Chèques psy : en Bourgogne, étudiants et psychologues partagés quant à leur utilité

Depuis mars 2021, les étudiants peuvent bénéficier gratuitement de trois séances chez un psychologue. Initiée par le Gouvernement pour lutter contre la mauvaise santé mentale de sa jeunesse, la mesure vient d'être élargie aux enfants de 3 à 17 ans. Mais ses résultats sont mitigés. 

Depuis la rentrée universitaire de septembre 2020, le nombre d'appels d'étudiants en souffrance passés au Bureau d’Aide Psychologique Universitaire de Rennes a augmenté de 30%.
Depuis la rentrée universitaire de septembre 2020, le nombre d'appels d'étudiants en souffrance passés au Bureau d’Aide Psychologique Universitaire de Rennes a augmenté de 30%. © Maxppp / V. Meyer

Ce mercredi 14 avril, Emmanuel Macron a annoncé l'instauration d'un forfait de dix séances chez un psychologue de ville pour les enfants de 3 à 17 ans affectés par la crise. Une nouvelle aide sera donc créée en plus de celle déjà en vigueur pour les étudiants depuis le mois de mars.

 

 

Enlever le frein financier

Depuis le mois de mars, le Gouvernement a mis en place la plateforme Santé Psy Etudiants afin de permettre à chaque étudiant d'être mis en relation avec des psychologues et de pouvoir bénéficier de trois consultations gratuites.

Inscrit sur la plateorme depuis quelques semaines, le psychologue dijonnais Dian Baev n'a, pour l'heure, rencontré qu'un seul étudiant. Il se félicite néanmoins de cette aide. "Les étudiants sont un public avec des difficultés, au même titre que tout le monde. Mais généralement, ils ne sont pas nombreux à consulter parce qu'ils n'ont pas forcément les moyens financiers de le faire. Leur permettre de consulter gratuitement est une très bonne chose" expose le psychologue.

Comment obtenir un rendez-vous ?

Dans les faits, pour rencontrer un professionnel, les étudiants doivent d'abord prendre un rendez-vous chez un médecin généraliste pour bénéficier d'une ordonnance. À la suite de cela, ils peuvent prendre rendez-vous via la plateforme. En Bourgogne, seize spécialistes sont inscrits. À l'issue des trois séances, l'ordonnance est renouvelable pour de nouvelles séances gratuites.

Si cette démarche a été critiqué le syndicat national des psychologues lui-même, dénonçant le "rabais des consultations psychologiques", la professionnelle ne l'entend pas comme cela. "C'est vrai que l'on est très mal rémunérés, mais on ne fait pas cela pour l'argent" tempère Sonia Knitter, psychologue spécialisée des publics en jeune âge.

La psychologue constate que cette aide gratuite et renouvelable a permis à des étudiants "qui ne l'auraient jamais fait" de consulter un psy. Parmi les patients qu'elle a pu rencontrer, Sonia Knitter retient les nombreux maux liés à l'isolement que les étudiants lui ont confiés. " Cette situation est dramatique, ils ne peuvent pas sortir, certains ne mettent pas de visage sur les noms de leurs camarades de promotion. Socialement c'est très compliqué, cela fait un an qu'ils souffrent".

Une action saluée mais insuffisante pour les syndicats étudiants

Mais du côté des étudiants, cette décision, bien que saluée laisse les syndicats partagés.

"C'est une mesure que l'on trouve intéressante et qui était nécessaire au vu de la situation. Malheureusement, c'est une situation temporaire et insuffisante" expose Louis Octobon, le responsable des relations publiques de la FEBIA (Fédération Étudiante de Bourgogne Inter-Associative).

" On veut un amphi, pas un psy"

Pour Gauthier Maimbourg, le président de l'UNI (Union Nationale Inter-Universitaire) en Bourgogne, cette démarche aurait pu être évitée si le Gouvernement avait répondu favorablement aux demandes de réouvertures des amphis, le cheval de bataille de son syndicat classé à droite.

" C'est très bien de venir en aide aux étudiants, surtout en cette période très compliquée comme chacun le sait, mais notre position est très partagée sur cette question. Récemment, on a communiqué avec le slogan "On veut un amphi, pas un psy", parce que l'on estime que cette aide psychologique gratuite ne fait qu'éteindre un incendie que le Gouvernement a alimenté en tenant les étudiants éloignés des universités" explique Gauthier Maimbourg.

De plus, syndicats comme professionnels de santé s'interrogent sur la pérennité de cet accompagnement. "C'est vrai que ce n'est pas adapté pour proposer un suivi sur le long terme, reconnaît Sonia Knipper. On doit se contenter d'aller en surface, on ne peut pas revenir sur la petite enfance des personnes. C'est beaucoup d'échange, d'écoute mais aussi de conseil" conclut-elle. Toutefois, la psychologue, tout comme son homologue Dian Baev, se félicite de la nouvelle aide accordée aux enfants qui souhaiteraient rencontrer un psychologue.

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