Décès du militant Jean-Jacques Boy : « Jean-Jacques, c’est quelqu’un d’inestimable »

Jean-Jacques Boy, une des grandes figures militantes de Besançon, vient de décéder à l’âge de 66 ans. Engagé dans de nombreuses associations depuis sa jeunesse, Jean-Jacques Boy était un fervent défenseur des droits de l’homme.

Jean-Jacques Boy lors du rassemblement de 2011 en mémoire du 17 octobre 1961
Jean-Jacques Boy lors du rassemblement de 2011 en mémoire du 17 octobre 1961

Comme une ligne essentielle, cohérence et fidélité se dégagent des engagements de Jean-Jacques Boy. Ses multiples participations à des associations militantes de Besançon n’ont rien d’un éparpillement, au contraire, une logique se dessine d’un trait limpide. Celle d’un homme qui a décidé de lutter pour les droits de ceux qui n'en ont pas.

 

Président de Radio Bip, Henri Lombardi se souvient du jeune ingénieur de l’Ensmm, l’école nationale d’ingénieurs de Besançon. Originaire de Toulouse, le jeune homme poursuit sa formation au pays de la micromécanique et du temps fréquence.

Jean-Jacques Boy à l'époque de la radio pirate "radio 25"
Jean-Jacques Boy à l'époque de la radio pirate "radio 25"

C’était dans les années 70. « On s’est retrouvé dans les luttes anti-impérialistes. On était engagé dans la lutte pour le peuple palestinien ». Une terre qu’il foulera à deux reprises.

JUSTICE ET EGALITE

L’Algérie lui sera aussi comme chevillée au corps. Pas un 17 octobre ne passe sans que Jean-Jacques Boy ne soit présent sur le pont Battant de Besançon, lieu de rassemblement annuel pour commémorer le « massacre 17 octobre 1961 », date de la répression meurtrière, par la police française, d'une manifestation d'Algériens organisée à Paris par la fédération de France du FLN. 

Plaque dévoilée en 2011 au Pont Battant en hommage aux victimes du 17 octobre 1961
Plaque dévoilée en 2011 au Pont Battant en hommage aux victimes du 17 octobre 1961

Ce 17 octobre 2020, Jean-Jacques Boy était venu mais déjà trop affaibli par un cancer pour pouvoir prendre la parole. C’est sa dernière apparition publique.

Des prises de parole, des manifestations, des cercles du silence, des pétitions, des réunions, le militant était toujours là quand il fallait défendre une famille de migrants, dénoncer des injustices ou des inégalités.

 

Des convictions qu’il exprimait au micro de Radio Bip et même dès les années 70 sur Radio 25, l’ancêtre pirate de Bip.

"Il fallait monter sur les collines de Besançon pour émettre quelques heures une fois par semaine, se souvient Henri Lombardi.  Il avait trouvé un beau titre pour son émission sur l’actualité en Afrique : « Graffiti sur les murs du silence »".

PASSEUR DE MEMOIRE

En 1994,  Jean-Jacques Boy créé avec d’autres amis le CISIA Franche-Comté, une branche locale du Comité  International  de Soutien aux Intellectuels Algériens cocréée en France par Pierre Bourdieu. Il s’agissait de « rendre visible la culture algérienne vivante »  et, rappelle Noëlle Ledeur, défendre l’accueil en France des intellectuels algériens menacés par la répression islamiste dans leur pays.

Lorsqu'on tue ceux dont le métier est de produire des idées, des analyses, des œuvres d'art, ou de prendre soin de la vie humaine, c'est la tête, le cœur, la voix d'un pays qu'on atteint. Face à cette situation dramatique, un groupe d'intellectuels de différentes nationalités s'est réuni à Paris le 17 juin 1993. Il a décidé de créer un Comité International de Soutien aux Intellectuels Algériens (CISIA), sous la présidence de Pierre Bourdieu.

Charte du CISIA

C’est de cet engagement qu’est né en 1997 le CDDLE, le Collectif de Défense des Droits et Libertés des Etrangers. Cinq mots qui résument bien le fondement de l’engagement de Jean-Jacques Boy.

Des actions concrètes nourries par une réflexion et un travail de mémoire. « Il n’a jamais cessé d’être un passeur de mémoire mais de mémoire vivante » précise Noëlle Ledeur. Jean-Jacques Boy était le président de l’association « A la rencontre de Germaine Tillion ». Une association créée en 2008 pour mieux faire connaître la vie et les engagements de cette femme exceptionnelle tout en créant des passerelles avec les descendants bisontins des villageois des Aurès.

AURESIEN DE COEUR

Germaine Tillion était ethnologue dans l'Est algérien dans les années trente. Elle entra en Résistance avant d’être déportée au camp de concentration de Ravensbrück puis elle fut historienne de la déportation et de la résistance. L’engagement de cette militante en Algérie inspirait Jean-Jacques Boy. Lors d’une exposition consacrée à ses écrits, tous conservés au musée de la Résistance de Besançon, le Bisontin nous avait déclaré :

C’est important que sa manière d’aborder les événements soit un exemple pour tout le monde. Ne pas forcément prendre partie politiquement pour les choses mais de rester toujours pour la justice, l’humanité, l’humain.

Jean-Jacques Boy à propos de Germaine Tillion

Une déclaration qui résonne comme une profession de foi personnelle. Sur Radio Bip, nous pouvons réécouter la voix posée au léger accent toulousain de Jean-Jacques Boy.

Ce jour-là, il recevait Claude Cornu, un homme avec lequel il partageait sa passion pour les Aurès. Jeune appelé, Claude Cornu avait refusé de porter les armes en Algérie. Comme Germaine Tillion, ils ont  participé à la préservation de la mémoire de ces familles des montagnes berbères. « Jean-Jacques, disait Claude Cornu, c’est quelqu’un d’inestimable ».

 « Je suis aurésien de cœur » confiait Jean-Jacques Boy lors d’un hommage rendu à Djemaâ Djoghlal, Grande figure du féminisme algérien et symbole incontournable du militantisme culturel dans l’Aurès décédée en 2016.

Tout ce temps passé à défendre et à transmettre des idéaux ne l’ont pas empêché de s’investir dans son travail d’ingénieur de recherche à l’Ensmm. Apres son diplôme d’ingénieur à l’Ensmm en 1977, il obtient un doctorat à l’Université de Franche-Comté. Après une parenthèse chez Schlumberger, il revient à l’Ensmm et se spécialise dans la chronométrie. Responsable de la fabrication des résonateurs à quartz, Jean-Jaques Boy est en lien avec l’industrie aérospatiale jusqu’à son départ à la retraite en août 2020. Il vivait avec son épouse Françoise dans les environs de Besançon.

« Extrêmement modeste » pour reprendre les mots de Noëlle Ledeur, Jean-Jacques Boy n’étalait pas ses compétences professionnelles auprès de ses amis du monde associatif. Des hommes et des femmes qui soulignent tous aujourd'hui sa gentillesse et son grand coeur.

Je ne connais personne qui se soit fâché avec lui. Jean-Jacques ne cultivait pas le ressentiment. Une qualité dans le monde militant.

Noëlle Ledeur

Cette « capacité à parler à tout le monde, réunir les gens, à les entraîner dans ses combats » sera le ciment de l’ «hommage militant et citoyen » qui sera rendu à Jean-Jacques Boy dès que la situation sanitaire le permettra.

 

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