HISTOIRE. Qui est Maurice Baigue, ancien médecin et Juste parmi les nations auquel Besançon rend hommage ?

Publié le Mis à jour le

Samedi 25 janvier, la mairie de Besançon (Doubs) organise un hommage au docteur Maurice Baigue, à l'occasion des 70 ans de son décès. Militant socialiste, humaniste, adjoint, il a été nommé Juste parmi les nations pour avoir aidé des Juifs pendant la Seconde guerre mondiale.

Francis Rousseau est un ancien professeur d’histoire du lycée Pasteur. On le sent passionné par ce "citoyen exceptionnel" quand il évoque Maurice Baigue (1870-1953). Ses informations, il les a recueillies aux archives, municipales et départementales, notamment en consultant de nombreux journaux. Il s’est documenté également grâce aux travaux d’un autre historien, Joseph Pinard, qui a consacré un livre aux Bisontins d’exception, dont fait partie Maurice Baigue.

C'est Francis Rousseau qui est chargé d'honorer la mémoire de cet homme. La cérémonie se déroule samedi 25 janvier au cimetière des Chaprais à Besançon. Maurice Baigue y est inhumé depuis sa mort le 21 janvier 1953.

Médecin, militant et élu

Maurice, le fils d’Henri et Adèle Baigue, naît le 27 janvier 1870 à Besançon. Son père dirige une entreprise de ferblanterie qu’il a créée en arrivant de Haute-Saône. Il a un frère, Émile.

Son père, Henri Baigue, est maire de Besançon entre 1901 et 1906, il est Républicain, militant au Parti Radical Socialiste, franc-maçon au Grand Orient de France. Une rue porte d’ailleurs son nom près du Boulevard Blum à Besançon.

Le jeune Maurice suit ses traces, du moins en partie : il adhère à l’un des partis socialistes qui formeront la SFIO (Section Française de l’Internationale Ouvrière), l’ancêtre du Parti Socialiste. Il est également franc-maçon, dans la même loge que son père.

Mais, surtout, il est médecin. Dès ses 25 ans il s’installe au 23 de la Grande Rue. Très en avance sur son temps, il soigne la personne dans sa globalité, en prenant en compte le contexte familial, social… », raconte Francis Rousseau.

De plus, il est professeur d’obstétrique à l’école de médecine et médecin chef à la maternité de l’hôpital Saint-Jacques.

Sa carrière politique ? Il est conseiller général, municipal à Besançon, et même adjoint. À la mairie comme au département, il s’occupe plus particulièrement du secteur de la santé. S’il se marie avec une jeune femme professeur de lettres au lycée de jeunes filles, il se sépare rapidement de son épouse. Par la suite, Mme Baigue deviendra proviseur du Lycée Fénelon à Paris, un établissement renommé.

 "Juste parmi les nations"

Francis Rousseau veut insister sur l’homme Maurice Baigue, sa personnalité et ses qualités. "Même si je ne crois ni aux saints religieux, ni aux saints laïcs" précise-t-il dans un sourire. Il ajoute : "D’un homme, on ne peut saisir que l’écume… " Mais quand même, il dévoile de nombreux traits du caractère de ce médecin bisontin qui a marqué son temps :  

C’est une belle personne....Il avait un sens aigu de la justice. Il ne supportait pas la discrimination dont souffraient « les filles-mères » à son époque. Les mères célibataires étaient vraiment rejetée, il leur venait en aide. Même s’il est franc-maçon et fervent militant pour la laïcité, il respecte les croyances des autres.

Francis Rousseau

Il luttait contre toutes les discriminations, et il était aussi tolérant et lucide sur son temps.

Francis Rousseau

Francis Rousseau raconte : "Quand on entend les bruits de bottes qui arrivent d’Allemagne, Maurice Baigue met en garde contre le pacifisme. Et il protège et héberge des Juifs. Il intervient à la préfecture quand un père de famille juif est emprisonné et prive ainsi les siens de ressources." L'historien poursuit : "À la préfecture, en juin 1942, il demande l’honneur de porter l’étoile jaune. Il se promène au centre-ville avec Mme Blum qui, elle, est obligée de la porter." Il est même arrêté et enfermé à la prison de la Butte. Un médecin allemand, peut-être par solidarité avec ce confrère, le déclare légèrement dérangé et après 15 jours, il est libéré.

Francis Rousseau, admiratif du comportement de ce citoyen pas comme les autres, renchérit : "Il protège et héberge des Juifs. Au moins une personne, le jeune André Blum, 16 ans, qu’il a mis au monde, qu’il cache avant qu’il puisse passer en Suisse…. Il en a hébergé peut-être plusieurs. On ne sait pas. C’est la raison qui fait que son nom est inscrit comme "Juste parmi les nations" au Mémorial Yad Vashem de Jérusalem."

Besançon lui rend hommage

La vie et les actions de Maurice Baigue seront donc évoquées par Francis Rousseau lors de la cérémonie au cimetière des Chaprais où il est inhumé avec sa mère. La municipalité a tenu à rendre hommage à ce citoyen hors normes. Déjà, en 2010, son prénom a été ajouté sur la plaque de rue qui porte le nom de son père.

Venant en aide à beaucoup de personnes dans la misère, Maurice Baigue a terminé lui-même son existence dans un grand dénuement. "Il a beaucoup distribué" explique Francis Rousseau. Sa situation financière a été compliquée : il avait vendu sa maison en viager mais ses revenus ne valaient plus grand-chose à cause de l’inflation. La municipalité lui a même accordé une petite pension sur la fin de ses jours.

Sur sa tombe, au cimetière des Chaprais, sont gravées ses dates de naissance et de décès, 1870 et 1953 et une inscription qu’il avait lui-même exigée : "Maurice Baigue homme du peuple".

Tous les jours, recevez l’actualité de votre région par newsletter.
France Télévisions utilise votre adresse e-mail pour vous envoyer la newsletter de votre région. Vous pouvez vous désabonner à tout moment via le lien en bas de ces newsletters. Notre politique de confidentialité