"Rock the Citadelle" : Besançon ville rock racontée dans un livre par ses habitants

Sam Guillerand, guitariste, bassiste et critique musical, publie Rock The Citadelle, aux éditions Mediapop. Un livre consacré à Besançon, ville rock racontée par les Bisontins qui ont participé à faire vivre cette culture de 1970 à nos jours.

C’est l’histoire d’une adolescence qu’on ne parvient pas tout à fait quitter. Une adolescence que l’on cherche, peut-être, à revivre à travers les chansons, les livres, les longs-métrages, qui nous inspiraient alors. Une adolescence que Sam Guillerand lie avec Besançon. Ce Comtois, devenu parisien depuis peu, publie Rock The Citadelle, aux éditions Mediapop, ce 21 avril 2023. Un texte de plus de 400 pages, regroupant 87 récits de Bisontins et Bisontines, qui ont participé à la culture rock de la capitale comtoise depuis les années 1970 à nos jours.

« Une histoire orale »

Ce livre, c’est le troisième d’une série de « [ses] primitives culturelles », comme aime l’expliquer ce guitariste et bassiste, critique musical et créateur de fanzines. Après Hey You ! sur le groupe punk rock français Burning Heads ou encore Enjoy The Violence sur la scène du metal extrême français Thrash/Death, Sam Guillerand a choisi de dédier un livre à Besançon, « la ville qui [l’a] nourri pendant plus de deux décennies ».

Le thème de l'adolescence semble en effet émailler le livre, une période intrinsèquement liée au rock, musique comme culture. C'est aussi de cette manière que le journaliste et musicien, Lester Bangs, définit cette culture : « Le rock parle avant tout des débuts, de la jeunesse, de l’hésitation, et de la façon d’y grandir et d’en sortir. […] C’est fondamentalement une musique adolescente, qui reflète les rythmes, les préoccupations et les aspirations d’un groupe d’âge très spécialisé. Il ne peut pas grandir. »

Comme pour ses deux précédents ouvrages, de nombreux objets tels que des affiches, des tickets, des photographies ont été collectés dans ce livre, comme des témoins de cette époque. En plus de cette « histoire visuelle », le livre se présente sous la forme d'« une histoire orale », puisque chaque intervenant se narre à la première personne pour être au plus proche du réel. Sam Guillerand l'affirme : « quitte à raconter une histoire, autant convoquer celle que l’on a vécue ».

Au fil des pages, plusieurs figures de la scène racontent leur parcours, et dévoilent les chemins de traverse qui les ont menés au rock ou au punk. Ainsi, défilent des figures de la Rodia comme Manou Comby et Nicolas Sauvage, le programmateur des Eurockéennes Kem, ou bien Claire et Duche du café-concert Les Passagers du Zinc, ou encore le photographe J.-C. Polien. Le choix des intervenants n’a pas été aisé : « Je n’ai pas juste pris une personne qui jouait de la guitare dans un groupe, mais il fallait des gens qui avaient vraiment mis les mains dans le moteur pour chaque décennie, explique Sam Guillerand. Des musiciens qui écrivaient dans des fanzines, qui organisaient des concerts, qui faisaient des conférences. » 

Besançon, ville rock

Des personnes « un peu touche-à-tout », un peu comme lui donc. Son histoire, il la raconte aussi dans le livre. « J’ai hésité, et puis je me suis lancé : après tout, j’ai aussi vécu cette période-là », justifie-t-il. L’érudit du rock et du punk « et pas que ! », originaire de Morteau, se rend à Besançon à 1995 pour les études. « J’arrivais à la "grande ville" pour aller en fac d’histoire-géo où j’ai rien fait, se remémore-t-il, un brin rieur. J’ai tout de suite senti le climat culturel fort ». Il invoque l’histoire de la ville et ses grands noms comme Victor Hugo, les Frères Lumières ou encore Proudhon, mais aussi le récit des luttes sociales comme la Rhodiacéta ou encore Lip. Il remarque que « les villes de gauche ont quand même une certaine tonalité culturelle ». Ses influences musicales d'alors sont éclectiques, comme il le décrit dans son livre.

Les Cramps côtoient Faith No More sur une cassette, le End of the Century des Ramones est enregistré derrière le Coma of Souls de Kreator, Alpha Omega de Cro-Mags tient compagnie au Goo de Sonic Youth, je comble une fin de bande d’une compilation de death metal (Master of Brutality I) par quelques titres de Chuck Berry chopés sur un Best of, les poètes d’Exploited croisent le fer avec les Doors, le premier album de Cypress Hill tient compagnie à une compilation de Sisters of Mercy, bref tout se mélange et s’entremêle, comme dans le tambour d’une machine à laver.

Sam Guillerand

Rock the Citadelle, Mediapop Editions, 2023

Sam côtoie les dizaines de « cafés-concerts ou d'autres endroits où jouer » et fait ses armes au Bastion peu après son arrivée. C'est toujours le lieu iconique de la culture rock à Besançon. Dans les années 1970, la tour Bastionnée de Bregille à l'abandon est investie par des musiciens, avides d'un lieu pour composer et jouer - le bâtiment militaire est ainsi utilisé pour son acoustique. Puis le squat du Bastion s'est organisé autour d'une association du même nom, et est devenu « un lieu de répétitions, mais surtout de rencontres »

« Tout est bordélique, naïf, je ne sais pas où ça me mène, et j’ai vécu vingt ans comme ça », sourit-il. Sous le nom de Nasty Sam, il joue dans plusieurs groupes tels que Hawaii Samurai, Hellbats ou encore Nasty S and the Ghost Chasers. Il enchaîne parfois jusqu'à 100 concerts par an à travers la France voire l’Europe. Comme beaucoup de musiciens comtois. « Il faut quand même souligner que Besançon est très bien située géographiquement, et cela a pu expliquer son essor, explique-t-il. La ville n'est pas loin de Lyon, de Strasbourg ou Paris, mais aussi proche de la Suisse et de l'Allemagne, le pays du hard rock et du punk après les Etats-Unis. Donc vivre ici, c'était pouvoir rapidement tourner à l'étranger. » L'amour comme un boomerang, Sam revient toujours à Besançon : « C’était mon ancrage ».

L'art de vivre punk

Dans la ville du Temps, Sam Guillerand écrit dans quelques revues culturelles nationales et crée des fanzines (Kerosene, Malajusted, Everyday is like Sunday). « Être punk, c’est tout fabriquer soi-même et le sortir coûte que coûte », résume-t-il. Pour passer le temps (mais lui en reste-t-il encore ?), il absorbe des milliers de films, de livres, de disques. Une appétence pour la lecture qu’il tient de sa mère, quand le goût pour la musique vient de son père. C'est toujours le cas aujourd'hui : « J’ai 46 ans, mais je vis la même vie qu’à mes 22 ans ». C'est aussi ça la culture rock pour lui, comme un art de vivre.

Ce qui nous sauve quand on est ado, et que l’on perd malheureusement en vieillissant, c’est que l’on n’a pas de goût sûr et intransigeant. Tout est possiblement, éventuellement, bon. Cette approche décomplexée permet vraiment de se constituer une culture riche et variée. Puis, au fil des années, on trie, on affine, on désépaissit ces références avalées gloutonnement, et, inévitablement, on leur appose une échelle de valeurs. J’ai pour ma part essayé de ne jamais tomber dans ce piège.

Sam Guillerand

Rock the Citadelle, Mediapop Editions, 2023

Sam Guillerand vit rock, dort rock, mange rock. Mange rock, oui, ou plutôt ne mange plus de viande et ne boit plus d'alcool depuis le mouvement Straight edge dans les années 1980, sous-genre musical du hardcore, qui rejette l'hédonisme et donc les ravages charriés par le punk rock. C'est aussi le nom d'un titre de Minor Threat. Cette période effervescente a donc marqué la vie du musicien, comme la vie de tous ceux et celles qui se dévoilent dans le livre. Avec en creux, une affection harnachée pour leur ville rock.

L'écrivain quitte Besançon pour la capitale en 2020 pendant le covid. « Peut-être que j'aimais cette ville, parce que je pouvais aussi en sortir et voyager », lâche-t-il, méditatif. C'est pourtant lorsqu'il part de Besançon qu'il lui dédie un livre, en faisant des allers-retours pour collecter pendant un an et demi les 80 témoignages. Sam Guillerand termine : « C’est peut-être une manière de dire ‘au revoir’ à cette ville si particulière pour moi, et tourner la page. Comme une histoire d’amour. » 

Sam Guillerand rouvrira cette histoire, le temps d'une soirée de lancement à la Rodia, samedi 22 avril, le lendemain de la sortie du livre. En plus d'une conférence, un concert sera organisé avec les formations Dead Chic, Vyryl, Jo Macera, dont quelques-uns ont participé au livre. Une exposition sera aussi consacrée à ces années rock, avec la collecte d'objets collector tels que des affiches, des billets de concert, etc. 

 

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