Guerre en Ukraine : de Besançon à Lviv, quand la danse est un vecteur de solidarité

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Il y a moins d’un mois, quand la Russie a envahi l’Ukraine, la danseuse Jeanne Morel, originaire de Besançon est entrée en contact avec la directrice d’une école de danse et de yoga à Lviv, la principale ville de l’Ukraine occidentale, épargnée par les attaques jusqu'à ce vendredi 18 mars. Durant la guerre, l’école s’est transformée en camp d’accueil pour des réfugiés (principalement des danseuses) et leurs enfants. On y apprend à danser et à se défendre.

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Quand on demande à Elena Pikhulya comment elle va, sa première réponse est : "nous sommes très occupées". Depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie, cette professeure de yoga et ses collègues ont transformé l'école de danse et de yoga où elles enseignaient à Lviv en centre d'accueil pour réfugiés. Au début, il s'agissait surtout de faire venir d'autres danseuses et leurs enfants dans cet espace de 600 m2, situé dans une ville épargnée par les attaques russes jusqu'à ce vendredi 18 mars, où une usine, située près de l'aéroport, a été visée par des missiles.

Petit à petit, d'autres personnes sont arrivées, "des amis, de la famille, des amis de la famille, etc.", détaille Elena Pikhulya. Jusqu'à 200 personnes ont logé là, soutenues par une vingtaine de volontaires. Aujourd'hui, ils sont encore environ 80 à vivre dans l'école. 

Un lieu d'accueil et d'ateliers

Grâce aux danseuses, aux enseignantes de yoga présentes sur place et à certains des réfugiés, des ateliers se sont rapidement créés, pour les adultes comme pour les enfants. "Nous donnons des cours d'auto-défense, des formations aux premiers secours, de yoga, etc. Nous introduisons des méthodes de relaxation et de renforcement de l’esprit qui peuvent être d’une grande aide en ce moment.” 

C’est une façon, aussi, d’occuper les enfants : “ils sont nerveux, pleins d’énergie, mais ne comprennent pas tout à fait ce qu’il se passe”, raconte la professeure de yoga. “Danser, dessiner, cela les distrait, les aide à gérer leurs émotions, et ça aide aussi leurs parents”

C’est la danse qui a rapproché la danseuse originaire de Besançon Jeanne Morel, d’Elena Pikhulya, mais aussi de Nataliia Mogolivets, son associée et la directrice de l’école.  

Habituée des milieux extrêmes, de l’apesanteur, autant que des actions solidaires, Jeanne Morel est membre du Conseil international de la danse à l’Unesco depuis un an. “Je les ai contactés le 24 février après l’annonce de la guerre pour savoir ce que je pouvais faire pour mes consœurs. Ils m’ont mise en relation avec mon homologue ukrainienne, Nataliia”, relate-t-elle. 

En contact régulier avec les danseuses sur place, Jeanne Morel se demande comment aider. Ses consœurs ne souhaitent pas quitter le pays. Même depuis l'attaque du 18 mars, à 4km de l'école de danse. Elles ont déjà ce qu’il leur faut en termes de vêtements et de nourriture.

Ce dont elles ont besoin, c’est d'argent. Pour payer le chauffage de l’école, notamment, alors qu’elles ne peuvent plus gagner leur vie en travaillant. Mais aussi pour nourrir et soigner les personnes qu’elles accueillent. L’école a également des activités caritatives hors de sa structure. 

Une cagnotte de soutien

La danseuse française lance alors une cagnotte en ligne*. Des gens donnent depuis la Chine, Taïwan ou New York, l’initiative va au-delà de son propre réseau.

En parallèle, un groupe international se met en place sur les réseaux sociaux avec des opéras, des compagnies de danse, des écoles, pour trouver des contrats à celles qui souhaiteraient partir. “Quitter son pays sans rien peut aussi s'avérer dangereux”, souligne Jeanne Morel. 

“J’ai peur pour les femmes, j’ai peur pour les enfants, dit-elle. Dans les camps des pays voisins il y a des actions humanitaires mais il y a aussi d’horribles réseaux de proxénétisme et pornographiques. Pour eux, c'est une aubaine toutes ces jeunes femmes.” 

Tout est prêt en cas de départ

Jeanne Morel a pris contact avec des collectivités (en Bourgogne-Franche-Comté, à Paris et dans le Nord-Ouest de la France) pour prévoir l’accueil éventuel de familles. “Les bus sont prêts, les chauffeurs sont prêts, les maisons, les jardins, les écoles sont prêtes mais pour l’instant, mes consœurs me disent “non, nous on reste.”” 

La danseuse n’en est pas moins admirative du “havre de paix” qu'elles ont créé en quelques jours à peine. “Je crois que la danse a toujours été un lien. Un lien entre les êtres, les peuples, avec la terre, peut-être aussi. J’ai rejoint l’Unesco pour cela. Pour défendre ce lien, au-delà du langage. Ce ballet universel. Plus que jamais, aujourd’hui, je suis convaincue du pouvoir de la danse - de l’art en général. Celui de donner à voir la beauté du monde, au-delà de la folie des hommes.” 

Elena Pikhulya veut défendre ce pouvoir depuis Lviv, sa ville : “que pourrions-nous faire pour notre pays si nous le quittions ? Nous avons le sentiment, en ce moment, d’avoir plus de force et de capacité d’action que les gens qui ont dû partir de chez eux. C’est notre devoir d’aider les plus faibles. Nous souhaitons rester à Lviv pour continuer à distribuer l’aide humanitaire venue d’Europe. Depuis l'attaque de vendredi près de Lviv il n'y a plus d'endroits sûrs en Ukraine. Tant qu’il y aura des choses à faire ici nous resterons.” 

*Pour participer à la cagnotte : https://www.gofundme.com/f/HELP-Ukrainian-dancers-and-their-children?utm_campaign=p_cp+share-sheet&utm_medium=copy_link_all&utm_source=customer