Entre anarchisme, critique de la propriété et misogynie, qui était Pierre Joseph Proudhon ?

Le 15 janvier, c'est l'anniversaire de la naissance de Proudhon. L'occasion de revenir sur la vie et la pensée de ce célèbre penseur né à Besançon (Doubs).

Précurseur de l’anarchisme, député à l’Assemblée nationale, ennemi du futur Napoléon III, on ne connait généralement de lui que cette citation : “La propriété, c’est le vol”. Et encore, sait-on vraiment ce qu'elle signifie ? 

Pierre-Joseph Proudhon nait à Besançon dans une maison du quartier populaire de Battant le 15 janvier 1809. Il meurt le 19 janvier 1865 à Paris. Issu d’un père tonnelier et d’une mère cuisinière, il est l’un des rares théoriciens révolutionnaires du XIXᵉ siècle ayant des origines populaires.

Brillant élève, il est notamment contraint d'arrêter ses études à la suite de la faillite des affaires de son père. À 19 ans, il intègre l'imprimerie Gauthier de Besançon pour devenir ouvrier typographe. Et 1836, il fonde même une petite imprimerie dans la ville, mais l'entreprise ferme rapidement. Il ne quitte sa ville de naissance pour Paris qu'en 1838. Il est alors âgé de 29 ans. 

Le penseur est connu pour avoir donné naissance au mutuellisme, concept qui désigne sa vision de l'anarchisme. Il a aussi réalisé une vive critique de la propriété. Et il n’a pas hésité à mettre en application ses idées. Lorsqu’il était député, il redistribuait ce qu’il gagnait aux plus démunis. À la fin de sa mandature, il était aussi pauvre qu’au début. Pourtant, il y avait un point aveugle dans sa pensée : une misogynie radicale. 

Le mutuellisme 

Proudhon propose une société sans État. Selon lui, la société peut parfaitement s’organiser d’elle-même sur la base de la liberté d’association et le principe économique de l’échange. Sur ce socle, la société peut sécréter elle-même son propre ordre. Elle n’a pas besoin d’un ordre établi par l’État. Il rejette à la fois le capitalisme et le communisme. 

Le penseur adopte le terme de mutuellisme pour désigner son idée de l’anarchisme. Le mutuellisme promeut des relations économiques devant être aussi égales que possibles. Ce système est en totale opposition à la loi capitaliste de l’offre et de la demande. Les parties ne doivent pas chercher à obtenir le maximum ou le minimum d’un produit par spéculation sur les besoins de l’autre.

Pour Proudhon, le mutuellisme implique le contrôle des moyens de productions par les travailleurs. Concrètement, les artisans et les paysans devraient échanger leurs produits sur un marché. Les usines et autres grands lieux de travail devraient être dirigés par des syndicats élus par démocratie directe. 

“La propriété, c'est le vol”

Proudhon affirme dans Qu’est-ce que la propriété ? que 200 travailleurs peuvent dresser un obélisque en quelques heures alors qu’un homme seul n’aurait pas pu le faire en 200 jours. Si ces travailleurs réussissent à dresser l’obélisque, c’est parce qu’ils travaillent collectivement. 

Le capitalisme rétribue chacun de ces travailleurs individuellement. Il vole donc le surplus de valeur produit collectivement. La propriété est l’appropriation par un individu de ce travail collectif. Pour le théoricien, c’est du vol.

 

Proudhon fait pour autant la distinction entre propriété et possession. La possession ne permet pas d’abus. Elle repose sur le droit naturel de chaque homme à l’occupation d’un espace qui suffise à sa subsistance. Le penseur condamne ainsi la propriété d’un champ loué à un fermier, mais soutient que le champ doit appartenir à celui qui le cultive. 

Une misogynie assumée

Proudhon était persuadé qu’une femme était intellectuellement incapable. Pour lui, la femme était soit une courtisane, soit une ménagère. Il se montre particulièrement conservateur à l’égard des femmes libres, comme George Sand dans son ouvrage De la justice dans la Révolution et dans l’Église. 

Lorsque Jeanne Deroin, socialiste française, décide de porter sa candidature aux élections législatives de 1849 pour dénoncer l’inégalité du suffrage universel, Proudhon écrit dans les colonnes du Peuple paru le 12 avril 1849 : “L’égalité politique des deux sexes, c’est-à-dire l’assimilation de la femme à l’homme dans les fonctions publiques est un des sophismes que repousse non point seulement la logique, mais encore la conscience humaine et la nature des choses [...] Le ménage et la famille, voila le sanctuaire de la femme”.