“A chaque fois que je vois la psychologue, je monte des paliers” raconte un rescapé du Covid-19

Jacques Philippe Charpy a passé 23 jours en réanimation au CHU de Besançon lors de la première vague. Cet homme de 69 ans et son épouse sont toujours suivis psychologiquement. Témoignages.

Jacques Philippe Charpy a été hospitalisé à Besançon pour une forme sévère du Covid-19. Avec son épouse, il revient régulièrement à l'hôpital de Besançon pour un suivi psychologique.
Jacques Philippe Charpy a été hospitalisé à Besançon pour une forme sévère du Covid-19. Avec son épouse, il revient régulièrement à l'hôpital de Besançon pour un suivi psychologique. © Philippe Arbez - France Télévisions

Les couloirs du CHU de Besançon, Jacques Philippe et Brigitte Charpy s’y rendent encore régulièrement. Dans cet hôpital, au printemps 2020, Jacques Philippe Charpy a bien failli perdre la vie. Touché par le Covid, il fait partie de ceux qui ont du être intubés. Un long combat des soignants pour le maintenir en vie. Un combat qui se poursuit aujourd’hui pour prendre en charge le couple sur le plan psychologique.

Pleurer, ça ne me gêne pas

Jean-Jacques Philippe Charpy 

Régulièrement, Karine Laigre, Psychologue référente de la cellule d'urgence médico-psychologique du Doubs accueille le couple. Pour libérer leurs paroles.  “A chaque fois que je rencontre la psychologue, je monte des paliers. Même si la charge émotionnelle est encore là sur un certain nombre de sujets, je sais que pleurer, ça ne me gêne pas, ça participe à l’évacuation d’un certain nombre de choses. C’est une nécessité absolue” confie le sexagénaire.

Très vite, l’homme comprend que cette aide psychologique sera nécessaire. Intubé, réanimé, il se réveille et commence un long combat de retour à la vie. Se tenir debout, réussir à déglutir correctement pour boire à nouveau un verre d’eau, reprendre l’équilibre, marcher, monter des escaliers. Lorsqu’il reprend ses esprits, trois semaines après son réveil en réanimation, Jacques Philippe Charpy découvre ce qu’a enduré sa famille.

J’ai besoin d’en parler, car ça a été un moment difficile

Brigitte Charpy

Dans le bureau de la psychologue, Brigitte Charpy a ramené ce petit cahier, ces fiches, où elle notait tout durant l’hospitalisation de son époux. Ce petit cahier qui ravive les souvenirs de jours d’incertitude, suspendus aux nouvelles du CHU. “Je notais tout, j’avais besoin de le faire par rapport à mon mari. Parfois, j’enregistrais les conversations que j’avais avec l’infirmière, il y avait tellement de choses à comprendre. J’avais besoin de tout noter pour faire écouter à mon fils” raconte-t-elle des mois après. 

Dans le bureau de la psychologue Karine Laigre, Psychologue référente de la cellule d'urgence médico-psychologique du Doubs.
Dans le bureau de la psychologue Karine Laigre, Psychologue référente de la cellule d'urgence médico-psychologique du Doubs. © Philippe Arbez - France Télévisions

Brigittte Charpy dès l’hospitalisation de son mari a été prise en charge par un psychologue. De ce printemps, elle se souvient, les larmes aux yeux de ce moment où son époux a dû être réintubé. De ces appels téléphoniques de la famille ou d’amis auxquels elles ne trouvaient pas la force de répondre tout de suite. “J’ai du mal à m’enlever toute cette période, à ne pas y penser, mais ça va aller, il y a tellement de mieux aujourd’hui avec mon mari, on a même des moments de fous rires. Pourtant, on est toujours dans l’émotion” raconte-t-elle. Le couple a testé l’équithérapie, un moment qui les a aidé. “Il faut accepter l’aide psychologique, et se forcer à y aller, c’est important” estime l’épouse de Jacques Philippe Charpy.

Dans la famille, trois membres ont été à l’hôpital au même moment pour Covid-19

Dans la famille Charpy, le Covid a laissé des traces douloureuses. Brigitte Charpy a été hospitalisée, elle aussi, durant l’hospitalisation de son époux. Sa mère également. Le retour à la vie s’est fait progressivement. Confinée pendant des semaines, même après la levée du confinement. “Je ne sortais pas, j’étais angoissée, je ne sortais que pour des choses obligatoires comme le médecin” confie cette habitante du Haut-Doubs. Entrer dans un magasin, un geste qu’elle a mis du temps à refaire.

“Il faudra encore un peu de temps pour évacuer tout cela, pour que cette parenthèse inattendue, qui a laissé des traces physiques, psychiques, physiologiques ne soit qu’un épisode de ma vie” ajoute Jacques Philippe Charpy. “Je suis persuadé que j’en ressortirai, plus fort, je ne sais pas, mais apaisé dans ma tête” dit-il.

Un hommage ému aux soignants qui l’ont ramené à la vie

Cette prise en charge psychologique est aussi importante pour le couple. Le besoin de remercier les soignants est très présent. “Le monde médical dans son ensemble, c’est un monde fabuleux, de compétences, de professionnalisme, d’abnégation, d’empathie, c’est inimaginable. Malgré la richesse de la langue française, je n’ai pas trouvé de mots pour dire ce que je ressens” conclut Jacques Philippe Charpy.

Covid-19 : La troisième vague sera-t-elle psychiatrique ?

Reportage Lucie Thiery, Philippe Arbez, Joe Gutleben avec

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
covid-19 santé société psychologie