Occupation des Vaîtes à Besançon : où en est-on, un mois après ?

Depuis un mois, des militants écologistes occupent les terrains des Vaîtes pour s'opposer à la construction d'un écoquartier comprenant 1150 logements, projet porté par la municipalité depuis de nombreuses années. Là-bas, la vie s'organise désormais collectivement. On fait le point.
Le Jardin des luttes, au coeur des Vaîtes.
Le Jardin des luttes, au coeur des Vaîtes. © Sophie Hienard
La Vigie, tour en bois de huit mètres de haut, trône toujours fièrement dans le quartier des Vaîtes, à Besançon. Cela fait un mois jour pour jour que l'occupation de ce bout de verdure bisontin a débuté. Les militants d'Extinction Rebellion et d'Action-Non-Violente Cop21 ont réussi leur coup : occuper de manière pérenne une "zone à défendre". Au fil des semaines, ils ont été rejoints par des sympathisants, des riverains, des acteurs associatifs, des citoyens ou encore d'autres militants écologistes. Un mois après, fini les distinctions et les étiquettes. Désormais, ils sont tous "des occupants de la vigie". 

Depuis le 17 juin, le campement a pris forme. La vie s'est organisée, différemment, collectivement. Un petit bout du monde d'après, dont certains rêvaient en secret, a poussé par ici. La démocratie y est participative et les décisions sont prises de manière horizontale. Au départ, une assemblée générale était organisée tous les soirs pour décider des chantiers à mener et de la forme à donner à l'occupation. Dorénavant, les réunions ont lieu tous les trois jours.

"On a un soutien assez phénoménal"

"On a une cuisine d'extérieur avec un poêle à bois et un four. Tous les jours on fabrique tout ce qu'on peut. On a une agora. On a aussi un frigo, mais on ne le branche pas. On ne se sert pas de l'électricité sur le campement. Les riverains nous emmènent des bouteilles d'eau glacée et on fonctionne comme ça" nous détaille Muriel. Cette infirmière est l'une des occupantes les plus assidues des Vaîtes. Elle passe désormais le plus clair de son temps sur place. "On est minimum six à être toujours là" confirme-t-elle.

Des riverains oeuvrent toujours pour faciliter le quotidien des occupants. "On a un soutien assez phénoménal des riverains. Par exemple, des dames viennent tous les jours cuisiner pour nous. Des légumes nous sont offerts. On en a toujours qui passent nous voir" s'enthousiasme Muriel. Et d'ajouter : "On a eu un ou deux mécontents qui sont passés évidemment. On a dialogué avec bienveillance avec eux pour comprendre pourquoi ils étaient contre cette occupation. Et on leur a expliqué le but de cette action, en bonne intelligence."

Depuis le début du mois de juillet, plusieurs événements ont été organisés aux Vaîtes. Ce 17 juin, les occupants de la vigie organisent une "Fête des luttes" avec des concerts, chorales, crieurs publics, pique-nique partagé et visite des jardins. 
Aux Vaîtes, on cultive son jardin dès le plus jeune âge
Aux Vaîtes, on cultive son jardin dès le plus jeune âge © C.Jeannin
La tour en bois a été érigée à un endroit stratégique, dans le but de résister à un potentiel délogement par les forces de l'ordre. Pour l'instant, les occupants des Vaîtes ont été laissés tranquilles. Leur stratégie fonctionne.

Et cerise sur le gâteau, le Conseil d'Etat a donné raison aux associations Les Jardins des Vaîtes et France Nature Environnement 25-90 concernant la suspension des travaux aux Vaîtes. Le chantier des Vaîtes ne reprendra pas, avant une prochaine décision du tribunal administratif de Besançon.

Et maintenant ?

En un mois, des choses ont évolué dans la capitale bisontine. Jean-Louis Fousseret a passé le relais à une maire écologiste, Anne Vignot pour les six années à venir. Cette dernière est venue sur le terrain des Vaîtes deux jours avant les élections municipales. Depuis, il n'y a eu aucun contact probant entre les deux parties. L'équipe municipale a essayé d'entrer en contact avec certains occupants mais sans passer pour l'instant par l'organe démocratique mis en place par les militants écologistes. 

"Si Anne Vignot ou son équipe veulent communiquer avec nous, ils doivent passer par l'Assemblée générale" explique Charlotte, jeune bisontine très impliquée dans l'occupation. "Maintenant, on attend qu'Anne Vignot affirme l'abandon total du projet de construction d'un écoquartier aux Vaîtes. On ne veut pas d'une réévaluation du projet. C'était l'objectif de départ et il est toujours le même" conclut-elle.
Militantes et militants comptent bien rester : une charte pour des règles de vie commune a été établie.
Militantes et militants comptent bien rester : une charte pour des règles de vie commune a été établie. © Sophie Hienard

Dans un communiqué diffusé ce vendredi 17 juillet, la Ville de Besançon "rappelle que l’occupation de ce terrain, propriété de Territoire 25, est illégale. Au-delà, la « vigie » construite ne respecte aucune norme de sécurité et constitue un vrai danger. Une chute entraînant une blessure depuis cette vigie engagerait la responsabilité de Territoire 25. C’est pourquoi, le cabinet de la Maire a cherché à établir un contact avec ANV-COP21 et XR (Extinction Rébellion). Si l’ANV-COP21 a accepté de désigner un représentant, XR s’y ait refusé jusqu’à présent. La ville de Besançon demande la déconstruction de cette tour dangereuse afin d’éviter d’exposer inutilement à un danger toutes celles et ceux, notamment les enfants, qui peuvent venir sur cette zone et les militants du collectif".

"Ce préalable posé, la discussion pourra s’engager"
termine le communiqué.

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