VIDEO. Une comédienne met en scène les viols subis pendant l'enfance, dans une conférence gesticulée sur la pédocriminalité

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Écrit par Vanessa Hirson

Victime de viols, de son enfance jusqu’à l’adolescence, la comédienne Aurélie Rolland a créé, avec le soutien de l’association l’Ardeur, une conférence gesticulée sur le thème de la pédocriminalité : « Princess Békille et les grands méchants loups ». Une œuvre autobiographique où se mêlent chansons, poésies et humour. A découvrir prochainement à Besançon.

Aurélie Rolland, habite Besançon (Doubs) depuis 13 ans et elle n’hésite pas à prendre la parole en public pour parler haut et fort d’un sujet tabou que beaucoup taisent : la pédocriminalité. Elle l'aborde dans une conférence gesticulée appelée : « Princess Békille et les grands méchants loups ». Jamais elle n'emploiera le mot "pédophile", qui veut dire "amour pour les enfants" dans ses représentations.

C’est lors de la démonstration d’un salto devant ses parents et autres adultes que le premier geste déplacé de son agresseur se produit. Aurélie Rolland n’a alors que six ans. C’est une enfant heureuse pleine d’insouciance. « La manière dont il a mis sa main entre mes cuisses, je savais que ce n’était pas normal. Je jetais des regards vers les adultes, mais personne n’a vu que j’étais mal à l’aise » se remémore Aurélie.  

Mon loup à moi s’appelait Michel, le pédocriminel. Il m’a violé pendant des années, là où j’aurais dû être en sécurité, j’étais une enfant, j’étais chez mes parents, c’était le meilleur ami de mon père, il était là tous les week-ends, à toutes les vacances dans toutes les maisons. Il venait la nuit, dans ma chambre, dans mon lit

Aurélie Rolland, comédienne

Ces viols, Aurélie les subira de 6 à 16 ans. Mais elle ne portera plainte que plusieurs années plus tard, lorsqu’une relation amoureuse et une main tendue lui font comprendre que ce qu’elle a vécu n’était certainement pas de l’amour.  Commence alors un combat, qu’elle mène aujourd’hui encore à travers ses conférences gesticulées. « Comment parle-t-on de sexualité aux enfants ? Comment comprendre notre corps et le consentement ? » s’interroge-t-elle.  

Les lenteurs de la justice

Durant les deux heures de sa prestation, Aurélie Rolland évoque la pédocriminalité avec un ton grave, mélancolique teinté parfois d’humour. Elle évoque la lente justice, l’accès aux soins, les lois, la victimologie, la résilience, la résistance et pointe aussi du doigt des incohérences. « Une fois j’ai été surprise en train de fumer un joint, trois mois plus tard j’ai été convoquée devant un juge pour un rappel à la loi. Mais ma plainte pour viol, ça fait plus de deux ans et demi que je l’ai déposée, et ça en est où ? »

Que ce soit dans le monde médical ou judiciaire, une petite phrase revenait souvent dans l'histoire d'Aurélie : « mais vous n’êtes pas la seule ». Comme si « il y avait trop de travail à cause des victimes » s’étonne la comédienne.  

Dans ce discours presque théâtral, on comprend aussi que malgré les soins et le procès, la victime restera victime à vie, qu’un simple mot prononcé ou qu’une simple situation vécue lui fera revivre l’enfer qu’elle a connu.

Par exemple lorsque je suis entrée à l’hôpital Saint-Jacques à Besançon, le docteur est venu dans ma chambre, les mains dans les poches et il m’a lancé « bonjour, je suis le docteur Michel… Mais vous pensez bien que moi, j’ai mal réagi.

Aurélie Rolland, comédienne

La comédienne s'interroge. « Comment prendre en compte les victimes et les conséquences psychologiques ? Comment former le personnel de la justice face à la parole de la victime ? Comment collectivement on résiste avant que le mal ne passe ? ».    

10 ans de viols, 10 ans de prison 

L’agresseur d’Aurélie a été condamné à 12 ans de prison en 2008 par la cour d'Assises de la Drôme. Un peine revue à 10 ans en appel. Deux ans de moins, qui dans la tête d’Aurélie sonnent comme une incompréhension, comme l’idée qu’une fois encore l’auteur des faits s’en sort quelque part assez bien, comparé à la vie gâchée de la victime.   

Dans le sillage du mouvement social #Metoo, les témoignages dénonçant la pédocriminalité se sont multipliés et ont contribué à mettre en lumière les abus sexuels sur mineurs. Dans sa conférence, Aurélie avance des chiffres. Selon elle, sur une classe de 30 enfants, trois sont victimes de viols ou d’incestes. En France, 165 000 enfants sont victimes de viols et de violences sexuelles chaque année selon une enquête Ipsos pour l'association Mémoire traumatique et victimologie publiée en octobre 2019.

Une prise de parole en public comme thérapie

Une conférence gesticulée comme celle d'Aurélie « Princess Békille et les grands méchants loups ou le parcours d'une victime d'un pédocriminel" est une prise de parole en public qui prend la forme d'un spectacle et qui est construite à partir de l'expérience vécue de son auteur. 

En ajoutant sa conférence à celles qui existent, chacun participe à l’élaboration d’un rapport de forces anticapitaliste et invite à se poser la question de sa propre place dans ce système

l'Association l'Ardeur

La conférence gesticulée permet de « dévoiler, dénoncer, questionner et analyser les mécanismes d’une domination dans un domaine donné, souvent professionnel. Forme scénique d’expression directe, elle ne nécessite aucune compétence théâtrale » rapporte le site l’Ardeur, association militante.

« J’ai suivi une formation à Paris en mai 2021 et c’est là que j’ai écrit ma conférence sur mon histoire » renchérit Aurélie Rolland. « J'ai déjà joué ce spectacle une dizaine de fois sur Besançon, au Pixel, l'atelier du Sud, la SCOOPS et plusieurs dates sont en préparation dans toute la France comme à Dijon, Lyon, Nantes, Montreuil et Grenoble ».    

Conférence gesticulée