RÉCIT. Coronavirus : "Le virtuel, ce n’est pas la classe !", la journée d'une collégienne face à l'enseignement en ligne

A Besançon (Doubs), Erin et sa maman ont goûté lundi 16 mars, aux premières joies (et bugs) de la classe à la maison. Elles nous racontent leurs premiers pas dans le classe à la maison à distance. Cela ira sans doute mieux au fil des jours !

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Image d'illustration © Pixabay
« Je n’ai jamais été aussi en avance à un cours… » s’amuse, le sourire en coin, cette jeune collégienne de 16 ans.


Il est 13h30. Assise devant l’ordinateur de la maison, Erin, 13 ans, clique sur le lien envoyé plus tôt par son professeur de français via le logiciel Pronote, le canal de communication habituel avec l’établissement qu’elle fréquente normalement. Pronote, c’est la bible : les élèves s’y connectent quotidiennement pour y trouver des consignes pour les devoirs, les avis aux familles, le menu de la cantine. Mais ça, c’était avant ! Il n’y a plus ni cantine, ni cours, ni collège qui tiennent, jusqu’à nouvel ordre…
 

La collégienne était devant sa télé lorsque le président de la République a annoncé jeudi dernier la fermeture générale des établissements scolaires. Comme ses frères, elle a sauté de joie à l’idée de ces vacances inopinées. L’euphorie retombée, elle réalise aujourd’hui que la mesure pourrait coûter cher. Et puis cette expérience de classe à domicile, ça lui plaît bien. Pas besoin de porter un cartable, de passer de salles en salles, de se tenir bien. Un paquet de gâteaux sur le bureau, le chien couché sur les pieds, tout cela s’annonce passionnant ! Et beaucoup plus original que les devoirs envoyés par mail que son frère doit faire dans la chambre d’à côté !


"Finalement, c’est moins bien qu’en classe, on ne peut même pas se parler ! »


Sur l’écran, la silhouette de son avatar est rejointe par d’autres. L’ordinateur bipe à chaque nouvelle connexion. Il y a Léonie, Candice, puis Enguerran. « Finalement, c’est moins bien qu’en classe, on ne peut même pas se parler ! » Au total 17 élèves sont en ligne sur 30. Le téléphone posé à côté du clavier n’en finit pas de vibrer. Les messages des copains affluent. « Cc t’as fait comment  ? » « C nul ça marche pas »  «  Je clique sur le lien mais y a rien  ! » L’absentéisme du jour est à mettre sur le compte d’un gros bug. Le système est peut-être saturé. Après tout, il y a 12 millions d’élèves privés de classe dans toute la France. Le virtuel a ses limites.

14h00, le professeur se connecte enfin. Un visage à contre-jour et une voix : « Bonjour, je vois qu’il y a déjà du monde connecté. Vous m’entendez ? Est-ce que vous me voyez ? » Le « oui madame ! » de la collégienne se perd dans les méandres de la technologie. Visiblement, il n’arrive pas jusqu’aux oreilles de l’enseignante qui répète sa question, en boucle. En bas de l’écran, une icône permet aux élèves de lever virtuellement la main, un peu comme en classe, version désincarnée. Erin coche la case, comme ses amis présents en ligne. Rien ne se passe. Déconnexion !

14H30, les minutes se traînent. Un peu comme quand on attend la sonnerie de la récré de l’après-midi, à ceci près que le cours n’a toujours pas démarré. Le professeur s’est reconnecté. « Il me semble que j’ai entendu l’un de vous. Je vois que vous levez la main. Pouvez-vous cocher la petite bulle en bas à droite pour voir si ça marche ? » La collégienne s’exécute en vain. Le cours de français tourne  au monologue. Déconnexion !


"Oui, madame, je vous vois, je suis là"


14h45, avachie sur sa chaise, Erin clique régulièrement mais sans conviction sur l’icône pour lever la main tout en répétant « oui, madame, je vous vois, je suis là ! ». Un à un, les élèves quittent le groupe faute de se faire entendre. Même le professeur finit par jeter l’éponge après un combat héroïque contre les éléments. Fin de la séance, déconnexion finale !

Déçue, la collégienne remballe stylo et cahier. Sa première expérience de classe désincarnée est un fiasco. Mais son professeur de français ne restera pas sur un échec qui propose via Pronote de retenter le coup demain matin à 9h. Bon, c’est toujours mieux que d’aller en classe pour 8h. Mais quand même, Erin se demande si ça ne commencerait pas à lui manquer un peu cette  joyeuse et insouciante promiscuité avec les autres...
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