Départementales 2021 : on vous explique pourquoi ce scrutin ne ressemblera en rien aux précédents en Franche-Comté

Les départementales 2021 ont un parfum d'inédit. Elles ont déjà été couplées avec des régionales. A un an de la présidentielle, elles font surtout figure de test et montrent le changement politique profond de notre pays.

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En 2015, la Franche-Comté, à droite toute aux dernières départementales

Petit rappel des épisodes précédents. En 2015, c'est le grand chambardement : en France, la gauche perd une trentaine de départements, soit la moitié qu'elle détenait, sur une centaine que compte la métropole.

En Franche-Comté, les quatre départements étaient détenus par le Parti Socialiste. Après le scrutin, il n’en reste plus qu’un, celui de Haute-Saône, avec Yves Krattinger à sa tête. Ont basculé à droite : le Jura, le Doubs et Territoire de Belfort.

Christine Bouquin, Clément Pernot, Yves Krattinger, Florian Bouquet sont les présidents sortants des conseils départementaux de Franche-Comté.
Christine Bouquin, Clément Pernot, Yves Krattinger, Florian Bouquet sont les présidents sortants des conseils départementaux de Franche-Comté. © France Télévisions

En 2015, le Front National avait fait un carton, mais… n’avait obtenu aucun élu 

Autre caractéristique du scrutin de 2015 : le score très élevé du Front National qui deviendra Rassemblement National en 2018.

Le parti de Marine Le Pen présente pour ce scrutin 2021 des candidats dans quasi tous les cantons de la Franche-Comté. Seule exception : le canton de Saint-Claude dans le Jura, sans candidat frontiste. S’y présente le maire Divers Droite Jean-Louis Millet : il a apporté sa signature à Marine Le Pen pour la présidentielle précédente. En remerciement, il n’y a pas de candidat d’extrême droite qui pourrait l’affaiblir dans son canton.

Sur les 61 candidats d’extrême-droite présents en 2015, 49 se sont qualifiés pour le deuxième tour. Neuf d’entre eux sont arrivés en tête au premier tour, 24 ont dépassé les 30 %. Les scores les plus élevés ont été obtenus dans le canton d'Héricourt 1 avec 38 % des voix, à Valentigney 37,8 %, et à Audincourt 37,5 %. Sans surprise, le Front National a confirmé son implantation dans deux zones géographiques : le Pays de Montbéliard et l’Est de la Haute-Saône, sur les secteurs de Lure-Héricourt.

Mais au second tour, dans les duels, ou avec la droite ou plus souvent avec la gauche, ou dans des triangulaires, aucun binôme FN n'est pas parvenu à être élu dans l’un des quatre conseils départementaux.

Abstention, fin des grands partis, ce qu'il faudra surveiller lors de ce scrutin

Le scrutin des départementales aura lieu les 20 et 27 juin 2021.

En ce moment, quand un media parle de campagne… il s’agit de campagne vaccinale contre la Covid. L’heure n’est encore pas vraiment aux élections, même si la campagne est officiellement lancée depuis le 31 mai. Les journaux parlent un peu des régionales, et encore moins des départementales. Les électeurs ne semblent guère mobilisés par ces scrutins. De plus, les candidats sont privés de campagne comme on l’entend habituellement : pas de grandes réunions publiques avec des ténors nationaux qui viennent faire le show. Juste un peu de distribution de tracts dans les boîtes à lettres, quelques visites sur les marchés avec les mesures barrières à respecter scrupuleusement… Bref, rien de bien dynamique.

Les observateurs s’attendent à une participation faible. Pour mémoire, le Doubs avait voté à 52 %, le Jura à 56 %, la Haute-Saône à 59 % et le Territoire de Belfort à 54 % au premier tour des départementales la dernière fois, en 2015.

Le mode de scrutin des élections départementales est le suivant : binominal mixte, majoritaire à deux tours. Dans chaque canton, se présente un binôme de titulaires, un homme et une femme, avec deux suppléants, un homme et une femme également. Pour être qualifié au deuxième tour, il faut totaliser 12,5 % des inscrits. Soit, avec une participation de 50 %, 25 % des inscrits. Donc, en cas d’abstention massive, peu de candidat franchiront la barre fatidique de ces 12,5 % des inscrits.

Comme en 2015, le RN devrait réaliser de bons scores. Dans ce cas, ce qui est important pour les autres candidats, c’est de prendre la deuxième place synonyme de qualification. Un peu comme pour la présidentielle.

Les candidats Divers Gauche ou Divers Droite sont légions. Peu d’hommes et de femmes avancent avec des étiquettes, signes d’appartenance à une formation politique.

Seule exception : le Territoire de Belfort. Dans ce département, tous les candidats de droite sont estampillés "Les Républicains" sauf un. Les mauvaises langues y verront l’influence de celui qui « règne » sur ce département : le maire LR de Belfort, Damien Meslot.

Ailleurs : peu d’encartés politiques, les partis traditionnels comme LR ou PS sont en chute libre. Ils perdent des adhérents, des élus… Symboles : Yves Krattinger, en Haute-Saône, il est le dernier président de gauche à la tête d’un département franc-comtois. Au Parti socialiste depuis des années, il se présente maintenant Divers Gauche. De plus, il a accueilli dans sa majorité trois élus. 

Clément Pernot, président de droite du Jura, prend ou pas sa carte chez "Les Républicains", un peu en fonction des scrutins et de son intérêt... Là, il est encarté LR.

La victoire d’Emmanuel Macron à l’élection présidentielle de 2017 a fait exploser le vieux schéma droite et gauche. Ce petit nouveau en politique a fait main basse sur l’Elysée, sans aucun mandat et sans parti politique ancré dans le paysage depuis des décennies.

Résultats : les deux partis, autrefois hégémoniques dans leur camp respectif, souffrent. Le Parti Socialiste est à l’agonie, sans leadership, et Les Républicains se cherchent une ligne politique, la crise de PACA avec Renaud Muselier qui tend la main à LREM en est la preuve.

Cette rupture entraîne des conséquences jusque dans nos départements et le profil des candidats en lice pour le scrutin du 20 juin. De moins en moins de prétendants sont encartés, on voit de plus en plus de Divers Droite/Divers Gauche, des anciens amis aujourd’hui ennemis comme dans le camp de gauche dans le Pays de Montbéliard. Ou encore une droite jurassienne beaucoup moins monolithe qu’elle ne veut apparaître. Ici comme ailleurs, une unité de surface ne doit pas faire oublier les profonds remous qui agitent les eaux moins visibles des profondeurs.

© Christophe Morin - maxPPP

La LREM a peu de candidats aux départementales

La République en Marche a montré son inefficacité dans les dernières élections municipales. En Franche-Comté, les candidats LREM ont échoué à conquérir des mairies.

Dans nos quatre départements, peu d’élus officiellement sont estampillés LREM : par exemple, seuls quatre élus dans le Jura, venant de la gauche, dont trois ont voté le dernier budget de Clément Pernot, le président LR du département… 

Pour le 20 juin, sur les 62 cantons franc-comtois, LREM présente huit binômes sous les couleurs de la majorité présidentielle et apporte son soutien à cinq binômes supplémentaires, Divers Centre ou MoDem. Le parti de la majorité présidentielle n'a même pas été capable de présenter des candidats dans tous les cantons bisontins.

Des dissensions fortes au sein du Rassemblement National

Quant au Rassemblement National, il ne se porte pas mieux. Il y a de nombreuses dissensions dans son groupe à la Région Bourgogne – Franche-Comté, des valses de responsables dans les départements, et un gros renouvellement de candidats présentés aux scrutins de juin.

Marine Le Pen venue soutenir Julien Odoul, tête de liste des régionales en Bourgogne-Franche-Comté
Marine Le Pen venue soutenir Julien Odoul, tête de liste des régionales en Bourgogne-Franche-Comté © JC Tardivon - maxPPP

En 2015, le Front National avait présenté 61 candidats pour les 62 cantons de la Franche-Comté. Pour le scrutin de cette année, seulement 47. Le RN présente des candidats dans tous les cantons du Doubs et de la Haute-Saône, 9 sur 17 dans le Jura et 2 sur 9 dans le Territoire de Belfort.

Le parti de Marine Le Pen est présenté comme se trouvant  « aux portes du pouvoir », à moins d’un an de la présidentielle, mais il peine à exister comme structure politique avec des militants, des responsables, des élus. Seul un slogan semble faire tenir le RN : « La Sécurité ».

La sécurité ne fait partie des compétences ni d’un département, ni d’une région… C’est bête mais ce sera peut-être terriblement efficace pour attirer des voix.

Malgré un mode de scrutin défavorable, le RN n’a jamais eu autant de probabilités d’obtenir des élus dans nos départements de Franche-Comté. Ce n'est pas un signe de force de sa part mais plutôt de faiblesse des autres formations politiques.

 

 

 

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