Covid-19 : "On est mis de côté par le gouvernement", des étudiants demandent leur retour à l'université

Depuis septembre, les étudiants francs-comtois n'ont eu que sept semaines de cours en présentiel. Malgré les annonces d'Emmanuel Macron début décembre, la réouverture des universités semble bien compliquée en Franche-Comté comme ailleurs.  Deux pétitions d'élèves demandent leur retour en cours. 

Université de Franche-Comté : la difficile reprise des cours en présentiel
Université de Franche-Comté : la difficile reprise des cours en présentiel

Cela fait deux mois et demi que Célia Houberdon est rentrée chez ses parents en Bourgogne. En ce lundi de rentrée universitaire, la jeune femme n'est pas revenue dans son studio bisontin. Elle s'est réinstallée devant son ordinateur pour suivre sa formation. Cet après-midi, un des cours a été annulé à la dernière minute. L'enseignant pensait que les cours étaient de nouveau en présentiel ! 

Si le Président de la République Emmanuel Macron avait annoncé cette reprise possible lors de son interview à Brut début décembre, la réalité du terrain démontre qu'on en est loin. Emmanuel Macron avait alors déclaré « tout faire » pour rouvrir les facultés en tout début d’année. D'abord, par les travaux dirigés (TD) puis les cours en « demi-amphithéâtre ». Le premier ministre, Jean Castex, avait par la suite détaillé l'annonce présidentielle : les enseignements en présentiel pour « des étudiants ciblés » pourraient reprendre début janvier, l’échéance étant fixée au 20 janvier pour tous les autres. Enfin à la mi-décembre, la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Frédérique Vidal avait annoncé aux présidents d'universités que "dès la semaine du 4 janvier, vous pourrez accueillir sur convocation les étudiants nouvellement entrés dans l'enseignement supérieur en situation de grande vulnérabilité".
En ce 4 janvier, jour de rentrée pour le monde enseignant après les vacances de fin d'année, ces annonces ont du mal à se concrétiser.

En septembre dernier, Célia Houberdon arrivait à Besançon pour commencer une licence pro spécialisée en protection et valorisation du patrimoine historique. Une promotion de 15 étudiants et des cours dans le centre historique de Besançon ! Mais après une rentrée masquée, le deuxième confinement a chamboulé le quotidien de Célia comme celui de nombreux jeunes. 

Depuis le 29 octobre, finie la vie étudiante ! Les cours s'enchaînent à distance et la déprime guette la jeunesse. D'où la pétition lancée le 28 décembre pour revenir en cours par Célia Houberdon. 

Cette pétition est adressée à l'université de Franche-Comté. Dans les faits, les universités ne peuvent qu'appliquer les décisions ministérielles. 

L'université de Franche-Comté, nous précise qu'elle a bien reçu le 20 décembre, une circulaire du ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation (MESRI) "prévoyant une reprise progressive des enseignements dans les établissements d'enseignement supérieur" à partir du lundi 4 janvier. 

Comme indiqué par le premier Ministre en décembre, "cette première phase de reprise pourrait être mise en oeuvre par l'accueil sur convocation de groupes de 10 étudiants. Le public concerné étant les étudiants les plus fragiles (fracture numérique, étudiants de première année ou encore en difficultés pédagogique)". Les Universités auront donc à identifier ces étudiants. 

Le maintien des cours à distance est une "abérration" selon Christian Viéron-Lepoutre, bibliothécaire à l'université et membre du syndicat FSU. Il souligne l'inégalité de traitement entre les étudiants en classe prépa et en BTS qui peuvent continuer à venir en cours alors que ceux inscrits à l'université sont condamnés aux visioconférences. Une épreuve pour ces étudiants.

Ce lundi, nous avons rencontré Thibault et Manuella sur le campus de la Bouloie à Besançon. Ils étaient venus passer un partiel. Pour eux, il est aussi urgent de revenir en cours. 

On enlève tout le côté humain. C'est assez dur d'être tout seul tout le temps. Manger là où on travaille. On dort, on fait tout au même endroit, à la même place. C'est assez dur

Thibault, étudiant à Besançon

C'est ce qu'a voulu exprimer un autre étudiant qui a contacté la rédaction de France 3 Franche-Comté. Engagé politiquement auprès du Rassemblement National, Jean-Baptiste Batifoulier a lui aussi mis en ligne une pétition pour appeler à la réouverture des universités. Cet étudiant de la Faculté de droit, éco, gestion, AES de Besançon, estime que "Les étudiants de France ne veulent pas être les sacrifiés de l’épidémie. Nous voulons étudier dans des conditions normales et nous réclamons l’ouverture des universités au début du mois de janvier 2021". 

Pour Célia Houberdon,  le retour prioritaire d'une dizaine d'étudiants le plus rapidement possible"c'est bien, c'est une avancée mais c'est compliqué de faire le tri !" . L'étudiante demande, elle, le retour de tous les étudiants en cours.

Quant à l'université de Franche-Comté, la direction indique que "la période des congés et les périodes d'examens conduisent les universités à une mise en place dès que possible mais vraisemblablement pas pour cette semaine pour ce dispositif. L'université de Franche-Comté s'organise pour mettre en oeuvre cette circulaire et a lancé auprès de ses différentes facultés et écoles une campagne d'identification des publics les plus fragiles. Une adaptation de ce dispositif est nécessaire en fonction des spécificités des différentes formations et facultés. Pour l'instant, les enseignements continueront de se tenir à distance comme depuis début novembre et en présentiel pour les enseignements spécifiques autorisés par le recteur (TP) qui ne peuvent avoir lieu à distance."

L'université précise avoir "identifier des tuteurs pour assurer un accueil en présentiel ou un accompagnement à distance d'étudiants de première ou seconde année et va en parallèle s'assurer de la mise en place de campagne de test (tester, alerter, protéger). Ces campagnes permettront de briser les chaines de contamination et ainsi assurer une réelle reprise des enseignements".

Pas de reprise en présentiel dans l'immédiat

Des universités ont fait le choix clair de ne pas reprendre tout de suite. A Toulouse 2, dans un mail du 17 décembre, la présidence de l'université a annoncé aux étudiants que les enseignements en distanciel le resteront pendant le mois de janvier. Et à Saint-Etienne, un responsable de département de l'université a expliqué, sous couvert de l'anonymat, que "la reprise des cours en présentiel, individualisée au profit des publics les plus fragiles annoncée par la ministre était très difficile à mettre en oeuvre compte-tenu des grosses masses d'étudiants et des faibles moyens dont dispose l'Université". Même constat à Rennes 2, où la direction s'est dite dans un mail consciente "qu'une reprise en présentiel est attendue de toutes et tous". Mais, ajoute-t-elle, "sans garantie de pouvoir la mettre en oeuvre dès la rentrée, et compte tenu de la fatigue des personnels et des étudiant·e·s, nous ne souhaitons pas annoncer un nouveau dispositif susceptible d'être annulé au dernier moment". L'université table donc sur une reprise de l'ensemble des cours, en présentiel, le 1er février.
    D'ici là, la France devrait accélérer sa campagne de vaccination. Vendredi, le nombre de nouveaux cas de Covid enregistrés sur 24 heures a été de 19.348, quasiment le même nombre que la veille (19.927). Toujours bien loin de l'objectif gouvernemental de descendre à 5.000 cas par jour.
 

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