Eric Alauzet : “Nicolas Hulot, c'était notre meilleur atout”

© Vincent Isore - maxPPP
© Vincent Isore - maxPPP

Le député du Doubs a appris depuis l'étranger la démission de Nicolas Hulot du ministère de l'écologie. "Je suis bouleversé par cette démission", nous a confié l'élu bisontin au téléphone. 

Par Sophie Courageot

Il a appris la nouvelle vers midi heure française. Depuis New-York où il s'apprête à prendre un avion qui le ramène en France, Eric Alauzet ancien élu écologiste accuse le coup. 

"Je ne m'attendais pas à cette démission de Nicolas Hulot. A force de crier au loup sur son possible départ... je pensais qu'il allait tenir. Il y a quelques semaines encore, il nous confiait que les vacances pour lui ce serait dans cinq ans. Je sais qu'au fond de lui il était tiraillé" explique le député du Doubs.  

Pour Eric Alauzet, la démission de Nicolas Hulot va au delà du simple débat politique. Le gouvernement d'Emmanuel Macron est-il allé assez loin dans les mesures pour l'environnement ? Réponse d'Eric Alauzet, militant écologiste de longue date au sein d'EELV : "S'il s'agissait de convaincre le Président de la République, ce serait simple. Mais c'est la société qui n'est pas prête" confie-t-il prenant comme exemple la correction de la trajectoire carbone qui a fait augmenter le prix des carburants. "On a gagné sur l'idée de l'écologie, mais quand il faut passer à la pratique, c'est autre chose" formule le député. 
 


Sans être un proche de Nicolas Hulot, Eric Alauzet explique qu'il voyait régulièrement Nicolas Hulot et son équipe tous les 15 jours. "Je suis bouleversé par son départ. C'était notre meilleur atout. Ca va être encore plus dur de faire passer des mesures. Je plains son successeur."

Eric Alauzet ne s'imagine pas un instant être celui qui pourrait succéder à Nicolas Hulot. "Je n'y pense même pas" lâche-t-il depuis les Etats-Unis. 

Eric Alauzet, a rejoint la République en Marche d'Emmanuel Macron. Il est l'unique député d'Europe Ecologie Les Verts a ouvert été réélu en 2017 . "Bien sûr que la démission de Nicolas Hulot va fragiliser notre mouvement, de par sa personnalité. Bien sûr, je ne suis pas bien depuis l'annonce de sa démission. Maintenant, il va falloir du temps pour que je mesure tout cela" explique Eric Alauzet sollicité par de nombreux journalistes. 

Après la démission surprise de Nicolas Hulot, Edouard Philippe a annoncé mardi qu'il ferait "des propositions" dans les "jours qui viennent" à Emmanuel Macron "s'agissant de la composition du gouvernement". Un conseil des ministres se tiendra vendredi matin à l'Élysée, suivi du séminaire gouvernemental de rentrée.

 

Le communiqué de presse d'Eric Alauzet

Plusieurs heures après notre interview par téléphone, Eric Alauzet a publié un communiqué sur sa page Facebook. 

Comme toutes et tous j’ai appris ce matin, avec un certain étonnement et une énorme tristesse, la décision de Nicolas Hulot de quitter le Gouvernement. Je respecte le choix personnel mais fortement symbolique de celui qui est le meilleur ambassadeur de l’écologie et de la biodiversité dans notre pays.
Je ne peux que constater les contraintes politiques auxquelles Nicolas Hulot – comme tous ses prédécesseurs à ce poste – était confronté. L’agenda politique se construit le plus souvent autour d’une succession d’exigences et d’urgences quotidiennes qui fréquemment relèguent la question écologique. Elles imposent une vision de court terme peu propice à la réalisation d’une feuille de route durable pour les questions environnementales et climatiques. C’est une logique qui enferme la société toute entière comme l’explique Nicolas Hulot et qui ne favorise pas l’action individuelle et collective. Il nous faut changer de paradigme et vite !
Si la « politique des petits pas » comme l’a souligné Nicolas Hulot est une réalité, des mesures concrètes ont néanmoins été prises lors de la première année de cette mandature. Je tiens à rappeler et saluer ici le projet d’inscription de la protection de l’environnement, de la diversité biologique et de la lutte contre le changement climatique à l’article 1er de notre Constitution ; l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes qui a permis de préserver la biodiversité du site ; une programmation réaliste de réduction du parc nucléaire ; la généralisation du chèque énergie pour les ménages précaires d’un montant moyen de 150 euros et bientôt 200 euros permettant de payer les factures d’énergie ; l’objectif de 50% de produits bio ou locaux dans la restauration collective à l’horizon 2022 ; la convergence des taxes entre le diesel et l’essence ; et surtout la « trajectoire carbone » qui constitue l’acte essentiel en faveur de la transition énergétique.
Les atteintes à l’environnement et au climat sont désormais irréversibles et il nous faut agir toutes et tous en conséquence. L’été caniculaire, les violents incendies en Suède et en Californie ou encore la fissuration de la plus ancienne et plus épaisse mer de glace d’Arctique sont autant événements qui s’accumulent et qu’on ne peut plus ignorer. La prise de conscience est là, il faut désormais faire de ces questions une priorité absolue. Le temps presse : il faut agir collectivement, fortement, maintenant !

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