Dispositif “mon psy” : "le remboursement de consultations de psychologues" est une bonne nouvelle pour certains professionnels

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Écrit par Sophie Courageot avec AFP

Le gouvernement a lancé mardi 5 avril, le dispositif et le site internet “mon psy”. Il permet d’être totalement remboursé d’un certain nombre de consultations chez un psychologue partenaire du dispositif. Réactions chez les professionnels.

“Se payer une séance de psychologue à 50 euros ou plus, tous les patients ne le peuvent pas”

Dans le Doubs, cette psychologue en milieu rural fait partie depuis ce 5 avril de l’annuaire “Mon psy”. Un choix engagé pour cette jeune femme dont certains patients étaient en demande pour être remboursés. “Dans mon secteur, on a une classe moyenne basse, on voyait que les familles venaient et se serraient la ceinture pour les soins, je trouvais ça triste” explique Tiffen Vivier Roussel installée à Palise à la limite du département de la Haute-Saône. “Depuis la pandémie, on voit une augmentation des consultations pour jeunes ados et adultes qui souffrent d’anxiété, de crise d’angoisse, qui ont perdu de l’élan vital, et commencent à faire des dépressions” dit-elle. En milieu rural, cette psychologue a un tarif de 30 euros la consultation. Impossible de faire payer plus selon elle. Ses patients ou les prochains pourront être remboursés. Jusqu’à 8 séances.

Mon psy : que propose ce dispositif ?

Pendant et après la pandémie de  covid-19, le gouvernement a souhaité agir face aux besoins d’aide psychologique.

  • Toute personne à partir de l’âge de 3 ans et qui en ressent le besoin peut désormais être remboursée de 8 séances de suivi avec un psychologue.
  • Le dispositif s'adresse aux Français souffrant de troubles dépressifs et anxieux d'intensité "légère à modérée", selon la plateforme.
  • Pour cela, le patient doit d’abord prendre rendez-vous chez son médecin soit généraliste soit un médecin scolaire, de PMI (protection maternelle et infantile), des services de santé des universités ou encore un médecin hospitalier.
  • Si le médecin estime qu’un suivi est nécessaire, il écrit un courrier et oriente vers la plateforme “Mon psy”.
  • Le patient prend ensuite rendez-vous chez un psychologue partenaire du dispositif.
  • La première séance d’évaluation coûte 40 euros.  Les séances de suivi sont à 30 euros.
  • Les séances sont remboursées par l’assurance-maladie et par les mutuelles ou assurances complémentaires. Aucun dépassement d’honoraires n’est possible.
  • Si le patient le souhaite, le psychologue et le médecin peuvent échanger des informations.

Comment trouver un psychologue et être remboursé ?

Il suffit de taper dans le moteur de recherche le nom de votre commune. “Mon psy”  vous donnera les coordonnées téléphoniques et adresses électroniques des psychologues participant à l’opération.

Plus de 1.300 praticiens étaient candidats à une inscription sur la plateforme monpsy. sante.gouv.fr à la veille du lancement, a indiqué l'entourage du ministre de la Santé Olivier Véran.

Le ministère a prévu une enveloppe de 50 millions d'euros pour financer le dispositif pendant l'année 2022, ce qui correspond à la prise en charge de 200.000 patients.

"Ce dispositif est une bonne chose, mais j’émets quelques réserves"

À  Montbéliard dans le Doubs, Rémi Fauvernier peut être consulté via la plateforme “Mon psy”. 30 euros, la séance, cela lui convient, car ce retraité exerce la psychologie en complément. “Mais 30 euros, c’est insuffisant si on doit ne vivre que de cette activité” regrette-t-il. “Depuis quelques années, 90% des patients viennent me voir par le biais des médecins généralistes, ils n’ont pas le temps d’écouter ces personnes qui ont besoin de parler” constate le psychologue. Il espère que le dispositif sera évolutif.   “Pour moi, huit séances remboursées, ce n’est pas suffisant” estime-t-il.

Un avis que partage également Edgar Tissot, président de la commission médicale d’établissement du centre hospitalier de Novillars, dans le Doubs. Il est aussi président de la commission santé mentale du Doubs. “Huit séances, ce n’est pas suffisant pour faire un travail psychothérapeutique en longueur" argumente-t-il. “Mais qu’il y ait une décision politique de mettre de l’argent public dans la prise en charge psychologique, c’est plutôt une bonne nouvelle… Cette prise en charge par l’assurance-maladie était réclamée depuis des années, cela va faciliter l’accès à des consultations remboursées” estime le pharmacien. Les centres médico-psychologiques (CMP) censés accueillir toutes les populations ont des délais d’attente de 3 à 12 mois, selon lui.

A Marchaux-Chaudefontaine dans le Doubs, où Irène Belmont reçoit ses patients, le dispositif est porteur d'espoir. "Je pense que la publicité faite autour de "mon psy" peut permettre de favoriser le passage à l'acte de la prise de rendez-vous, que cela va lever aussi des freins chez des personnes qui n'auraient pas osé aller consulter un psychologue" dit-elle. "Et puis j'ai des patients qui pour des raisons financières, interrompaient parfois leur suivi", ce remboursement des consultations est donc vécu comme une note positive. 

Ce dispositif est de la “poudre aux yeux” selon certains professionnels

Pour d'autres, l'enthousiasme est loin d'être là. Une tribune publiée le 29 mars dans le quotidien Le Monde appelle au boycott du dispositif "MonPsy", qualifié de "poudre aux yeux".

Les signataires, plus de 2.000 selon le collectif de psychologues, considèrent entre autres que le dispositif exclut les troubles les plus graves et jugent les tarifs insuffisants.

Le ministère de la Santé indique que le calcul des coûts a tenu compte de la durée moyenne d'une séance, estimée à "environ 40 minutes".

Une nouvelle fois, “cela montre que certains actes sont sous-côtés par l’assurance-maladie” argumente Edgar Tissot.

Une psychologue de Franche-Comté, contactée par nos soins, explique qu’elle s’est inscrite sur le dispositif “Mon psy”, mais elle attend de voir. “Je vais filtrer, je vais faire cela à minima dans mon activité. J’aimerais que les gens s'impliquent à minima financièrement dans une prise en charge, le tout gratuit a ses limites” pense-t-elle.

En cas d’urgence, de détresse ou de pensées suicidaires, voici des numéros pour une prise en charge rapide

  • Vous pouvez joindre le 3114, le numéro de souffrance prévention du suicide.
  • Le fil santé jeunes au 0 800 235 236 permet une écoute téléphonique tous les jours de 9h à 23h pour les 12-25 ans sur les thèmes de la santé, de la sexualité, de l’amour, du mal-être, etc.
  • SOS Amitié est également disponible au 09 72 39 40 50.