'équateur à cette position. Barre à tribord et nous le suivons quelques minutes.

C'est le moment d'ouvrir la bouteille d'un très vieux Savagnin du Jura que l'on m'a offerte pour l'occasion et que je garde cachée depuis le départ. Grand écart entre ce goût de terroir et cette ligne qui ceinture la planète. Incroyable comme une saveur fait voyager plus vite qu'un voilier. En un quart de seconde, je ne suis pas transporté dans ses vertes vallées, c'est le Jura tout entier qui se retrouve ici !
Le verre de Savagnin partagé par Ivan et ses acolytes de voyage.
Le verre de Savagnin partagé par Ivan et ses acolytes de voyage. © Ivan Pelletier
Je savoure doublement ce moment qui marque l'accomplissement d'un objectif personnel et notre entrée dans l'hémisphère Sud : nous passons de l'automne du Nord au printemps et bientôt à l'été du Sud.

L'après-midi, mes deux compagnons se reposent et je reste à la barre, toujours dans le même océan, mais avec la certitude que quelque chose a changé.

Naviguant dans une prairie

Quelques jours avant l'équateur, nous avons traversé ce qui semble être une nouvelle mer des Sargasses. Ces algues invasives prolifèrent maintenant dans une zone qui s'étend depuis l'Afrique de l'Ouest jusqu'au nord du Brésil. La raison de leur développement n'est pas encore connue précisément, elles seraient nourries par des nutriments du fleuve Congo à l'Est et alimentées par des nitrates et des phosphates charriés par l’Amazone à l'Ouest.

Elles s'amassent et s'étirent, formant de longs filaments, parfois sur plusieurs dizaines de miles. A des milliers de kilomètres de toute terre, ces longues lignes vertes survolées par des poissons volants me donnent l'impression de naviguer dans une prairie.

Maintenant, il nous reste environ dix jours de navigation jusqu'à Rio de Janeiro. Nos produits frais se dégradent un peu plus chaque jour : même dans la partie la plus fraîche du bateau, bien calés dans des cartons, la chaleur et l'humidité ne sont pas tendres avec eux. On tiendra jusqu'à Rio mais quand Julien nous annonce une escale anticipée à Salvador de Bahia dans quelques jours, je salive d'avance à l'idée de nouveaux fruits frais, et je me réjouis de toucher plus vite que prévu le continent Sud Américain.

Des dauphins viennent de faire leur apparition. Laissez-moi vous parler d'eux. Ils sont les étoiles filantes de l'océan. Tels ces phénomènes lumineux qui traversent parfois un beau ciel étoilé déjà splendide sans eux, les dauphins illuminent un océan qui se suffit à lui-même.
Les dauphins dont nous parle Ivan.
Les dauphins dont nous parle Ivan. © Ivan Pelletier
Et souvent, lors d'observations, je me surprends à espérer leur visite, comme j'espère le passage d'une étoile filante quand je lève les yeux au ciel. Ils sont toujours fascinants, que ce soit leur première ou leur centième apparition. Mes deux compagnons de voyage, habitués de l'océan, ne me contrediront pas.

Lorsqu'ils restent longtemps autour du bateau, je parviens à en identifier quelques-uns, par une couleur, des marques disctinctives ou un comportement spécifique. Comme ce dauphin, plus clair que les autres, qui revenait toujours à tribord et nageait sur le côté pour mieux nous observer... ou ces deux-là, qui restaient en permanence côte-à-côte, toujours en contact par leurs nageoires pectorales.

Aujourd'hui un acrobate nous a régalé, avec des sauts à deux mètres au-dessus de la surface. Et ce matin, à l'aube, alors que je venais de prendre mon tour de garde, un groupe est venu jouer autour du bateau, et ce faisant, m'offrir un merveilleux réveil
Les cadeaux de la nature.
Les cadeaux de la nature. © Ivan Pelletier

Au loin, le Brésil 

Oui, on a le temps de se laisser aller à la contemplation. Heureusement que j'ai fini par laisser mon mal de mer au Cap Vert. Finalement, il ne se passe pas grand-chose durant une traversée comme celle-ci. Depuis le Cap Vert, nous n'avons pas fait un seul empannage et nous arrivons déjà au Brésil.

Et donc, TERRE ! Les côtes Brésiliennes sont en vue, nous arrivons de nuit au large de Recife et de ses tours alignées face à l'océan. Il nous faudra encore deux jours pour rejoindre Salvador de Bahia et enfin toucher physiquement le continent Sud Américain.

Ne restera plus alors que cette fascinante escale et la dernière ligne droite pour l'Uruguay. Mais ça, ce sera pour le dernier carnet de voyage, la semaine prochaine !
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